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"Je ne désire pas le pouvoir, mais je refuse d'être soumise au pouvoir d'un idiot." – Cordelia Vorkosigan
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Révisions

Irène | 27 janvier 2009 | 23 h 20 min

Un truc amusant, dans ces travaux de réécriture, c’est quand je me rend compte que j’ai oublié un détail (une date, par exemple, ou le nom d’un personnage secondaire) qui figurait dans mon premier roman. Ou bien je ne suis plus sûre, tout d’un coup, si j’avais déjà fait figurer une information qui était anodine à ce moment mais qui prend de l’importance à mesure que l’intrigue se développe…

Heureusement, avec un traitement de texte, chercher la référence est d’une simplicité biblique. Ouvrir le fichier, rechercher le mot ou l’expression voulue… Et le tour est joué.

Quoi ? Pardon ?

Oui, les traitements de textes m’émerveillent encore ! En fait… Pff. Faut-il vraiment le dire ?

C’est là que j’accuse mon âge.

Quand j’ai commencé à envoyer des textes à des revues ou pour des anthologies, vers le milieu des années 80, je devais me débrouiller avec une machine à écrire, des carnets de notes et du blanc correcteur. Un trou de mémoire ? Compulsons des feuillets épars et des carnets griffonnés… Une modification importante ? Argh, tout retaper !

Il était même encore parfois possible d’envoyer des manuscrits rédigés à la main.

(Et je l’ai fait, une fois. Pour une antho de Philippe Curval. Qui m’a envoyé une très aimable et très encourageante lettre de refus.)

Aujourd’hui, c’est un autre monde. L’éditeur apprécie de recevoir – que dis-je, attend de vous – un fichier tapuscrit.

Mais j’aime bien vivre dans le futur. C’est tellement distrayant.

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écriture, manuscrits, réécrire, romans, Shalinka, traite, traitement de texte
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Un éditeur avoue : la préparation des manuscrits disparaît

Irène | 3 octobre 2008 | 8 h 44 min

Par les temps qui courent, la franchise de M. Jean-Marie Laclavetine est rafraîchissante. Il faut l’en remercier. Je dis ça sincèrement.

L’auteur, également éditeur à succès chez Gallimard, vend la mèche auprès de Bibliobs : de nos jours, les éditeurs français de littérature (dont Gallimard) travaillent de moins en moins sur les manuscrits de leurs auteurs avant des les publier.

Après, advienne que pourra.

N. O. - Voilà dix-sept ans que vous occupez chez Gallimard une cellule de moine. Quels changements observez- vous?
J.-M. Laclavetine.
- Ce qui évolue le plus, ce sont les manuscrits. Les auteurs qui s’adressent à Gallimard sont traditionnellement marqués par l’histoire de la NRF Il y a un «style NRF»: ultra-littéraire, sophistiqué, ténébreux. Aujourd’hui, les jeunes écrivains s’en affranchissent. […]
L’autre changement notoire, c’est la disparition progressive de la préparation des manuscrits. Il y a quelques années encore, le travail de correction était très minutieux, avec des services dévolus à cette tâche. Les stades de fabrication sont de plus en plus court-circuités et on passe plus vite du manuscrit informatique remis par l’auteur à l’impression. Certains continuent de travailler méticuleusement, comme Minuit ou POL.

N. O. - Y compris chez des auteurs confirmés, il arrive d’être frappé par des longueurs, une rupture de ton, des maladresses de style. A se demander si les éditeurs font leur travail.
J.-M. Laclavetine.
- Les auteurs ont parfois des susceptibilités.
Il arrive qu’un manuscrit soit en réalité un brouillon de roman. Si l’auteur est connu et bénéficie d’une bonne surface médiatique, on le publiera même s’il refuse nos observations. Ca peut être à ses dépens, effectivement. Lire la suite »

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écrivains, éditeurs, édition, commerce, Gallimard, Laclavetine, manuscrits, marché du livre, médias
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Aujourd’hui : l’auteure répond à vos questions

Irène | 25 septembre 2008 | 23 h 26 min

Résumé de quelques courriels récents :

« Bonjour, chère madame l’écrivaine blogueuse, vous qui avez réussi à trouver un éditeur, pourriez-vous me dire comment faire pour en trouver un moi aussi…»

— Ah, euh, groumph ! J’ai un bouquin à écrire, moi ! Sans parler de ma vie à vivre…

* * *

Oui, il y en a souvent quelques uns comme ça. Et certaines questions reviennent souvent. Pour l’essentiel, je renvoie à mon billet : «Du manuscrit à l’éditeur, quelques pistes».

Et tant que j’y suis, j’en profite pour rappeler deux points importants :

1) Les petits éditeurs ne doivent pas être dédaignés.

Il faut le dire et le répéter : le «bon» éditeur n’est pas forcément un grand éditeur. Surtout pour un auteur débutant, qui risque d’être perdu dans la masse !

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Si l’éditeur vous fait réécrire votre manuscrit

Irène | 29 mars 2008 | 12 h 57 min

Suite d’une discussion avec Fred, Jean-Pierre, Emmanuel et quelques autres sur le forum Babel - La Ghilde des Mondes (oui, celui des créateurs de Babelpocket), à propos d’une déprimante anecdote recueillie au Salon du Livre :

Merveilleux, ouille ouille ouille. Pourquoi est-ce que je ressort déprimé de chaque Salon du Livre ? Parce qu’une éditrice me dit qu’un auteur a réécrit entièrement 5 fois son roman pour Gallimard pour se le voir refusé la 5e fois ? (Emmanuel)

Oui, mais ce qu’elle a omis (volontairement ?) de dire, c’est qu’il y a eu six relecteurs différents sur ce même titre, et quand on sait comment ils se mettent si rapidement d’accord entre eux sur un seul et même texte, on peut se poser la question. (JPJ)

Là c’est une question de choix. A quel point l’auteur veut-il être édité ? Accepte-t-il de changer fondamentalement son roman, rien que pour le voir accepté ? Mais est-ce toujours vraiment son roman ? (FredV)

J’y vois un manque de maturité des deux parties. D’une part, Gallimard n’a sans doute préféré pas perdre une bonne plume : même si on n’a pas le budget pour un auteur, mieux vaut le faire patienter quelques mois ou années plutôt que de le voir partir vers la concurrence. […]

De la part de l’auteur, il y a sans nul doute le désir ardent de se faire publier chez Gallimard et nulle part ailleurs. En faisant ce choix, il se fragilise grandement, il fragilise également ses collègues auteurs en faisant monter la surenchère de la c… et il prête le flanc à ce type de demande à répétitions. (Emmanuel)

Et quel est l’avis d’une auteure qui a connu de nombreux refus avant d’être éditée ? Car en plus de vingt ans d’écriture et d’édition, j’ai bien entendu commencé par essuyer des refus pour mes nouvelles, puis pour mon premier roman…

Ce que j’en pense, c’est que si l’éditeur demande des changements fondamentaux, c’est qu’au fond le texte ne lui plaît pas, que cela ne rentre pas dans sa politique éditoriale, ou les deux. Mieux vaudrait le dire clairement à l’auteur, en expliquant pourquoi, et lui recommander de potasser l’annuaire Audace (Annuaire à l’Usage Des Auteurs Cherchant un Editeur) et le Guide de la petite édition de Zazieweb pour en trouver un plus adapté au genre de textes qu’il ou elle écrit. Quitte à revenir par la suite, si au bout d’un an ou deux l’auteur a autre chose à proposer.

Beaucoup d’auteurs (surtout débutants) ne voient que quelques grands noms dans le paysage de l’édition, et s’imaginent qu’il faut absolument en passer par là… Mais c’est totalement irréaliste.

Et malheureusement, certains directeurs éditoriaux (le cas de celui cité par Emmanuel, chez Gallimard, est flagrant) en profitent, ou ne sont pas si pros qu’ils s’imaginent l’être. J’ai l’impression que le gars (ou la nana) en question avait pensé trouver dans le jeune auteur une plume prometteuse, à développer… Et s’est retrouvé à jouer les Pygmalion.

Problème n°1 : un éditeur n’est pas un atelier d’écriture ! Il aurait mieux valu donner une fiche de lecture détaillée et laisser l’auteur digérer les conseils. S’il revient quelques mois plus tard avec un texte amélioré, c’est qu’il sera possible de travailler avec lui. Sinon, c’est qu’il n’était pas encore au point de toutes façons. J’ai vécu le processus moi-même, en tant qu’auteure, et certains refus motivés m’ont beaucoup aidé à progresser. Quand j’ai proposé mon roman au Navire en Pleine Ville, l’éditrice m’a dit d’un même mouvement : “Oui, je le prends”, et “J’aimerais que tu le retravailles sur tel et tel point, mais on peut en discuter”. Et cela s’est très bien passé. Cela m’a même sérieusement aidé à améliorer le texte : supprimer quelques maladresses, expliciter des passages qui pouvaient être obscurs pour le lecteur, développer la fin qui était trop abrupte… Et comme je savais avoir affaire à un éditeur indépendant, je pouvais y aller sans crainte de voir ensuite le bouquin bloqué par le service commercial.

Car c’est le problème n°2 dans l’histoire du manuscrit chez Gallimard : le directeur éditorial a laissé espérer à l’auteur quelque chose qu’il n’était pas en son pouvoir de décider. Dans une grosse maison comme Gallimard, d’une part il faut l’avis du comité de lecture, et non pas d’une seule personne, mais de plus en plus, ce sont les commerciaux et les gestionnaires qui ont le dernier mot. Donc, même si un responsable de collection adore le manuscrit, même si la majorité du comité de lecture est d’accord pour donner le feu vert, il n’est pas raisonnable de s’emballer… Il faut encore que la personne qui signe les contrats (et qui tient les cordons de la bourse) accepte de signer.

Si toutes ces conditions ne sont pas réunies, mieux vaut franchement aller chercher ailleurs.

  • Annuaire Audace : http://www.loieplate.com/catalogue-livres/audace.php

  • Guide de la petite édition chez Zazieweb : http://www.zazieweb.fr/site/editeur/pageediteur.php

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L’art de recevoir un refus (dans l’édition)

Irène | 28 novembre 2007 | 11 h 41 min

Ce n’est jamais facile pour un auteur de se faire refuser un manuscrit. L’éditrice américaine Teresa Nielsen Hayden résume bien la situation dans Making Light, le blog qu’elle tient en tandem avec son époux et partenaire dans l’édition, Patrick Nielsen Hayden :

“You know your heart and soul are stapled to that manuscript, but what we see are the words on the paper. And that’s as it should be, because when readers buy our books, the words on the paper are what they get.” 

Traduction (rapide) : “Vous savez, vous, qu’à ce manuscrit sont agrafés votre cœur et votre âme. Mais ce que nous voyons, ce sont des mots sur du papier. Et c’est très bien ainsi, car lorsque les lecteurs achètent nos livres, tout ce qu’ils obtiennent, ce sont les mots et le papier.”

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Du manuscrit à l’éditeur : quelques pistes

Irène | 11 janvier 2007 | 8 h 04 min

LivresLa question revient souvent, c’est normal. Auteurs cherchent éditeurs, désespérément. Et parfois, des éditeurs cherchent des auteurs… Les uns et les autres devraient pouvoir s’entendre, non ?

J’en discutais il y a quelques temps par courriel avec Eric Mainville : pour trouver un éditeur, les auteurs débutants ne pensent pas toujours aux petits et moyens éditeurs, et c’est dommage.

L’expérience le montre, les observateurs avertis le répètent, les pros l’avouent parfois : un éditeur ne refuse pas forcément un manuscrit pour cause de qualité intrinsèque insuffisante, mais parce qu’il pense que lui, l’éditeur, ne pourra pas vendre ce livre. Corollaire : si un éditeur (ou deux, ou trois) a refusé votre manuscrit, ce n’est pas une raison de penser que le texte est mauvais ! Ni surtout de se décourager, car ce qu’un éditeur A trouve incompatible avec sa politique éditoriale pourra tomber pile dans le créneau d’un éditeur B !

Cependant, on a souvent intérêt dans ce cas à se demander, au-delà du refus ponctuel, si on ne s’est pas fourvoyé dans le choix du ou des éditeurs démarchés.

Affinités, proximités

Toute maison d’édition sérieuse a un profil, une personnalité, qui se révèle tant par le choix des textes publiés que par la façon de les présenter. Et aussi par les affinités qui peuvent se nouer au fil des années avec des auteurs, des revues, d’autres éditeurs… Cette identité éditoriale peut se trouver ainsi incompatible avec le texte que vous proposez, et que l’éditeur vous renvoie à regret.

Bien sûr, j’imagine que la plupart des lecteurs ici se rendent compte qu’il est inutile de proposer un roman historique à la Alexandre Dumas à un éditeur de poésie d’avant-garde, et vice-versa ! (Et encore… Parfois, les manuscrits tombent sur le bureau d’un éditeur comme des bouteilles à la mer, sans rapport aucun avec ce qu’ils ont publié auparavant. Un constat un peu déprimant, je trouve.)

Mais il y a plus difficile à cerner, pour un auteur non averti.

Par exemple, telle maison d’édition publiera plus volontier des textes engagés, une autre des ouvrages d’évasion pure ; tel éditeur aura une sensibilité proche d’idées politiques ou philosophiques marquées, un autre sera très éclectique ; enfin, certains éditeurs privilégient la recherche littéraire, le défrichement de territoires non encore explorés, mais d’autres préféreront un contenu et une forme classique à condition d’y trouver une «voix» personnelle et authentique, une sensibilité qui rend l’auteur attachant.

Prospecteurs d’éditeurs

Pour s’y retrouver, la meilleure chose à faire est de commencer par observer autour de soi : quels livres avez-vous chez vous, lesquels lisez-vous en bibliothèque ? Et bien sûr, que lisiez-vous plus jeune, dans votre période de formation ?

Les éditeurs des oeuvres que vous préférez, celles qui ont nourri votre imagination et votre réflexion, auront des chances d’être proches de ce que vous recherchez : un éditeur qui «comprenne» votre texte, qui ait envie de le défendre devant le public. Un exemple récent : Gallimard éditant Jonathan Littell, dont les références littéraires (Genêt, Blanchot, Bataille…) sont justement des auteurs Gallimard.

Mais ce n’est pas suffisant. Là commence la phase de recherche !

Il faut savoir qu’il y a en France plus d’un millier d’éditeurs, souvent peu connus du grand public mais qui jouent un rôle très important de découvreur de talents. Publiant peu mais en s’engageant derrière leurs livres, ils s’appuient sur des réseaux de librairies, revues, radios et sites internets qui relaient ce qu’il font, un peu en marge des «grands» médias. Parfois, cependant, ils créent la surprise, comme Cheyne l’avait fait en 2002 avec Matin brun, de Franck Pavloff, ou les éditions de l’Aube avec la traduction du prix Nobel de littérature Gao Xinjian. Et un grand éditeur actuel comme Actes Sud est un ancien «petit» éditeur.

L’AUDACE des auteurs

couverture d’AUDACE, Annuaire à l’Usage des Auteurs Cherchant un EditeurPour se retrouver dans la jungle des maisons d’édition, un bon guide est AUDACE, l’annuaire publié par Roger Gaillard chez l’Oie Plate. Avec plus de 1000 fiches techniques détaillées, le «profil» et la politique éditoriale de chacun est décortiqué afin de guider les envois de manuscrit en toute connaissance de cause.

On y précise aussi pour chaque éditeur s’il s’agit de compte d’auteur, de compte d’éditeur classique ou d’un mélange des deux… Il faut savoir que des éditeurs comme L’Harmattan (mais aussi Bénévent, Imago…) publient beaucoup de textes d’auteurs débutants, mais d’une part ils demandent une «contribution» aux frais de fabrication (financière ou technique, si l’auteur fournit lui-même la maquette), et d’autre part ils ne les soutiennent absolument pas. Ils ne se donnent pas (et ne donnent donc pas aux livres) les moyens de rencontrer le public, faute de diffusion en librairie ou même de service de presse. J’en parle d’expérience, des gens de mon entourage ayant publié à L’Harmattan et déchanté ensuite. Si l’auteur lui-même ne prend pas la peine de démarcher les libraires, bibliothèques, médias, etc., le livre restera aussi inconnu que s’il n’avait jamais existé.

Je recommande aussi à ce propos la lecture des conseils de l’Oie Plate sur l’envoi d’un manuscrit et la typologie des contrats d’édition. Comme on disait au temps du Calcre, un auteur averti en vaut deux !

À bons droits… d’auteurs

Pour faire simple, un éditeur qui demande à la fois une contribution aux frais ET la cession des droits sur le texte est malhonnête ! C’est soit l’un (compte d’auteur), soit l’autre (édition classique). Ni l’Harmattan ni Bénévent ne sont dans ce cas, pas plus que Manuscrit.com ou Publibook.

couverture de “150 Questions sur l’édition”Voyez aussi Marc Autret et ses 150 Questions sur l’édition pour vous y reconnaître. Devant la multiplicité des formules d’édition possible, et les difficultés pour les débutants, ce vade-mecum est indispensable !

Cette question des droits est importante : un auteur qui se retrouve coincé par un contrat chez un éditeur qui ne donne pas sa chance à son texte faute d’une «exploitation permanente et suivie» (selon le mot du code de la propriété intellectuelle) est dans une situation peu enviable… Alors que s’il passe par un prestataire honnête, il a toujours la possibilité de reprendre son texte et d’essayer ailleurs si ça ne marche pas.

Le compte d’auteur honnête, ça existe (citons Presse de Valmy ou Yvelinéditions, par exemple). Et si on veut tenter l’aventure de l’autoédition, le meilleurs prestataire sur Internet actuellement est sans doute Lulu.com, qui laisse les auteurs absolument libres de leur politique en matière de présentation, de prix, de mise en vente, etc., et qui offre de multiples outils, très puissants, pour obtenir un résultat de qualité presque professionnelle. En plus, ils s’appuient sur une communauté en ligne d’utilisateurs qui permet au débutant de trouver de l’aide sur les questions pratiques techniques.

Mais je rappelle que s’éditer soi-même est un vrai travail, pour lequel on n’est pas forcément taillé ! Et si l’autoédition en ligne peut se justifier pour des marchés de niche (ouvrage technique pointu, textes underground, etc.), je pense qu’il serait dommage, lorsqu’on a écrit un texte littéraire qui se tient, de ne pas essayer de frapper à plusieurs portes d’éditeurs. Trop souvent, les auteurs essaient quelques éditeurs qui ont pignon sur Fnac, puis se découragent ! Alors qu’auprès d’un éditeur «artisanal» sérieux, ils auraient pu trouver un public et commencer à se faire connaître.

Approche par la face Web

À part l’annuaire AUDACE, un bon moyen pour découvrir la petite édition est de suivre l’actualité de sites comme Sitartmag ou l’incontournable Zazieweb. Forums, webzines et blogues consacrés aux livres sont aussi de bons moyens de s’informer…

Plus les sites officiels des éditeurs, bien sûr, qu’on trouvera vite en gouglant un peu. Ceux qui cherchent des manuscrits prennent généralement le soin de mettre en toutes lettres sur leur site ce qu’ils cherchent exactement et comment leur envoyer vos textes. Il est judicieux de lire (et méditer) ces instructions, avant de bombarder les éditeurs de manuscrits non sollicités, courriels ou coups de fils insistants, etc. (Et je ne parle pas des gens me contactent moi, alors que je ne suis même pas éditeur, mais que j’ai juste publié un roman… Pitié, les amis ! Je n’ai pas la clef du champ de l’édition ! J’en parle ici d’après mon expérience, mais je ne m’amuse pas à garder pour moi des informations ou contacts secrets. Ce que je sais est sur ce blogue, point.)

Le Navire en Plein VilleLe Navire en Pleine Ville éditeurAvec une pensée émue pour les petits éditeurs, ces hommes ou femmes orchestres qui poursuivent leur artisanat contre vents et marées, au risque de se donner des ulcères. Il faut un sacré grain de folie pour se lancer dans l’édition, beaucoup de passion pour y persévérer… et garder les pieds sur terre pour y réussir ! Sans compter un brin de chance, cela ne fait pas de mal.

Vous ne me croyez pas ? Lisez un peu ce coup de gueule d’Hélène, du Navire en Pleine Ville !

Vous venez de pondre un bouquin, il est corrigé, recorrigé : vous écumez les librairies pour trouver les éditeurs qui correspondent à son profil, vous envoyez par mail quand c’est possible (c’est aussi moins pénible de répondre par mail que de taper une lettre formatée, l’imprimer sur papier à en tête, la mettre dans l’enveloppe, etc.) et vous évitez de les distribuer dans les salons, merci (on a déjà toujours cinquante millions de trucs à transbahuter et on est crevés !). Et évitez d’appeler cinquante fois l’éditeur, il vous donne en général une fourchette de délais, mais il peut lui arriver d’être débordé. Un petit mail au bout de trois mois pour éventuellement vous rappeler gentiment à son souvenir, mais pas plus. En général, il fait ce qu’il peut, le bougre. Surtout quand des tones de zozos lui ont envoyé des manuscrits totalement à l’ouest !

Non, non, les éditeurs ne mordent pas… (Sauf dans les dolmades, mais c’est une autre histoire, hein…) Bon, tout de même, ça ne fait pas de mal d’être polis avec eux, si, si, vous seriez étonnés !

Allez, pour finir : surtout, bon courage ! Il y a bien des façons de percer en édition, et les chemins de traverse sont souvent les plus pittoresques…

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Comment j’ai trouvé mon éditeur (1ère partie)

Irène | 25 mai 2006 | 23 h 58 min

J’ai raconté plus haut combien l’écriture de L’Héritier du Tigre avait été un exercice de constance et de patience, d’imagination et de concentration. Mais enfin, à la fin des fins, le grand jour était venu : j’avais apposé le dernier point au bout de la dernière phrase.

C’est alors, vous vous en doutez, que le plus dur a commencé.

La chasse à l’éditeur.

Pas facile, quand on est “inconnu débutant”, c’est-à-dire qu’on n’est pas une célébrité ni un professionnel de l’écriture. Mais vous commencez à connaître l’auteure : elle est du genre à s’accrocher…

Viser sa cible

Et s’accrocher il a fallu. D’abord, histoire de ne pas semer à tous vents des copies inutiles de mon petit gros manuscrit (450 pages pour la première version, un joli poids), j’ai commencé par me renseigner sur les éditeurs. Vous me direz que ça a l’air tout bête ; pourtant, combien d’auteurs anxieux, naïfs ou mal aiguillés ne prennent même pas cette peine ! Et c’est ainsi que les éditeurs ayant pignon sur rue (en général dans le 6ème arrondissement de Paris) croulent sous des piles de papier dactylographié dont ils n’ont que faire, parce qu’ils ne publient pas de a) recettes de cuisine, b) recueils de poésie, c) livres religieux, d) autobiographies… (Rayez les mentions inutiles.)

Se renseigner n’est pas très difficile. On commence par le commencement : les livres qu’ils publient ! Et on les trouve là où ils sont, dans les bibliothèques et les librairies. L’auteur commence par repérer le rayon qui le concerne (dans mon cas, les ouvrages de SF, fantasy, imaginaire) et regarder quels genres et sous-genres sont représentés, et quels auteurs les publient. Tiens, tiens : la plupart de ceux-ci se cantonnent quasi-exclusivement dans les traductions d’auteurs anglo-saxons et les rééditions de classiques du genre. Parmi ceux qui ouvrent la porte aux auteurs français, tous ne publient pas de “jeunes” auteurs.

Donc une règle simple : je me limiterai aux éditeurs qui publient de l’imaginaire et lancent (ou essaient de lancer) des auteurs francophones inconnus. Pour tout exemplaire de mon tapuscrit envoyé en dehors de ce cercle, les chances de faire une touche tomberaient quasiment à zéro.

Liste de course de l’écrivain en chasse

Et pour améliorer le tri, rien ne vaut la “bible” en la matière : AUDACE, l’Annuaire à l’Usage Des Auteurs Cherchant un Editeur, de Roger Gaillard (alors édité par le ci-devant Calcre, maintenant par L’Oie Plate).

Un usage judicieux de ce gros volume me permit de confirmer telle observation, d’affiner telle autre. Par exemple, la collection “Fantasy” chez Rivages ne publiait pas d’auteurs français ; en revanche, Le Masque venait de lancer une collection de fantasy sous l’égide de Serge Brussolo (hélas, celle-ci ne s’est guère développée).

En somme, le tour d’horizon fut vite fait : parmi les “grands éditeurs”, le Fleuve Noir, Denoël et Flammarion (les deux derniers ont depuis un peu réduit la voilure dans les collections “imaginaire” et ne lancent plus d’inc-déb) ; parmi les éditeurs moyens Nestiveqnen (auquel je donnai la priorité, vu qu’ils avaient déjà publié une de mes nouvelles), Le Bélial, Mnémos, L’Atalante, Au Diable Vauvert, Bragelonne ; enfin parmi les petits éditeurs Imaginaire Sans Frontières (qui n’existe plus aujourd’hui, apparemment) et Eons.

Lorsqu’il y avait un doute, j’ai écrit ou e-mailé aux éditeurs (adresses dans Audace, bien sûr) pour confirmation. J’ai aussi profité du Salon du Livre pour m’adresser directement aux responsables qui étaient venus. (Dans les petites et moyennes maisons d’édition, on peut rencontrer l’éditeur lui-même.)

J’avoue que j’ajoutai sur ma liste deux ou trois autres éditeurs, pour des raisons, disons, superstitieuses et sentimentales. Gallimard (oh, oui, je l’ai envoyé à Gallimard, je n’allais pas m’en priver), plus Robert Laffont, à cause de la collection Ailleurs et Demain, et Phébus, pour leur fabuleuse collection de romans d’aventures. Bref, j’ai envoyé mon manuscrit chez des éditeurs que j’admirais et qui m’avaient fait rêver.

Votre tapuscrit a-t-il la tête de l’emploi ?

L’étape suivante fut simple : fabriquer cinq ou six tapuscrits, les envoyer et attendre. Quand l’un est retourné refusé, le remettre sous enveloppe pour en faire profiter un autre éditeur, et ainsi de suite, par roulement.

On dit beaucoup de choses sur la présentation des manuscrits. Ayant moi-même fait un stage dans une maison d’édition, voici de cela quelques années, et pouvant de plus m’appuyer sur mon expérience de bénévole au Calcre, association d’information et de défense des auteurs, je savais à peu près ce qui comptait en la matière.

  • D’abord, l’incontournable : votre manuscrit doit être un tapuscrit ! Pas d’écriture manuscrite. (On ne verrait plus, aujourd’hui, de José Corti découvrant Julien Gracq sur un cahier écrit à la plume, à l’encre verte.) OK, pas de problème : j’écris sur traitement de texte, de toute façon.
  • Ensuite, une présentation claire, propre, sans fautes d’orthographe. Là aussi, je passe le test. (Non, ce n’est pas pour me vanter. J’ai toujours été bonne en français.) Présentation standard : feuilles A4 imprimées seulement au recto, marges larges, double interligne. Feuillets numérotés. Le titre et le nom de l’auteur sur la première page. Et écrits en noir, pas en bleu ou vert !
  • Et quoi d’autre ? Ah, oui : une lettre d’accompagnement factuelle, concise, polie. Pas de flagornerie, de vantardises, pas d’appel aux sentiments. (Les éditeurs sont blasés, de toute façon. On les leur a déjà toutes faites.) Pas question non plus de tartiner sur trois pages une explication du roman : s’il a besoin d’explications, c’est que vous devez le retravailler !

Un texte envoyé à l’éditeur doit pouvoir se défendre tout seul. Sinon, mieux vaut continuer à y travailler. Ou écrire autre chose. En revanche, n’oubliez pas : les nom et coordonnées de l’auteur, une bibliographie (dans mon cas, quelques nouvelles et articles), le pseudonyme qu’il ou elle veut utiliser le cas échéant. D’autres indications personnelles, comme la profession, seulement si elles ont de l’intérêt pour l’éditeur. (Si vous êtes journaliste, l’éditeur trouvera le moyen d’utiliser ce détail pour le lancement du livre. Si vous êtes plombier-zingueur ou chômeur, mieux vaut ne pas le mentionner avant de signer le contrat. Je ne plaisante qu’à moitié.)

Et c’est vraiment tout ? Pas de photo de l’auteur, de CV, pas besoin de relier votre beau tapuscrit, votre bébé, le porteur de vos rêves les plus fous ?

Pour le CV et la photo, voir ci-dessus. Soit cela sert le livre et l’éditeur (bref, c’est utile pour la promotion), et vous pouvez l’inclure. Soit cela ne sert à rien (ou dessert, si vous êtes vieux, chauve, laid, bedonnant…) et mieux vaut laisser de côté.

La reliure ? Là, il y a plusieurs écoles. C’est sûr, le tapuscrit relié évite le risque des feuilles éparpillées et perdues. D’un autre côté, c’est plus cher. Cela fait-il plus “pro” ? Oui et non, je dirais. D’abord, c’est à votre éditeur de décider si votre texte peut être édité ! Inutile d’essayer de lui forcer la main, de le séduire. Là encore, il ou elle (de plus en plus de femmes sont dans l’édition) a déjà tout vu. Les reliures collées sont belles mais mieux vaut éviter : si votre texte passe le premier écrémage des manuscrits, il sera sûrement confié à plusieurs lecteurs donc sera photocopié. Moralité : préférez une reliure à spirale, qui permet d’extraire les feuilles facilement.

Mais ce n’est pas strictement nécessaire. Personnellement, j’ai envoyé mon roman sans le relier, les feuillets
simplement numérotés, avec le titre et le nom de l’auteur en bas de page (merci le traitement de texte), rangés dans une chemise de carton souple vendue à 40 centimes pièce chez Gibert. Propre, simple, économique.

Et je ne pense pas que cela ait handicapé mon manuscrit, car j’ai reçu à chaque fois un reçu poli, parfois légèrement personnalisé, et les pages un peu froissées laissaient penser qu’il avait été lu.

J’ai envoyé mes briques par la poste, ou je les ai déposées pour les éditeurs sur la place de Paris, et j’ai attendu. (Pour l’instant, pas d’envoi de manuscrit par courrier électronique. À éviter, sauf si l’éditeur l’accepte expressément.)

Des réponses, au bout de trois à cinq mois, soit. Mais pas de réponse positive.

Comment suis-je passé de ce stade d’auteur en chrysalide à celui, bien plus chatoyant, d’auteur enfin édité et volant à toutes ailes ? C’est ce que je me propose, lecteur, de vous raconter au prochain numéro.

“Tous, ils ont commencé par raconter leur vie qu’ils jugeaient intéressante. Mais les plus sages ont rangé cette première version dans un tiroir (peu ont eu le courage de la brûler) et ensuite, en prenant leur temps, ils ont recommencé ou sont passés à autre chose.”

Paul Desalmand, Ecrire est un miracle, éditions Bérénice

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Lecteur dans une maison d’édition ?

Irène | 15 mars 2006 | 19 h 33 min

Voilà encore une question qui revient souvent dans les courriels que je reçois (peut-être à la suite de ce billet) : comment faire pour devenir lecteur dans une maison d’édition ? Et à chaque fois, je suis bien embarrassée pour répondre.

Je préfère donc re-poster ici ce que j’ai écrit récemment à un internaute qui m’interrogeait sur l’activité de lecteur professionnel.

La marée grise des manuscrits

Je n’ai pas beaucoup d’expérience du travail de lecteur dans une maison d’édition. Je suis auteur avant tout ! J’ai seulement été stagiaire pendant quelques semaines chez un éditeur, il y a quelques années, où j’ai entre autres participé à la lecture des manuscrits reçus.

Je peux en tout cas témoigner d’une chose : ce n’est pas une activité très passionnante. Parmi ce qui arrive par la poste, 9 textes sur dix sont totalement impubliables (et la majorité de ce qui reste est mal orienté). La très large majorité des manuscrits sont mal rédigés, mal conçus et ne peuvent intéresser que leur auteur ou au mieux certains amis ou son cercle de famille.

Mieux vaut entrer dans une librairie ou une bibliothèque et prendre n’importe quel livre au hasard que de piocher dans une pile de manuscrits arrivés par la poste !

Qui sont les lecteurs professionnels ?

Parmi ce qui arrive, le tri est fait par le service des manuscrits chez les grands éditeurs (chez les petits, qui n’ont pas de salariés, c’est l’éditeur lui-même qui s’y colle), puis la petite proportion de textes intéressants est confiée à des “grands lecteurs” qui sont souvent les directeurs de collection ou directeurs éditoriaux eux-mêmes. C’est lorsque le texte est très prometteur qu’il passe entre les mains de plusieurs lecteurs, parfois des auteurs maisons dont on apprécie le jugement.

Donc dans la grande majorité des cas, les lecteurs professionnels de manuscrits sont déjà des gens qui travaillent dans le monde du livre : éditeurs, directeurs de collections, employés du service des manuscrits… Certains sont par ailleurs auteurs ou critiques littéraires. Ce n’est pas un hasard : pour bien juger d’un manuscrit, mieux vaut avoir à la fois une vaste culture littéraire et une bonne expérience du marché du livre. Non seulement ils peuvent juger de la qualité d’un texte (ce qui est toujours subjectif), mais aussi de ce que la maison peut publier ou pas. Ce qui est déjà plus complexe que de savoir si un texte est “bon” ou pas…

Enfin, quand un lecteur extérieur à la maison d’édition (donc ni un employé ni un stagiaire) fait des lectures de manuscrits, la rémunération qu’il ou elle touche est quasiment symbolique. C’est à considérer comme une activité d’appoint plutôt que comme un métier à part entière !

Que faire alors ?

Pour résumer, l’activité de lecteur dans une maison d’édition n’offre que très peu de plaisirs de lecture. Mieux vaut essayer de participer au Prix du Livre Inter ou quelque autre manifestation organisée autour de livres, non de manuscrits.

Si on est intéressé par les métiers du livre, c’est une autre affaire, mais dans ce cas on ne fera pas seulement de la lecture de manuscrits. Édition, traduction, correction et maquette, diffusion, relations avec la presse et les libraires, graphisme et illustration, édition électronique : les activités autour du marché du livre sont diverses et demandent de plus en plus de professionnalisation.

Quelques sites intéressants pour les passionnés du livre, de la lecture et de l’édition :

La République Internationale des Lettres (annuaire des maisons d’édition, actualité du livre, etc.)

L’actualité des prix littéraires (comme son nom l’indique !)

Un blog sur le monde de l’édition (infos en tout genre pour auteurs, lecteurs et éditeurs)

L’Oie Plate (éditeur de guides pratiques pour les auteurs, dont l’annuaire AUDACE des éditeurs)

Le BlogNot de Marc Autret (auteur de 150 Questions sur l’édition)

Ricochet (portail européen des littératures pour la jeunesse)

Le Flash Infini (actualité de la science-fiction et des littératures de l’imaginaire)

Asfored (Centre de formation aux métiers du livre et de l’édition)

Le site du Ministère de la culture et de la communication (en particulier la Direction du livre et de la lecture) fournit aussi de nombreuses informations utiles.

Et pour ne pas être tenté de voir le monde de l’édition avec des lunettes trop roses, je conseille l’article d’Emmanuel Guillot, “Ecrire et se faire publier”… Un bon panorama de certaines dures réalités du marché du livre. Je ne sais plus qui a dit qu’un bon éditeur devait être un rêveur réaliste : assez passionné pour se consacrer à la promotion des livres et des auteurs qu’il aime, et suffisamment les pieds sur terre pour réussir dans son entreprise. Mais trop souvent, l’édition devient une simple machine à fabriquer et vendre du livre, vendre des pavés de papier sans intérêt à condition qu’il y ait un nom célèbre dessus. Au point qu’on se demande si certains “éditeurs” ne feraient pas mieux de vendre des yaourts ou de la lessive…

Merci de votre patience et… bonne lecture quand même !

“One of the things good editors do is protect writers from themselves.”

— Ursula K. Le Guin

“Pour un conteur, un voyage est un procédé merveilleux. Il fournit un fil solide sur lequel une multitude de choses qu’il a en tête peuvent être attachées pour produire une chose nouvelle, variée, imprévisible, et pourtant cohérente”.

— J.R.R. Tolkien, Lettres (trad. Delphine Marin et Vincent Ferré, éd. Christian Bourgois)

P.S. Billet repris par Jérôme Cayla.

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Ecrire, éditer
Tags
éditeurs, édition, lecture, livres, manuscrits, métiers du livre
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Lecteur, quel beau métier

Irène | 26 septembre 2005 | 17 h 53 min

Il faut que j’explique… Il y a quelques années, j’ai travaillé comme lectrice, pour une maison d’édition aujourd’hui bien connue et jouant sans complexe dans la cours des grands, mais qui était un peu plus modeste à l’époque. N’empêche qu’elle recevait chaque jour un lot impressionnant de manuscrits non sollicités, ce que dans le jargon du métier on appelle “sauvages”.

Les séances de “dépotoir” (eh oui, on n’ouvre pas les manuscrits, on “dépote”) avaient tendance à tourner en une déprimante course-poursuite entre les manuscrits et les lecteurs. Le tri doit être rapidement fait entre le manifestement impubliable, le “pas mal, mais ce n’est pas pour cet éditeur” et le “peut-être, si le comité de lecture le veut bien”. Beaucoup de manuscrits sont mal aiguillés, d’où l’importance pour l’auteur de bien se documenter avant de poster. Mais 99% (allez, soyons optimiste, 95%) de ce que les éditeurs reçoivent est impubliable en l’état, de toutes façon.

Le Blues du lecteur de fond

A la mémoire de Boris Vian…

Éditeur, quel beau métier !
Si vous saviez…
Envahi par les manuscrits sauvages
(Se seraient-ils échappés d’leur cage ?),
Il leur jette en pâture un lecteur
À défaut d’pouvoir prendre un dompteur !

Refrain :
Oh, j’ai le blues, à trop lire,
Et dans mon antre de papier,
Pour me désennuyer,
Je chante le blues, le blues du lecteur de fond !

Auteur naïf, si vous saviez…
Moi qui lis depuis des années
Je n’ai jamais,
Jamais (bis)
Jamais rien fait publier !
Pauvre employé aux écritures féru de littérature,
Mon boulot c’est d’refuser !
Refuser les manuscrits,
Refuser les tapuscrits,
Mon boulot c’est d’refuser
Tout le bla-bla qu’vous écrivez !

Oh, oui ! J’aurais bien pu moi aussi
Écrire,
Écrivain, quel beau métier !
Mais la concurrence est dure…
Avec la faim et la froidure,
En fin de compte faut s’résigner.

Alors je lis des manuscrits,
Et puis je lis des tapuscrits,
Des pattuscrits, des pilluscrits,
Je lis, je lis jusqu’à c’que j’crie :
— Oh, j’ai le blues, l’blues de l’écrit !

Refrain 2 :
Et voilà pourquoi depuis, tous les soirs,
Je chante le blues du lecteur dans le noir !

“A book is just a box of words until a reader opens it.”
— Ursula K. Le Guin

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Catégories
Poésie
Tags
édition, blues, chansons, humour, manuscrits
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