Encore un blogue de prof fermé…
Irène | 17 février 2007 | 20 h 50 minSilence, on souffre… Dans l’administration, t’as pas intérêt à bloguer.
On en parle déjà ici, là, là ou encore là. Encore un coup de la censure ordinaire, celle qui ne jette pas en prison, oh certes, mais exerce des pressions économiques ou professionnelles sur ceux et celles qui ne rentrent pas dans le moule.
Cette fois, c’est Blogprof.fr, le blog(ue), comme son nom l’indique, d’un prof, qui ferme. Pour cause de procédure disciplinaire intentée par l’administration. Parce que ladite administration, encore une fois, préfère clore la bouche de ceux qui disent ce qui ne va pas. Ceux qui s’attachent à faire connaître les réalités de leur métier, de leur vie, au grand dam des prudes, des frileux, des malhonnêtes, des forcenés du contrôle…
Comme avec Bereno, l’inspecteur du travail dont le blogue fut sacrifié à l’ire d’un patron qui s’y était reconnu. Comme avec Garfieldd, sanctionné pour avoir (légèrement !) évoqué sa vie privée et ses orientations sexuelles sur un blogue. Où, fatalement, des collègues l’avaient un jour un jour reconnu. Comme avec Que fait la police ?, encore, le blogue d’un policier qui parlait de son travail au quotidien dans les banlieues. Et qui a préféré fermer son blogue avant que sa hiérarchie ne l’oblige à le faire.
À qui le tour ?
Je ne connaissais pas Blogprof, je découvre à peine, mais d’après ce que je peux en lire sur le cache de Google, on se dit que l’Éducation nationale, franchement, aurait plutôt eu à se féliciter de le compter dans ses rangs.
D’abord, le monsieur a de l’humour. Et puis il est intelligent. Et courageux. C’est un citoyen qui s’intéresse à l’avenir de son pays, qui suit ce qui se passe à l’Assemblée, qui lit la presse, qui a de la culture. Il ne mâche pas ses mots quand il défend son point de vue, au sujet du rôle des mathématiques ou de la vie de classe aussi bien que de la religion ou de la politique.
Blogprof, c’était l’espace de communication et de réflexion d’un prof de ZEP qui voulait faire partager son expérience d’un métier difficile mais passionnant, ses indignations aussi, devant les diverses mochetés dont il pouvait être témoin… Un principal aux méthodes… disons, étranges, par exemple. Voici le message que l’on peut lire aujourd’hui sur la page d’accueil :
C’est la fin du blog.
Une procédure disciplinaire est engagée contre moi par le principal du collège.
Il me reproche principalement d’avoir divulgué un moment d’un conseil de discipline, des insultes à son encontre et à l’encontre d’autres personnels dans les commentaires des billets par des visiteurs, d’avoir déformé certaines situations que je rapportais, et globalement de donner une image très négative du collège et de la façon dont il est géré. Cette procédure pourrait déboucher sur un blâme et une mutation d’office.
Je pensais être parvenu à respecter mon devoir de réserve, je pensais être honnête dans ce que je rapportais et dans la façon dont je le rapportais. Apparement je me trompais.
Vous pouvez laisser des commentaires (modérés, évidemment) sur ce dernier billet ou me contacter par mail : blogprof /at/ voila.fr
“Donner une image négative du collège et de la façon dont il est géré”. Eh voilà, silence dans les rangs, tout le monde se tait, sinon gare à ta carrière, à ton emploi…
On vit dans une société policée, mais tellement contraignante. On vit dans une époque à la fois bavarde, futile et coincée. Et ce sont les gens qui essaient de faire bouger un peu les choses, à leur niveau, à leur manière, qu’on fait taire quand ça ne va pas. On élague les têtes qui dépassent ― c’est tellement facile, pour qui a un peu de pouvoir.
On casse le thermomètre.
Et le malade, alors ?
Ce malade, c’est la société. C’est nous tous.
* * *
P.S. (18/02) : Kozlika aussi en parle. “À quand une bulle un décret interdisant aux fonctionnaires la tenue d’un site sur Internet ?” Et, tout comme Franck Paul, rappelle le flou artistique qui entoure le sacro-saint “devoir de réserve”.
P.P.S. La recherche “Blogprof” commence à monter sur Technorati. Reste à voir si des médias hors Internet vont s’y intéresser ?
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C’est incroyable cette forme de censure ! Comme si le vécu entraînait toute l’administration aevc lui…
Ça m’énerve cette vision…
:=)
Le vécu entraînant l’administration ? Bien vu, je pense. C’est sans doute le fait même d’avoir une parole non formatée, personnelle, qui dérange le plus. Certains petits chefs (ou grands) peuvent se sentir mis en cause, justement par le fait qu’un blogueur ne passe pas par eux pour s’exprimer. C’est un univers totalement différent.
Et c’est tout un pan de l’existence des profs et des élèves au quotidien qui serait occulté si on devait fermer les blogues et autres espaces d’expression libre. Inutile de dire que la démocratie n’aurait guère à y gagner…
J’en parle également ici: http://autrui.over-blog.com/article-5685903.html
Je lisais ce blog depuis des mois. Je n’ai jamais rien su de l’endroit où il travaillait. L’anonymat était, je pense total. L’ordre qu’il a reçu de fermer son blog semble abusif.
Je commence à me demander dans quelle mesure on peut aussi me poursuivre, car j’évoque parfois mes élèves, même si les articles en parlant demeurent minoritaires au sein du blog.
Il y a de quoi être inquiet sur le respect de la liberté d’expression.
J’exprime toute ma solidarité et mon soutient envers Lulu, victime de sa trop grande liberté de ton. On lui oppose aujourd’hui son devoirs de réserve. N’aurait-elle pas du, elle aussi depuis longtemps démissionner et exercer son droit de retrait ?
On devrait plutôt s’intéresser aux skyblog pronant des messages parfois haineux, vulgaires ou à caractère sexuel… C’est toujours l’intellect’ qu’on musèle sur le net.
J’ai vu sur un forum que vous souteniez l’excellent BlogProf.
Je me permets de vous informer que le site
La Révolution en Charentaises vient de lancer une pétition de soutien.
Ca se passe ici: http://ecotez.free.fr/article.php3?id_article=183
N’hésitez pas à faire tourner le mot…
Bien à vous.
Je n’avais pas lu cette note à l’époque. Je passais juste par Google parce que je voulais vous citer et qu’horreur ! je me suis aperçue que vous ne figuriez pas sur ma liste de blogrolls “affinités sélectives”…
Je vois le titre de cette note !
Effrayant… j’irais lire ce blog fantome si c’est encore possible. Bereno se faisait un scrupule de dévoiler des faits sans mettre en cause ou en avant les personnes, les entreprises, etc… j’avais toujours plaisir à visiter son site. autant comme juriste de formation et ancienne infirmière en usine (une de ses très rares entreprises où l’on craignait l’inspection du travail et respectait les injonctions, rares au demeurant… cela avait d’ailleurs surpris une ancienne camarade de pension, contrôleuse du travail).
Finalement j’ai de la chance de ne plus travailler. Je fais très attention quand je rapporte des faits concernant des personnes de mon entourage, surtout si c’est au sujet de leur travail ou de leurs démêlés avec la stupidité administrative. Je ne voudrais surtout pas risquer de leur porter tort. Et j’ai toujours été d’une discrétion absolue concernant ce que je pouvais apprendre d’intime (mes copines de pension ou du foyer attenant disaient que j’étais un vrai “tombeau”… et je soupçonne certaines d’avoir été un peu fâchées d’apprendre plusieurs mois après que j’étais au courant de certaines choses bien avant elles). Si on y ajoute le secret médical…
Quant à ce qui me concerne, c’est comme les relations de boulot : dire juste ce que l’on veut de soi (pour ne pas vivre en ourse) et cultiver son jardin secret. Il y a des degrés différents dans les relations amicales ou autres. On ne dévoile pas les mêmes choses à tout le monde. Il y faut un degré de confiance et une certaine intimité.
Je vous pique votre “chat littéraire” pour illustrer le lien… je vous le rends ensuite