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"Je ne désire pas le pouvoir, mais je refuse d'être soumise au pouvoir d'un idiot." – Cordelia Vorkosigan
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Permanence du clientélisme

Irène | 29 juin 2009 | 18 h 42 min

Il est bien intéressant, l’article de Luc Rosenzweig dans Causeur du 29 juin (signalé par Marc Vasseur sur Twitter), à propos les récentes élections municipales de Perpignan et d’Hénin-Beaumont, et ce qu’elles révèlent sur certaines tendances lourdes de la vie politique française:

[L]es deux résultats peuvent aussi être mis sur le compte de la permanence du clientélisme comme élément structurant du comportement politique des électeurs de ces deux villes. À Perpignan, les malheurs de Jean-Paul Alduy, dont la presse nationale a fait ses gorges chaudes, ont eu l’effet inverse de celui escompté […]: cela a soudé les Perpignanais autour de leur maire attaqué par “ceux de Paris”.

Et l’article de détailler la «dynastie» Alduy: d’abord Paul, le père, élu SFIO passé au centrisme lorsque c’était opportun, condamné en 1997 pour avoir fait bénéficier son épouse d’un emploi fictif à la mairie; puis Jean-Paul, le fils, qui passe, lui, de l’UDF à l’UMP lorsque ce parti à le vent en poupe. Et intervient pour édulcorer le livre d’un journaliste d’investigation sur les «casseroles» d’Alduy père…

L’étiquette politique, dans ce système, compte évidemment moins que les réseaux personnels et familiaux, et la capacité des élus à jouer le rôle du notable traditionnel, le «patron» au sens romain du terme: celui qui distribue les largesses (emplois municipaux, logements sociaux, places en crèche, subventions…) et attend en retour d’être reconduit dans ses mandats. Chacun est censé bénéficier de quelque chose à son tour, et si cette année ce n’est pas vous, ce sera la prochaine. Pour en être sûr, votez pour l’édile, évidemment… Ou pour son fils, ou sa femme, si le vieux «patron» est déclaré inéligible: les traditions hérités de l’époque romaine et de la féodalité ont la vie dure. En France, le pouvoir se transmet encore souvent, le plus naturellement du monde, de façon héréditaire. Et s’il s’ébruite que les élus ne sont pas strictement honnêtes, les gens du coin serrent les rangs: après tout, eux aussi comptent bien obtenir quelques passe-droits, ne serait-ce que pour gagner des places sur les listes d’attentes de logements sociaux ou de crèche!

Cela marche d’autant mieux que ces élus ont à la fois des responsabilités locales(1) et nationales.(2)

On a beau débiner Paris, tout là-bas, en région, mais c’est à la capitale que se votent les lois sur la décentralisation (transfert de ressources aux communautés locales), sur les zones franches (de quoi se faire des amis chez les entrepreneurs locaux) et sur les dates d’ouverture de la chasse (clientèle très sérieuse, les chasseurs). C’est là que se décident les plans de relance ou de reconversion, avec à la clef des subventions à l’agriculture, à la pêche, à l’artisanat, et ainsi de suite. C’est là que l’on décide où passeront les lignes de TGV, où s’implanteront les pôles technologiques… et quelles bases militaires seront supprimées. C’est encore à Paris que les ministres qui représentent la France à Bruxelles ont leur bureau.

Et l’on retrouve les méfaits du cumul des mandats, avec son cortège de députés godillots…

On a vu ce système à l’œuvre dans la plupart des villes du Sud de la France: les Médecin à Nice, les Baudis à Toulouse, les Joissains à Aix, les Mégret à Vitrolles… Mais cela ne concerne pas que le territoire de l’ancienne Provincia romaine. On pourait évoquer le système Chirac-Tibéri à Paris, les aventures des Balkany, mari et femme, à Levallois, celles des Ceccaldi à Puteaux ou encore la transmission de père en fils du poste de chef de l’UMP à Neuilly… Les choses restent en famille.

À défaut de famille, un parti peut aussi jouer le rôle de clan, agent et bénéficiaire du système de clientèle. Citons à nouveau Luc Rosenzweig:

[Dans le Nord-Pas-de-Calais,] la domination politique de la SFIO puis du PS a transformé un système de solidarité mutuelle, mis en place au XIXe siècle pour faire face aux aléas de la vie et aux vilenies patronales, en une machine politique et électorale. […] Ce qui est arrivé à Gérard Dalongeville à Hénin-Beaumont est à mettre sur le compte de l’hubris qui s’empare de ceux qui croient qu’ils peuvent tirer infiniment sur la corde sans que la sanction judiciaire ou politique vienne les frapper. […] C’est la révolte des “clients” privés de leur dispensateur habituel d’avantages et de passe-droits qui s’est traduite, à Hénin-Beaumont, par le vote massif en faveur du Front national.

Question subsidiaire: le fait que la candidate FN soit elle-même une «héritière» politique de notable, même si la famille n’a tourné que récemment son attention vers le pays des Ch’tis, a-t-elle joué un rôle dans ce succès?

Hmm…

P.S. Curieux: le correcteur orthographique de Firefox 3 ne semble pas avoir «clientélisme» dans son dictionnaire. C’est pourtant un terme utile, et bien au-delà des études historiques sur l’Antiquité romaine…

___________
  1. Pour Jean-Paul Alduy, maire et président de communauté d’agglomération. [↩]
  2. Ici, sénateur et vice-président de l’Association des maires de grandes villes de France. [↩]
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Snif, snif…

Irène | 25 juin 2009 | 16 h 22 min

C’est décidément folklorique, ces élections à Perpignan. Après la «fraude à la chaussette», voici le coup des bulletins coincés sous l’aisselle!

Selon un article de Rue89:

Elle avait une dizaine de bulletins de sa propre liste cachés sous le bras, mais c’était «pour [sa] collection». Dimanche, lors du premier tour de l’élection municipale organisée après l’annulation de la précédente par le Conseil d’État, une proche du maire de Perpignan, Jean-Paul Alduy (UMP), a été surprise dans ces étranges circonstances.

Nos confrères de France Bleu Roussillon, qui révèlent l’épisode, ont interviewé Marie-Claire Mas, colistière du maire invalidé à la suite de la fameuse «fraude à la chaussette».

Elle affirme qu’elle emportait ces bulletins pour une utilisation «purement personnelle»: elle souhaitait en envoyer à ses enfants, qui vivent en Australie et à Lourdes, afin qu’ils «suivent la campagne». Et surtout, elle dit collectionner les bulletins électoraux depuis «vingt ans en arrière, trente ans en arrière».

Mais Marie-Claire Mas n’explique pas pourquoi elle collectionne uniquement les bulletins de sa liste, et pas ceux des autres…

Hmm. Je sais ce qui se passe: les candidats de l’UMP, à Perpignan, trouvent sûrement que les bêtes bulletins de vote traditionnels, en papier recyclé, ne sont pas assez aromatiques pour leur goût. S’ils les transportent dans la chaussette ou sous le bras, c’est tout simplement… pour les parfumer!

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élections, chaussettes, Perpignan, politique, UMP, vote
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Congrès: alerte au hameçonnage

Irène | 22 juin 2009 | 23 h 15 min

Quand j’habitais à Aix-en-Provence, il m’est souvent arrivé de rigoler aux dépens de la municipalité qui avait fait bâtir le Palais des Congrès: le panneau apposé sur ce centre de conférences et de colloques indiquait, en grandes capitales métalliques:

PALAIS DES CONGRES

Eh oui, sans l’accent sur le È final, cela donne furieusement dans le poisson d’avril.

Congre commun pris à l'hameçon

Et comme j’ai un sacré fichu mauvais esprit,(1) c’est à ça que j’ai pensé aujourd’hui, chaque fois que je tombais sur un blougue ou autre média qui consacrait du temps et de l’espace au show du monsieur, vous savez, celui qui est tout en haut du cocotier et qui veut que ça se sache…

Parmi les brillants résultats de cette opération de hameçonnage: on a moins parlé de l’Iran, chez nous – alors que ça continue à chauffer.

Tiens, pourtant, il serait intéressant de rappeler qu’il fut un temps, pas si lointain, où le méga-président de la France était plein d’attentions à l’égard de Mahmoud Amhadinedjad, jusqu’à lui proposer une coopération en matière de nucléaire civil.

Et non, ce n’est pas une blague.

Depuis, bien sûr, il faut croire Téhéran a décliné cette alléchante proposition,(2) puisque Paris a signé (discrètement) un accord de défense avec les Émirats Arabes Unis. Des États qui ne font pas vraiment partie du club de fans de l’Iran, est-il utile de le préciser…

Bref, en cas de tension dans le Golfe Persique, devinez qui sera en première ligne, avec même une base militaire sur place?

Et autant pour les offres d’amitié franco-perse de l’an dernier, en tout cas. Le hameçonnage, c’est comme pour la politique: les promesses n’engagent que ceux qui les croient.

___________
  1. Tiens, comme Monsieur Poireau, on dirait. [↩]
  2. Même si une chose me trouble: ces derniers jours, le régime de Téhéran a violemment dénoncé les «ingérences» de la Grande-Bretagne et des USA, mais pas de la France… Alors même que le locataire de l’Élysée a été lui-même très loin dans la dénonciation de la fraude électorale en Iran. À croire que les bruits qui viennent de ce côté-là sont considérés comme de peu d’importance par Amhadinedjad et le Guide suprême. Signe du peu d’influence de notre pays dans la région, ou bien…? [↩]
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Quelques points sur le blogohèdre

Irène | 6 juin 2009 | 14 h 47 min

L'Europe vue du ciel la nuit

L’Europe vue du ciel, la nuit (image trouvée chez Espacerezo)

Bouquet de liens, pour saluer quelques billets qui en valent la peine (et dont pour certains j’envie les auteur(e)s, car j’aurais bien aimé les avoir faits)…

  • Aux Européennes, comme toujours, c’est “Abstention, piège à cons” (merci à Zgur);
  • Et avec Intox2007, je dis “On va pas chipoter: Votez, faites voter PS le 7 juin”;
  • En bonus, une vidéo: “Abstentionniste de gauche, viens voter!”;
  • Et merci à Hypos pour son billet pointu et intelligent sur la dernière polémique à la mode: “Bayrou acculé voit vert” (avec un Pearltree en prime);
  • Cependant que Champignac marche sur les traces de la regrettée Boîte à images avec “L’œil était dans le bouillon…” (et nous regardait);
  • Et que Le Monolecte se penche sur “Internet, le fossoyeur du monde moisi”;
  • Finissons en beauté, et surtout en livres, avec Didier Jacob (Rebuts de presse), qui publie un entretien avec le romancier américain de SF (au sens de “speculative fiction”) Michael Chabon, prix Hugo 2008: “Michael Chabon, le juif délirant”. Et si… les pionniers d’Israël avaient installé leur État en Alaska, hein? Une uchronie qui donne à penser.

Voilà, bonne lecture.

Précisions pour les petits nouveaux: “blogohèdre” est encore un néologisme, mais pas de mon cru. C’est à un blogueur anglophone, Tom Foss (Fortress of Soliloquy), que l’on doit cette création.

“I hereby propose the blogohedron, a regular blog-sided figure with a blog at each vertex.”

(“Je propose donc ici le blogohèdre, un solide régulier aux faces en forme de blogues, avec un blogue à chaque sommet.”)

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Qui est visé par LOPPSI, au juste?

Irène | 5 juin 2009 | 21 h 04 min

Lu dans Le Monde daté du 01/06/2009, dans le tchatte avec Guillaume Lovet, expert en cybercriminalité, à propos du projet de loi LOPPSI 2:

CHAMPLOIX : A la simple lecture de l’exposé des motifs du projet, on s’aperçoit que ledit projet justifie le texte par des objectifs de poursuite de certaines infractions. Si l’on imagine ce que signifie “infractions les plus graves”, il est permis de constater que le texte place la lutte contre les “violences intra-familiales” parmi les motifs… Or, ces violences “intra-familiales” sont précisément celles qui, considérées comme encombrant sans doute inutilement les tribunaux correctionnels, sont fréquemment traitées par des délégués du procureur, en médiation pénale, alternative à la poursuite correctionnelle traditionnelle. L’exposé des motifs évoque également les “violences urbaines”, qui troublent “la tranquillité des quartiers”… Il est donc largement permis de douter de la pertinence de la justification avancée… Sur le plan de la technique juridique, il est manifeste que cette loi ne vise pas du tout les “terroristes”. Il suffit de lire l’article 23 du projet, qui se réfère à l’article 706-73 du Code de procédure pénale. Si les procédés ne peuvent être mis en œuvre que sous l’égide d’un juge d’instruction, ils peuvent l’être pour toute infraction dite “en bande organisée” (voir 706-73 tiret 15°, et 450-1 du Code pénal). Or ces infractions sont très facilement retenues. Nul besoin d’être suspecté de “terrorisme” pour cela. Je pense qu’il faut être clair, dès l’origine, sur l’enjeu de cette loi, qui dépasse très largement la seule lutte contre le terrorisme. Sylvain CHAMPLOIX, Avocat.

Bref, un texte flou, qui laisse la porte ouverte à la surveillance à grande échelle de tout et n’importe quoi. D’autant que contrairement aux écoutes téléphoniques, coûteuses en temps, en matériel et en moyens humains, il est parfaitement envisageable techniquement d’installer en masse les cyber-mouchards…

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Pourquoi le vote UMP: spin doctors et effet caïd…

Irène | 25 mai 2009 | 17 h 35 min

Je reproduis ici mon commentaire de l’autre jour sur Plume de Presse, où Olivier Bonnet s’interrogeait sur “l’incompréhensible vote UMP”.

Une partie de la réponse me semble résider dans la division et les querelles internes des gauches (d’ailleurs activement cultivées par Sarkozy, qui distribue à tous ceux qui veulent aller à la soupe médailles, strapontins, subventions)… Le chiffre de 28% pour l’UMP n’aurait rien de glorieux s’il y avait en face un parti (ou groupe de partis clairement alliés) à plus de 30%…

Une autre partie de la réponse: nos chers médias français, déjà particulièrement courtisans, mais en plus liés à des groupes industriels qui n’ont pas intérêt à l’affaiblissement de l’UMP. Tous les sondages sur “qui va l’emporter” sont biaisés: le principe même de la couverture d’une campagne électorales sous l’angle de la course sportive est contraire à l’esprit de la démocratie et favorise les querelles de personnes, la perte de vue des enjeux de fond au profit de questions de forme…

Tiens, au fait, sur ce thème, lire aussi: “Européennes: les médias complices du désintérêt qu’ils déplorent”… (Le Vrai Débat).

Il faut y ajouter la roublardise de l’équipe Sarko, qui a tiré avant ses adversaires les leçons des spin doctors anglo-saxons, en particulier sur la façon de cadrer à l’avance un débat (framing) pour amener l’adversaire à se battre sur votre terrain; et aussi sur le fameux storytelling, ou comment ne même plus faire référence au réel dans un discours… Marteler des évidences, faire de constants rappels à la réalité: voilà, je crois, ce que doit faire la gauche pendant encore 3 ans!

Enfin, je crois qu’il y a l’effet caïd.(1) On est en crise, il y a plein d’incertitudes pour l’avenir, et même si ce que dit Sarkozy est extrême et a de quoi choquer, le simple fait qu’il n’ait jamais l’air de douter de lui-même doit jouer un rôle pour attirer à lui des gens qui eux, hésitent, et ont besoin d’être rassurés. Dans le trouble, beaucoup de gens deviennent insensibles à la nuance, aux arguments complexes, ils veulent juste un chef à suivre. D’où la réélection de Bush en 2004, celle de Berlusconi l’an dernier, la popularité de Poutine ou encore les sondages sur le vote UMP…

Retour (un peu déprimant, on m’excusera) vers un passé récent: les débats politiques vu par le caricaturiste de I Drew This:

  • 2004, Bush contre Kerry: qui est un “leader résolu”?
  • Baby Eating: “Au moins, avec lui, on sait où on va”…
  • Le patriotisme comme programme.
  • Comment la droite décomplexée respecte ses électeurs…

Déprimant, mais pas une raison pour désespérer, non plus. Après tout, on peut penser qu’à la 3e, 4e, 5e fois, les électeurs en question finiront par remarquer ce qui se passe… Tiens, on me dit qu’il y aurait un parti relativement respectable, à droite (ou au centre droit, si on veut chipoter): il s’appelle le Modem.

À toutes fins utiles…

___________
  1. Je ne sais pas si l’expression existe, mais au cas où, je la lance, reprenne qui voudra. [↩]
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Une auteure, si je veux

Irène | 23 mai 2009 | 15 h 57 min

Râler, parfois, ça fait du bien, tiens. Je reprend donc ici la séance de déballage que je me suis permise sur mon pénultième billet. Pas de raison d’en priver la fraction de l’univers qui l’avait raté la première fois.

Lolcat et loltiger : I has warned you, mah big brother...

Pour mettre du LOL dans votre Web…

Ainsi, donc, certaines femmes de lettres tiennent absolument à ce qu’on les désigne comme “auteur”. Comme si le mot était indissociablement lié au genre masculin, à l’instar de “testicule”… (Mais on dit pourtant “un vagin” et “une verge”. Allez comprendre cette langue!) Idem, bien sûr, pour le mot “écrivain”. (Oui, mais, euuh, “écrivaine” rime avec “vaine”, pouah! – Et “écrivain” avec “vain”. Et alors?)

Ce que j’en dis? Bah, des goûts et des couleurs… Même si cela devrait chatouiller les mânes de Maurice Druon. Et l’ego de Didier Goux encore plus!

Mais, il y a un grand “mais”. Calibre maousse et éléphantesque, même.

Si quelqu’un – ou quelqu’une – vient me reprocher cet usage du mot “auteure” sur mon blogue en invoquant je ne sais quel “politiquement correct” auquel je serais supposée avoir succombé, alors là, je lui ferai bouffer tout cru le Grand Robert, l’intégrale du Littré, deux ou trois éditions du Grevisse et le Grand Dictionnaire terminologique de l’Office québécois de la langue française!

Pour commencer.

Histoire de ne pas employer à tort et à travers une expression qui se fait synonyme d’euphémisme ou de litote… (Alors que féminiser les noms de métiers ou de fonctions n’a rien d’euphémistique, même si ce n’est pas toujours facile en français.)

Mais qui a été tellement galvaudée, détournée et mésusée, notamment par divers réactionnaires, que je la considère comme linguistiquement démonétisée.

Grrr.

“Il faut cependant s’interroger sur le succès irrésistible de la formule: «Politiquement correct» charrie les bruits de botte et la morale de flic, avec en plus une bonne dose de ridicule. Elle met sur la défensive, mais elle interdit de répondre ; elle disqualifie d’emblée, sert de premier et de dernier mot. Puisqu’il faut être absolument politiquement incorrect. Quitte à hurler avec des loups, auxquels le discrédit du pc donne une caution sinistre”…

(Philippe Mangeot, “Bonnes conduites? /1 Petite histoire du ‘politiquement correct’”, in Vacarme, 01, 1997.)

Et pour le mot de la fin, allez, un peu d’humour:

“Auteur” au féminin dans un langage politiquement correct, ça donnerait plutôt un truc du genre: “Technicien en Créativité Littéraire à Taux de Testostérone Réduit”. ;)

Bien vu, Fabrice Chotin…

  • P.S. (03/06): Voir aussi cette discussion chez Olympe, à propos des femmes et des prix littéraires…
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Du cynisme au silence, la police de la pensée, à petits pas

Irène | 18 mai 2009 | 8 h 59 min

“Quand la vérité n’est pas libre, la liberté n’est pas vraie” (Jacques Prévert, Spectacle, 1951).

Il y a une tendance très déplaisante en France, ces temps-ci. Du moins, cela ne date pas d’hier,(1) mais ces derniers mois donnent une impression d’accélération…

Je renvoie au billet d’André Gunthert sur son blog Recherche en histoire visuelle:

  • “Comment marche la police de la pensée”.

Quand des voix s’élèvent qui ne vont pas dans le sens des “réformes” et de la “modernisation” (bref, de tout ce que désire le gouvernement), cela donne parfois lieu à des scènes cocasses, du type Jean-Luc Hees, nouveau patron de Radio France, déboulant dans le studio pour gronder le journaliste Edwy Plenel, qui a eu le tort d’évoquer les conditions de sa nomination à lui, Hees…

Moins drôle: l’affaire du blogue Sécurité d’Orange, ou quand le principal FAI et opérateur de télécoms en France tente d’édulcorer les critiques (pourtant fort étayées et circonstanciées) portées par ses employés contre le dispositif Hadopi.

Pas drôle du tout: Jérôme Bourreau-Guggenheim, limogé de TF1 suite à l’intervention du ministère de la Culture, pour avoir envoyé une lettre d’opposition à Hadopi à sa députée. Julien Coupat, toujours en prison sous des prétextes de plus en plus minces, en application d’un arsenal de lois et décrets anti-terroristes qui donnent aux pouvoirs publics la possibilité d’arrêter à peu près n’importe qui sur de simples soupçons. Guillaume Cingal, enseignant chercheur frappé par la police lors d’une manifestation… puis mis en examen. Ou encore Philippe Leclercq, conseiller régional de Lorraine (gauche alternative), gazé par les CRS avec d’autres manifestants, à Nancy, pour avoir accueilli le président Sarkozy avec de pacifiques banderoles contestant le plan “Hôpital, patients santé, territoires” (HPPS)…

Dans ce dernier cas, on assiste en prime à un épisode de censure chez Facebook France, qui a déactivé  le compte d’utilisateur d’un blogueur, Humeur de gauche, pour avoir posté sur son profil un lien vers un billet reproduisant la lettre de Philippe Leclercq au président de la République.

Panique sur des mots-clefs, peut-être? “Gauche de combat” (dans l’adresse du blogue), cela sonne donc furieusement comme “couteau entre les dents”…

Un grand classique de la propagande anti-communiste

On pourrait citer aussi, à la rubrique “ça fait froid dans le dos”, l’arrestation et le déferrement au tribunal de l’homme qui avait crié “Sarkozy je te vois” pour montrer son désaccord avec la politique sécuritaire voulue par le président. Ou le cas du professeur Bernard Granger, qui a vu sa messagerie électronique suspendue par son employeur, l’AP-HP, parce qu’il était trop actif à leur goût dans le Mouvement de défense de l’hôpital public. Même pas besoin du “signalement” d’un ministre au patron, cette fois.

Enfin, on pourrait faire le compte des manifestants, certains mineurs, littéralement éborgnés par des tirs de flashball. Arme à “léthalité modifiée”? Oui, mais si on vise la tête…

Faut-il que ceux qui soutiennent le gouvernements soient sûrs, certains, blindés à mort de certitudes pour en venir là:

La certitude du “TINA” (There Is No Alternative), que les ouvriers du néolibéralisme ont distillé avec le lait des réformes, est la raison qui explique ces dérapages étranges, aussi confondants de naïveté que dédaigneux des règles démocratiques. Tous ceux qu’ils n’ont pas réussi à convaincre, en revanche, ont le sentiment que c’est cette certitude qui conduit de l’intimidation à la censure, de la censure au délit d’opinion.

(Billet d’André Gunthert cité plus haut.)

Tout cela m’évoque irrésistiblement une phrase Lu Xun, écrivain chinois du début du XXe siècle, traduite et citée voici bien des années par Simon Leys (dans Ombres chinoises, je crois). Je cite à mon tour, de mémoire:

“John Stuart Mill disait que le despotisme rendait les hommes cyniques. Il ne se doutait pas qu’il y aurait des républiques pour les rendre muets.”

Lu Xun pensait à la peu démocratique République de Chine de son temps; mais bien sûr cela s’appliquerait encore mieux  au régime totalitaire qui allait lui succéder.

Bref, tant qu’il y a du cynisme, il y a de l’espoir.

Et tant que les tentatives pour dissuader, discréditer ou criminaliser l’expression d’opinions différentes rencontrent la colère et un surcroît de protestation, c’est bon signe, cela veut dire que la résignation ne s’est pas installée.

Une bonne raison pour ne pas cesser de s’indigner…

Little Brother, roman de Cory Doctorow, 2008

“But I’m a novelist and I know that if there is a gun on the mantle in Act 1,  it’s destined to go off by Act 3…” (Cory Doctorow, discours à la conférence Modern Liberty)

___________
  1. Vous avez dit “6 mai 2007”? [↩]
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Bandes ethniques, violence politique

Irène | 13 mai 2009 | 12 h 32 min

Hier, par hasard, je tombe sur un article du Figaro (une fois n’est pas coutume) et je découvre les exploits d’une dangereuse bande à composition ethnique, comportant un mineur délinquant, véhiculant une idéologie radicale et comptant à son actif au moins une agression violente sur un paisible citoyen! Heureusement, la justice a placé le mineur en centre éducatif fermé et les quatre jeunes majeurs derrière les barreaux.

La sixième personne interpellée, une femme de soixante-huit ans, a été remis en liberté…

Hein?

Oui. Complice, 68 ans, condamnée avec sursis.

Il faut dire qu’il s’agit d’un groupe de militants du Front National (dont le que  le tribunal correctionnel de Draguignan vient de condamner pour agression xénophobe(1) en réunion et complicité d’agression.

Ces charmants individus, dont le responsable local du FN Jeunesse, avaient roué de coups un employé d’une station service au retour d’un meeting de campagne (très arrosé, apparemment…) de Jean-Marie Le Pen, aux cris de “sale nègre”, “sale Arabe”, pendant que leur supportrice aux cheveux blancs scandait “la France aux Français” en agitant un drapeau. Et puis ils se sont courageusement enfuis en apprenant que les gendarmes avaient été alertés.

Tout cela, qui ressemble à une sinistre caricature, est hélas réel.

N.B. Plus de précisions dans un article de Var Matin repris sur le site de la LDH-Toulon. Ou l’on apprend que ces sinistres “petites graines brunes” du FN hurlaient aussi “mort aux Noirs et aux Arabes”, “on va niquer ta mère”, et faisaient le salut hitlérien pour s’échauffer avant ce passage à tabac… Charmant.

Mais cela prouve au moins que l’arsenal juridique, y compris contre les “bandes”, est bien garni. Encore faut-il savoir  (vouloir!) s’en servir.

___________
  1. On pourrait même dire “raciste”, mais c’est peut-être une erreur du rédacteur de la dépêche AFP reproduite. Il faudrait voir le document de justice. [↩]
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Sarkozy ou la Pensée Universelle

Irène | 6 mai 2009 | 17 h 18 min

Dans un discours bien flagorneur sur le deuxième anniversaire (1) de l’élection du méga-hyper-président, le porte-parole du gouvernement Luc Chatel a eu cet étrange mot pour qualifier ces premières années du règne de l’agitation permanente:

“c’est l’histoire de la pensée universelle française qui redémarre, qui continue”

(Cf. le site du Nouvel Obs.)

Publicité parodique pour la Pensée Universelle

Oups! On dirait que M. Chatel ne connaît pas La Pensée Universelle, la tristement fameuse usine d’édition à compte d’auteur d’Alain Moreau?

Ah, la France, ce pays multi-culturel qui s’ignore…

Mais Sarkozy en continuateur d’Alain Moreau? Hum. Oui, en fait: tout s’explique!

La Pensée Universelle de la grande époque, cette machine à rêves pour naïfs bientôts dépouillés de leur fric et de leurs illusions: ça colle comme un gant à celui qui s’est fait élire par une utilisation décomplexée  du storytelling à l’américaine, c’est-à-dire en racontant de belles histoires pour habiller la réalité aux couleurs de son idéologie, pour endormir l’esprit critique d’un auditoire qui aurait pu tiquer devant de banales promesses.

Eh oui. Tout comme les clients de la PU ont cru un moment qu’ils deviendraient des auteurs célèbres en payant se pour faire éditer, les électeurs français révèlent qu’ils sont, eux aussi, vulnérables aux marchands de rêves…

Désolée. Ça va être dur pour l’égo, tout ça.

___________
  1. Et on entend déjà: “Putain, seulement deux ans?” [↩]
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Mon roman

L’héritier  du  tigre

L’héritier du tigre / Delse, Irène
Le Navire en pleine ville, 2006 ; 1 vol. (442 p.) ; couv. ill. en coul., 20 cm. (Shalinka ; tome 1) (Collection Sous le vent). ISBN : 9782916517025.

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Le Navire en Pleine Ville éditeur

E la nave va (forum)

Recueil de nouvelles

La Faim et autres nouvelles, par Irène Delse Acheter chez Lulu : Soutenez l'édition indépendante : achetez ce livre chez Lulu. Acheter chez Babelpocket : Soutenez l'édition indépendante : achetez ce livre électronique (sans DRM !) chez Babelpocket

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