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"Je ne désire pas le pouvoir, mais je refuse d'être soumise au pouvoir d'un idiot." – Cordelia Vorkosigan
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Congrès: alerte au hameçonnage

Irène | 22 juin 2009 | 23 h 15 min

Quand j’habitais à Aix-en-Provence, il m’est souvent arrivé de rigoler aux dépens de la municipalité qui avait fait bâtir le Palais des Congrès: le panneau apposé sur ce centre de conférences et de colloques indiquait, en grandes capitales métalliques:

PALAIS DES CONGRES

Eh oui, sans l’accent sur le È final, cela donne furieusement dans le poisson d’avril.

Congre commun pris à l'hameçon

Et comme j’ai un sacré fichu mauvais esprit,(1) c’est à ça que j’ai pensé aujourd’hui, chaque fois que je tombais sur un blougue ou autre média qui consacrait du temps et de l’espace au show du monsieur, vous savez, celui qui est tout en haut du cocotier et qui veut que ça se sache…

Parmi les brillants résultats de cette opération de hameçonnage: on a moins parlé de l’Iran, chez nous – alors que ça continue à chauffer.

Tiens, pourtant, il serait intéressant de rappeler qu’il fut un temps, pas si lointain, où le méga-président de la France était plein d’attentions à l’égard de Mahmoud Amhadinedjad, jusqu’à lui proposer une coopération en matière de nucléaire civil.

Et non, ce n’est pas une blague.

Depuis, bien sûr, il faut croire Téhéran a décliné cette alléchante proposition,(2) puisque Paris a signé (discrètement) un accord de défense avec les Émirats Arabes Unis. Des États qui ne font pas vraiment partie du club de fans de l’Iran, est-il utile de le préciser…

Bref, en cas de tension dans le Golfe Persique, devinez qui sera en première ligne, avec même une base militaire sur place?

Et autant pour les offres d’amitié franco-perse de l’an dernier, en tout cas. Le hameçonnage, c’est comme pour la politique: les promesses n’engagent que ceux qui les croient.

___________
  1. Tiens, comme Monsieur Poireau, on dirait. [↩]
  2. Même si une chose me trouble: ces derniers jours, le régime de Téhéran a violemment dénoncé les «ingérences» de la Grande-Bretagne et des USA, mais pas de la France… Alors même que le locataire de l’Élysée a été lui-même très loin dans la dénonciation de la fraude électorale en Iran. À croire que les bruits qui viennent de ce côté-là sont considérés comme de peu d’importance par Amhadinedjad et le Guide suprême. Signe du peu d’influence de notre pays dans la région, ou bien…? [↩]
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Pourquoi le vote UMP: spin doctors et effet caïd…

Irène | 25 mai 2009 | 17 h 35 min

Je reproduis ici mon commentaire de l’autre jour sur Plume de Presse, où Olivier Bonnet s’interrogeait sur “l’incompréhensible vote UMP”.

Une partie de la réponse me semble résider dans la division et les querelles internes des gauches (d’ailleurs activement cultivées par Sarkozy, qui distribue à tous ceux qui veulent aller à la soupe médailles, strapontins, subventions)… Le chiffre de 28% pour l’UMP n’aurait rien de glorieux s’il y avait en face un parti (ou groupe de partis clairement alliés) à plus de 30%…

Une autre partie de la réponse: nos chers médias français, déjà particulièrement courtisans, mais en plus liés à des groupes industriels qui n’ont pas intérêt à l’affaiblissement de l’UMP. Tous les sondages sur “qui va l’emporter” sont biaisés: le principe même de la couverture d’une campagne électorales sous l’angle de la course sportive est contraire à l’esprit de la démocratie et favorise les querelles de personnes, la perte de vue des enjeux de fond au profit de questions de forme…

Tiens, au fait, sur ce thème, lire aussi: “Européennes: les médias complices du désintérêt qu’ils déplorent”… (Le Vrai Débat).

Il faut y ajouter la roublardise de l’équipe Sarko, qui a tiré avant ses adversaires les leçons des spin doctors anglo-saxons, en particulier sur la façon de cadrer à l’avance un débat (framing) pour amener l’adversaire à se battre sur votre terrain; et aussi sur le fameux storytelling, ou comment ne même plus faire référence au réel dans un discours… Marteler des évidences, faire de constants rappels à la réalité: voilà, je crois, ce que doit faire la gauche pendant encore 3 ans!

Enfin, je crois qu’il y a l’effet caïd.(1) On est en crise, il y a plein d’incertitudes pour l’avenir, et même si ce que dit Sarkozy est extrême et a de quoi choquer, le simple fait qu’il n’ait jamais l’air de douter de lui-même doit jouer un rôle pour attirer à lui des gens qui eux, hésitent, et ont besoin d’être rassurés. Dans le trouble, beaucoup de gens deviennent insensibles à la nuance, aux arguments complexes, ils veulent juste un chef à suivre. D’où la réélection de Bush en 2004, celle de Berlusconi l’an dernier, la popularité de Poutine ou encore les sondages sur le vote UMP…

Retour (un peu déprimant, on m’excusera) vers un passé récent: les débats politiques vu par le caricaturiste de I Drew This:

  • 2004, Bush contre Kerry: qui est un “leader résolu”?
  • Baby Eating: “Au moins, avec lui, on sait où on va”…
  • Le patriotisme comme programme.
  • Comment la droite décomplexée respecte ses électeurs…

Déprimant, mais pas une raison pour désespérer, non plus. Après tout, on peut penser qu’à la 3e, 4e, 5e fois, les électeurs en question finiront par remarquer ce qui se passe… Tiens, on me dit qu’il y aurait un parti relativement respectable, à droite (ou au centre droit, si on veut chipoter): il s’appelle le Modem.

À toutes fins utiles…

___________
  1. Je ne sais pas si l’expression existe, mais au cas où, je la lance, reprenne qui voudra. [↩]
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Je sais bien, moi, qui devrait s’excuser…

Irène | 18 avril 2009 | 23 h 34 min
  • Musique:  “Shame, Shame, Shame” (Cher & Tina Turner).

Il est très bien, le dernier billet de Partageons mon avis sur les excuses de Ségolène Royal! En fait, j’adhère à 100%:

Personnellement, je ne tiens pas spécialement à être ridiculisé. Or, Ségolène Royal représente, à l’étranger (uniquement), la «chef de l’opposition» car elle est l’ancienne opposante à Nicolas Sarkozy. Je ne suis donc pas fâché qu’elle explique au monde entier que l’ensemble des Français n’est pas solidaire du président de la République.

Je ne saurais mieux dire.

Car Nicolas Sarkozy s’est reçue une belle volée de bois vert de la presse internationale, et il faut avouer qu’il avait tout fait pour.

La rose a des épines... tant mieux!

Peut importe ce qu’il pense, à part lui, de Barack Obama, Angela Merckel ou José Luis Zapatero. Peu importe, à la limite, le degré de véracité et de rodomontades dans cette appréciation. (Je penche personnellement pour une bonne dose d’auto-aveuglement.) Son tort, indigne d’un homme d’État, est d’avoir laissé trop peu discrètement courir sa langue à ce sujet. Il est apparu immature, incapable de se contenir, bref… Grotesque.

Pour un donneur de leçons invétéré (et tout d’abord à ses homologues chefs d’États et de gouvernements), cela fait tout de même tache.

Je ne pense pas grand bien de l’argument qui se veut loyaliste ou patriote, selon lequel il serait “illégitime” pour une personnalité d’opposition de désavouer publiquement le chef de l’État, élu des Français, etc. Car cela revient à demander que les voix d’opposition se taisent pendant la durée du mandat. Que devient le débat démocratique, alors? Et nos institutions? Et la liberté d’expression, à ce compte-là?

(Tiens, au fait, petit quizz d’histoire: quel était le ministre du gouvernement Chirac qui était allé désavouer la France auprès de Georges W. Bush, lors du débat sur la guerre en Irak? Devinez. Ça commence par “S” et finit par “y”…)

Mais ne faisons pas de mauvais esprit. Pas plus que d’habitude, en tout cas…

En fait, la pire réaction à la lettre de Royal, aujourd’hui, me semble être l’inquiétude parfois considérable affichée par certains, y compris à gauche, au motif de considérations tactiques. Ce ne serait pas le bon moment, ou bien trop à la fois, etc. Ce qu’on appelerait, s’il s’agissait d’un forum en ligne, du concern trolling: un artifice de rhétorique consistant à prétendre être inquiet (concerned) pour la cause défendue, mais en désaccord sur les méthode, notamment en raison de la perception (supposée) que peut en avoir le public. Le but étant, en fait, de semer le doute et la zizanie, selon le bon vieux principe du FUD.

Où en est le trollomètre?

(Pour détecter ce genre d’argumentaire qui ne dit pas ce qu’il pense — et les distinguer du cas de gens sincères qui ont juste succombé à l’intox – on aura utilement recours à un trollomètre.)

Car c’est raté: cette fois encore, c’est Royal qui crée l’événement. En regard de l’incurie du président élu, elle se pose en contre-présidente, et fait entendre dans l’espace public quelques vérités qui sont bonnes à dire.

  • Non, je ne suis pas d’accord avec mon président quand il se conduit comme un gougnafier.
  • Oui, je suis embarrassée, comme tout individu ayant un minimum de sens commun.
  • Oui, enfin, j’espère bien que le reste du monde ne tiendra pas rigueur à l’ensemble de nos compatriotes pour avoir élu ce type-là.

C’est pourquoi je m’associe bien sincèrement aux excuses présentées, au nom des Françaises et Français, par Ségolène Royal, pour les propos malsonnants de Sarkozy.

Je ne suis élue de rien, personnellement. Mais je n’en pense pas moins.

  • Bonus musical: “I’m Sorry”, par Brenda Lee (vidéo + paroles).
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Les facs contre Le Monde

Irène | 8 avril 2009 | 7 h 34 min

Ne dites plus que Le Monde est un journal de “bobos”!

Les enseignants-chercheurs sont très, mais alors très, très remontés contre le traitement réservé dans la presse en général, mais en particulier dans le “journal de référence”, à leur mouvement (voir le dossier d’Acrimed à ce sujet).

À cause d’articles de ce genre, par exemple:

    “Les facs mobilisées voient leur image se dégrader”…

Un point de vue qui semble quelque peu, comment dire, orienté. Mise en concurrence tous azimuts des facs, comme à la Bourse? Surévaluation des apparences – pour ne pas dire du bling-bling? Tiens, comme c’est bizarre, cela fait justement partie des problèmes qui motivent ces grèves et ces manifestations de chercheurs!

Et qui fait tourner les obstinés, dans leur ronde, encore et encore, sur le parvis de l’Hôtel de Ville de Paris…

D’où cet appel au boycott du Monde – la version papier et le site. Ce qui fait couler de l’encre et chauffer des pixels (ici par exemple sur Bakchich), on s’en doute; surtout quand Le Monde – peut-être pris d’un soudain accès de timidité? – évite d’en parler… À lire notamment, la discussion dans Arrêt sur images.

Tiens, et pour la bande-son, que dites-vous du clip Fac Off! La Princesse de Clèves? On ne s’en lasse pas…

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Dernières nouvelles de Guadeloupe

Irène | 9 mars 2009 | 13 h 58 min

Je retransmets ici un billet de Jean-Pierre Planque publié sur le site Infini (Espace des écrivains):

____________________

“Dis, tonton, tu m’écoutes…”

Le LKP ne veut rien céder et il a bien raison! Tant que le rapport de forces restera en sa faveur, je ne vois pas pourquoi il céderait. Les propos d’Élie Domota invitant les békés à quitter la Guadeloupe ont immédiatement été montés en épingle pour jeter le discrédit sur le mouvement populaire qui existe ici depuis le 20 janvier. On a vu un porte-parole de l’UMP comparer les “gros bras” du LKP aux tontons macoutes d’une certaine époque en Haïti. Ce qui est non seulement scandaleux, mais carrément stupide!(1)

Plus inquiétante est la situation en Martinique… Car, là, il y a conflit entre le collectif et les agriculteurs. Coupure qui ne peut manquer d’être exploitée par le pouvoir (préfet et chefs du MEDEF local). Il y a eu de nombreux blessés.

Ici, en Guadeloupe, la question des prix est loin d’être réglée. Les négociations sur les “100 (ramenées à 54) familles de produits de première nécessité” étant renvoyées à mardi prochain. Certaines entreprises qui étaient aux côtés du MEDEF (dont le BTP) ont rallié l’accord Bino de fin de conflit. Les écoles, collèges et lycées ont rouvert. De même le transport inter-urbain. Mais la grande distribution est toujours bloquée. Les bureaux de poste et certaines banques risquent de ne plus avoir de fonds en espèces pour leurs clients. De toute évidence, l’accord signé (et étendu légalement, dans les semaines à venir, selon Yves Jégo, par le Ministre du travail) ne règle pas tout et mettra du temps à être appliqué totalement et de façon pratique (sans bordel).

L’idée d’états généraux n’est pas stupide. Sauf si elle vient du haut et s’inspire de la méthode Sarkozy. Il n’est pas question, ici, de se faire imposer quoi que ce soit du haut de la pyramide sans négociations à la base. On veut des forums, des rencontres, de la discussion citoyenne avant! Tout le monde est d’accord là-dessus, tant le LKP, que les élus, les chercheurs universitaires… Il faut garder la main. Car le changement est venu grâce à la lutte de la société civile structurée par les mouvements syndicaux, dans un mouvement de démocratie directe. C’est une victoire du peuple guadeloupéen et cette victoire, c’est d’abord la sienne!

Pour ma part, après avoir assisté de très près et en continu, aux événements, débats, discussions, négociations, analyses, ce qui me frappe le plus, c’est la différence d’appréciation (je ne parle pas des “infos” de TF1 !) que renvoie la métropole. Plus encore: les petites discussions et pseudo débats franco-français (même sur l’émission de Frédéric Taddei, diffusée ici après minuit, et que j’ai toujours beaucoup appréciée) me semblent sans vie, sans intérêt, vides de sens. D’une tristesse…

Et ça, ici, on n’en veut pas. Surtout après ce qu’on vient de vivre! C’est ce qu’a voulu dire Elie Domota.

Oui, on parle sur France-Inter des «événements sanglants» de mai 67 en Guadeloupe (je les évoque brièvement dans “Bébé le Miraculé”, ainsi que la Mulâtresse Solitude), mais c’est toujours à contre-temps… Une manière de noyer le poisson. Ce qui compte, c’est ce qui se passe aujourd’hui.

À bientôt. Pa moli!

____________________

À suivre. D’autant que ce sont plusieurs départements et collectivités d’Outre-Mer (Antilles, Guyane, Réunion, bientôt peut-être Mayotte…) qui se retrouvent à la croisée des chemins, ces temps-ci, avec un système post-colonial qui craque de toutes part et des intérêts qui ne sont pas forcément ceux de l’hexagone.

___________
  1. Tiens, au fait, vous avez remarqué? Une enquête judiciaire est ouverte en un quart de tour à l’encontre d’Élie Domota, mais les propos diffamatoires de Frédéric Lefèbvre n’ont pas donné lieu à la moindre intervention du Parquet. Comme c’est bizarre. [↩]
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Session de rattrapage

Irène | 3 mars 2009 | 21 h 36 min

Honte à moi! J’étais au à un café médias des blogues(1)(2) vendredi dernier et je n’ai pas encore fait de billet!

C’était pourtant une bonne cuvée.

Il y avait là divers blogues de sensibilité “plus ou moins à gauche” – mais que faisaient les RG? – Éric de Crise dans les médias, Ronald d’Intox2007 (faut-il vraiment le présenter?), Laurent, alias Vogelsong, de Piratage(s); et puis un invité spécial: Grégory Protche, le rédac’ chef de l’hebdo satirique Gri-Gri International (aujourd’hui plus en kiosques, mais réincarné sur le Ouaibe et sur Tropiques FM), aussi interviouvé par Éric.

Tout cela réuni autour d’une bière et d’un couscous du côté de Château-Rouge, pour casser un peu de sucre sur le dos des autres blogueurs (très important!) et se payer sardoniquement la tête de Bongo, Sarkozy et autres potentats africains.

Bah, oui, ce fut la stimulante contribution de Grégory: au pays de Sarko, la famille et les amis du chef de l’État se partagent les prébendes; les services publics, sous-financés, se cassent la gueule;(3) les médias sont courtisans ou découragés; et la sphère économique n’est pas, mais alors pas du tout, indépendante du politique… Comme au Gabon ou en Libye, quoi. À un zébu près.

Nous fûmes donc brillants, spirituels, sardoniques, pleins d’énergie et de bonnes idées. À défaut de refaire le monde, on a (un peu) préparé les prochaines élections.

Et puis on a échangé des trucs. Des infos, des liens, des titres de bouquins… Voici, en exclusivité Internet, quelques unes de mes contributions:

  • Ronald: le livre dont je parlais est L’Athéisme expliqué aux croyants, de Paul Desalmand, aux éditions Le Navire en Pleine Ville. Documenté et roboratif.
  • Éric: comme bon site sur le féminisme, il y a Feminism 101, sous forme de blogue.(4) Le b-a, ba des idées féministes, avec explication des concepts de base (souvent tellement déformés ou affadis par une surutilisation médiatique), plus la discussion des problèmes actuels (y compris des polémiques entre différentes écoles de féminisme!), et plein d’infos utiles pour les hommes qui “ne se sentent pas machistes, mais”…
  • Laurent: si tu es intéressé par mon roman L’Héritier du tigre, super! Mais ne te sens pas obligé, surtout. Et puis tu trouveras ici les liens vers mes nouvelles. SF, fantasy… Plein de “mauvais genres”.
  • Grégory: pour la rubrique culturelle du Gri-Gri, tu connais Le Retour au pays d’Alphonse Madiba, dit Daudet, de Christophe NGalle Edimo et AlMata? Les (més)aventures d’un étudiant africain entre deux pays… Ça ne manque pas de sel. Aux éditions Foolstrip, qui l’ont mis intégralement en ligne.
  • Tous: le blogue collectif européen dont j’avais oublié le nom vendredi, c’est Europeus. J’y avais publié quelques billets voilà un an ou deux.

Voilà, voilà. That’s all, folks! Merci de votre attention.

___________
  1. N.B. Pas celui organisé par Julien Tolédano. Le nôtre était une rencontre informelle entre blogueurs(ses), dans un café. [↩]
  2. Flûte, même pas “des blogues”, alors? Quelle mémoire à trous… [↩]
  3. Pour être juste, ils ont encore de beaux restes en France. Mais avec toutes ces “réformes”, pour combien de temps encore? [↩]
  4. En anglais, je sais. Mais c’est le plus précis et complet que je connaisse. [↩]
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Afrique, blogs, cafés, France, Internet, livres, médias, politique
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Média-morphose: Internet et le futur du livre, par Cory Doctorow

Irène | 22 février 2009 | 10 h 23 min

Si vous lisez l’anglais, je signale qu’il y a un article très important cette semaine sur le site Internet Evolution, important du genre à lire séance tenante et à méditer sérieusement. On le doit (encore!) à Cory Doctorow, auteur de SF, blogueur et “activiste Internet”:

“Media-Morphosis: How the Internet Will Devour, Transform, or Destroy Your Favorite Medium”

Ou comment regarder en face le devenir de la presse, du cinéma, de la musique et des livres dans un proche futur, sachant qu’il va y avoir d’énormes transformations. Des prospectives d’autant plus crédibles qu’elles sont déjà, pour la plupart, en train d’arriver…

Je trouve particulièrement intéressante — et dérangeante — la partie consacrée aux livres. Petite traduction rapide, pour vous donner une idée:

Média-Morphose: Comment Internet va dévorer, transformer ou détruire votre média favori

Les livres (p.5)

Là, c’est mitigé. D’une part, la copie sur Internet de documents imprimés est impossible à empêcher – quelle que soit l’énergie que vous y consacrez, rien n’arrêtera un lecteur suffisamment motivé de  retaper entièrement un livre (les scanneurs OCR, bien sûr, sont encore plus efficaces, et deviennent chaque jour meilleur marché).

D’autre part, pour certaines catégories de livres – les romans et longs récits, par exemple — la lecture à l’écran n’est pas un substitut satisfaisant au classique codex,(1) bon marché et facile à se procurer. Pas à cause de la qualité médiocre de l’écran (sinon, nous ne passerions pas autant d’heures chaque jour assis devant nos ordinateurs), mais parce que les ordinateurs sont de sacré fichues sources de distractions!

Et ne me parlez pas des liseuses électroniques: un appareil spécialisé qui coûte 400 dollars pièce(2) ne sera pas la solution idéale aux yeux des gens qui rechignent déjà à mettre de l’argent dans un livre. Le prix de ces appareils ne risque pas non plus de baisser jusque vers 40 dollars tant qu’ils ne se vendront pas en grandes quantités, ce qui impliquerait d’ajouter plus de fonctionnalités, pour attirer un plus large public. Mais à ce point, votre liseuse électronique sera aussi “distrayante” qu’un ordinateur…

Non, la mauvaise nouvelle pour les livres de deux ordres: d’abord, la quantité et la variété des titres disponibles hors des librairies a considérablement diminué, à cause du développement des grandes enseignes de distribution, qui font tous leurs achats à l’échelle nationale, à partir d’une base de donnée centralisée. Cela veut dire qu’il est plus difficile que jamais de tomber par hasard, dans un magasin quelconque,(3) sur le bouquin qui fera de vous un ou une accro de la lecture. Il y a ici et là quelques librairies formidables pour les gens qui savent qu’ils ont envie d’un livre; mais il est plus difficile d’acquérir ce savoir aujourd’hui qu’il y a un ou deux siècles.

L’autre problème est que nous sommes de plus en plus conditionnés à lire de courts blocs de texte – plus que jamais, certes, mais sous des formes différentes que ce que l’on trouve en général entre les couvertures d’un livre. Combinez cela avec la quantité incroyable de lecture-plaisir accessible en ligne, à un simple clic de distance, et voilà que même ceux d’entre nous qui vénèrent les livres se retrouvent à en acheter de moins en moins.

Et maintenant, voici la bonne nouvelle: écrire un roman ne coûte pas très cher (je le sais bien, j’en écris!) et il n’est pas très cher non plus d’en fabriquer un – cela devient même constamment moins cher, grâce à des solutions de mise en page et d’impression numérique à bas coût.

Les livres électroniques étant des substituts peu satisfaisants aux livres imprimés,(4) ils font d’excellents stimuli pour la demande de livres imprimés (vous avez aimé le livrel? Achetez le livre!). Et avec le Réseau, il n’a jamais été moins cher de faire parvenir même un petit nombre de livres dans les mains du petit nombre de gens qui les adorent. N’étant pas chers, les romans se prêtent à toutes sortes de modèles économiques de l’âge d’Internet: publicité, parrainage, vente directe, et ainsi de suite.

Si l’avenir des films à gros budget est à trouver du côté de l’opéra [question modèle économique], alors les livres contenant de longs récits pourraient regarder du côté de la poésie. Il y a des quantités énormes de poésie publiée – plus que jamais – qui est achetée pour l’essentiel par d’autres poètes et par un petit nombre d’amateurs extrêmement éclairés. Quelques poètes en vivent fort bien, quelques uns en vivotent, mais pour la plupart des poètes, un revenu est ce à quoi on aspire, pas une réalité vécue (ce qui est à peu près la situation actuelle des auteurs de nouvelles, et pas très différent de celle des romanciers, dans certains domaines).

Mais un futur où les romans deviennent une forme d’artisanat d’art, seulement appréciés par une élite de happy few,  est un futur où l’influence culturelle du roman se réduit à presque zéro.

Je pense pour ma part que c’est un quitte ou double: si je voulais préserver le roman en tant qu’entreprise culturelle assez grand public (et j’ai en effet ce désir), je mettrais l’essentiel de mes efforts à imaginer des moyens de mettre une grande variété de livre devant une grande variété de gens qui ne vont pas régulièrement dans des librairies.

C’est mon idée gratuite de ce mois: si vous désirez sauvez l’édition, créez a un petite entreprise artisanale de distribution de livres,  avec une force de vente prête à user ses semelles jour après jour en allant frapper aux portes de boutiques qui ne sont pas des librairies, pour voir si elles accepteraient de prendre en dépôt quelques livres, avec un stock renouvelé fréquemment.

On peut alors imaginer de nombreuses façons de s’aider d’Internet:  tiens, prendre, prendre la liste de titres vendus un vendredi donné au snack-bar du coin, l’entrer dans le système de recommendations d’Amazon (“Si vous aimez ce livre…”) et mettre les titres suggérés en stock le lendemain.

Cela pourrait ne pas marcher, mais personne n’a jamais sauvé un média en réclamant qu’il soit profitable simplement parce qu’il remplit une fonction sociale. Sarkozy peut donner des abonnement à la presse gratuits aux jeunes de 18 ans jusqu’à ce que les vaches(5) reviennent à l’étable, mais cela ne va pas modifier pas les évolutions technologiques derrière l’agonie du bon vieux papier journal.

Cory Doctorow, 20/02/2009, dans Internet Evolution.

À méditer… Avant de se retrousser les manches?

___________
  1. N.B. Le bon vieux livre avec des pages et une couverture, quoi. [↩]
  2. N.B. Ou, chez nous, 300 € environ. [↩]
  3. N.B. L’article d’origine parle de “grocery store”, ce qui est plausible dans le contexte nord-américain; mais chez nous, ce serait plutôt une papeterie ou un brocanteur. [↩]
  4. N.B. Je ne suis pas entièrement d’accord, pour ma part. Mais pour la plupart des gens, c’est fort possible. [↩]
  5. En français dans le texte… [↩]
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Le tabou imaginaire

Irène | 16 novembre 2008 | 12 h 17 min

J’ai un problème avec cet article de Véronique Maurus, la médiatrice(1) du Monde à propos de l’effet Obama sur les médias français :

L’élection de Barack Obama a un avantage annexe, appréciable pour les médiateurs : on peut enfin écrire Noir, […]  sans recevoir une volée de messages criant au racisme. […] Au contraire, des courriels ravis de notre couverture très complète de cette élection. C’est nouveau : jusque-là, mentionner la couleur de la peau, les racines ethniques ou religieuses d’une personne était tabou.

Pardon ?

Il faudrait dire ça aux militants du CRAN, ou Conseil Représentatif des Associations Noires de France, j’imagine…

“Noir”, pour parler des populations mélanodermes originaires d’Afrique, est un terme descriptif et non péjoratif (comme blond, brun ou roux), largement employé de nos jours par les Noirs eux-mêmes dans le monde francophone. Tout comme “Black” reste largement employé en anglais, même si de nos jours, aux  États-Unis, on préfère souvent dire “African American”. On parle de la “cause noire”, aux États-Unis ou en France, de la musique noire et bien entendu de l’Afrique Noire.

Demandez par exemple à Gaston Kelman, l’auteur de Je suis noir et je n’aime pas le manioc, et qui se définit comme bourguignon et noir, s’il pensait employer dans son titre un terme “tabou” !

Mais Le Monde semble avoir encore quelques petits problèmes de vocabulaire de ce côté-là. Ou des pudeurs ? La crainte d’être vilipendé par des lecteurs qui pensent voir le racisme partout (et qui n’en voient pas toujours là où il y en a) ?

L’embarras des journalistes du “quotidien de référence” français me semble, à moi, difficile à comprendre. Mais il parait que Le Monde reçoit des reproches du genre “Je n’en peux plus de lire des précisions de couleur quand il s’agit de “noir (e)” lorsque, dans un article sur la carrière de Barack Obama ou la diversité en France, on parle de la couleur de peau d’une écrivaine ou d’un sénateur.

Eh oui… Dans un pays à majorité blanche,(2) ce sont les non-blancs qui sortent de l’ordinaire… Ce qu’on appelle, d’une autre périphrase pas très heureuse, les “minorités visibles”.

Cependant, précise encore Véronique Maurus :

“Rien, en effet, dans les chartes de déontologie n’interdit de préciser la couleur de peau, l’origine ethnique, la religion ou l’orientation sexuelle d’une personne, à condition que ces détails soient pertinents dans le contexte - ou que l’intéressé s’en prévale.”

Ouf, on est sauvés, alors !

___________
  1. C’est elle qui a choisi ce titre plutôt que “médiateure” ou “médiateur”. [↩]
  2. Environ 85% pour la France, selon les estimations actuelles, si on applique les critères des USA. Et c’est le pays d’Europe le plus multicolore. Pour citer le généticien Razib Khan : l’Europe est blanche et n’aura pas d’Obama de sitôt. [↩]
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Marie-Claire, un miroir et du Photoshop

Irène | 23 octobre 2008 | 11 h 01 min

La retouche d’image dans les magazines, ce n’est plus qu’un outil comme un autre, pas vrai ? Les rides des mannequins, les bourrelets des présidents, même la présence peu cosmétique d’un garde du corps aux côtés dudit président lors d’une réception offerte au pape.(1)

Et parfois, nos artistes du gommage électronique se plantent en beauté.

Comme dans cette double-page de Marie Claire (édition américaine) repérée par Boing Boing sur le site Photoshop Disasters (PsD) :

Photo retouchée de Marie Claire : le reflet montre la réalité

“Marie Claire : On reflection, perhaps not” (PsD)

Oups ! Quelle insolence, tout de même, ces blogueurs : profiter de ce que l’artiste a oublié la réflection sur la table en verre pour mettre en évidence le vrai visage (et les rides, et la barbe de trois jours) des stars de la rédaction…

___________
  1. Si vous ne voyez pas de qui il s’agit, révisez avec Arrêt sur images… [↩]
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La crise et le thermomètre

Irène | 21 octobre 2008 | 8 h 30 min

J’aime bien le Canard enchaîné, mais quelques fois, le volatile a besoin d’un bon “Pan sur le bec” ! Comme dans cet article intitulé “Chasse aux comptables”, signé J. C., en page 3 du numéro du 15 octobre :

La Commission européenne va en finir au plus vite avec le système de comptabilité des banques et assureurs “IAS 89”, [accusé] d’amplifier la débâcle boursière et la panique ambiante. Selon ce système, les entreprises doivent inscrire chaque trimestre la valeur de leur actifs. Exemple : une banque qui possède des actions dans ses fonds propres doit modifier leur valeur selon la cotation en Bourse. Du coup, en cas de crise, les fonds propres fondent à vue d’œil. La valeur de l’entreprise diminue d’autant. Ce qui fait plonger encore plus vite la Bourse. Un véritable accélérateur de crise.(1)

Dans sa grande sagesse, et compte tenu de la panique ambiante, les nouvelles règles pourront avoir un effet rétroactif sur les comptes du troisième trimestre. Tordre le thermomètre est une technique vieille comme la comptabilité.

En lisant ça, ce week-end, j’ai soupiré.

Encore un journaliste qui utilise la métaphore rebattue du cassage de thermomètre dans une situation où elle n’a rien à faire ! Et qui ne semble pas très au clair sur la différence entre cet instrument, qui sert à mesurer la température sans la modifier, et un appareil hypothétique, genre thermostat, mais qui, au lieu de réguler la température pour la garder constante, en amplifierait rapidement les variations.

Bref, ce que l’article appelle “thermomètre” est en fait une boucle de rétroaction – un cercle vicieux. Le concept est issu des sciences biologiques (physiologie, écologie), mais il est utile aussi en économie, comme on le voit.

Hélas, les marchés financiers semblent être encore et toujours en train de le découvrir…

  • P.S. Billet repris par Charlie enchaîné.
___________
  1. C’est moi qui souligne. [↩]
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