14h et des poussières
Oh, joie, j’ai fini par trouver la Cantine ! Il ne fallait pas se fier au “12 passage des Panoramas” donné sur le site mais au 151 rue Montmartre.
On est en plein Silicon Sentier, au fait…
Bon, je tombe sur Sébastien Célimon puis Hubert Guillaud. Sébastien Dupont, de Lulu France, est là aussi. Et puis Céline, de Lulu aussi, que j’avais rencontrée au Salon du Livre et qui me taquine parce qu’elle se souvenait de moi mais pas moi d’elle !
14h15 Présentations : Hubert s’empare du micro et use de ses prérogatives d’hôte pour faire se présenter les gens.
Une centaine de gens, ce n’est pas une petite affaire. Les fumeurs rentrent pour se présenter aussi.
14h30 Oh, oh ! Les t-shirts attaquent ! Que serait une rencontre “Ouaibe 2.0” sans le t-shirt réglementaire, en effet… Les courageux le revêtent tout de suite. Moi, j’attendrai d’être en vacances. Merci.
15h Ateliers
Et me voilà à l’œuvre. Atelier sur les comportements de “l’auteur numérique”…
Qu’est-ce qu’un auteur numérique, au fait ? Étant la seule intervenante avec deux chromosomes X, c’est forcément “honneur aux dames”, et je me lance.
Moi : Un auteur, au sens étymologique, c’est celui qui augmente ce qui est, qui ajoute quelque chose au monde. Que ce soit écrire un texte, créer une image, organiser des éléments épars pour en faire une chose nouvelle (je pense à l’œuvre multimédia, mais aussi aux collages, anthologies, etc.)
Merci Jorge Luis Borges, au fait. (Et son traducteur français. El Hacedor => L’auteur et autres contes.)
Apparaît vite un clivage entre auteurs et éditeurs autour de la table. Logique, chacun parle de son expérience…
C’est là que je découvre un site absolument fabuleux : Find Your Museum, un guide en ligne des 50 plus grands musées du monde. La créatrice, Claire Desombre, est là, et revendique de ne pas être une “créative”, mais quelqu’un qui utilise les outils en ligne pour organiser les informations sur ces musées. Adresses, plans d’accès, horaires, liste et description des œuvres majeures… Le rève du touriste moderne, mais aussi du chercheur, de l’esthète, de l’étudiant en histoire de l’art, voire du romancier à la recherche de documentation.
D’où la question : un site Web peut être une œuvre de création, mais son maître d’œuvre n’est pas forcément un auteur. Dans ce cas, c’est l’éditrice qui joue ce rôle.
On a autour de la table un éditeur de recueils et anthologies thématiques, les éditions Volets verts, qui est l’exemple d’un petit éditeur indépendant qui utilise la puissance des outils informatiques (y compris la plate-forme de blog gratuite Blogspot) pour faire marcher son activité. Lui, l’éditeur, se définit comme un passeur, celui qui accompagne les auteurs, y compris ceux qui n’ont aucun atome crochu avec l’informatique (comme Hubert Comte, philosophe et amoureux des livres), pour mettre leurs créations à la disposition du public.
Sébastien Dupont cite un autre exemple, l’éditeur Malpertuis : celui-ci va un pas plus loin, puisqu’il a “externalisé” toute la partie impression et diffusion en utilisant la plate-forme Lulu, mais qui reste un vrai éditeur, qui choisit les textes, accompagne les auteurs, se charge des corrections, de la maquette, des illustrations, voire de la traduction (comme la traduction nouvelle du Roi en jaune, un classique oublié, à l’origine publié à la fin du XIXe siècle, qui a influencé Lovecraft et d’autres auteurs de fantastique).
Ces deux exemples ont en commun l’usage du principe de la longue traîne : Internet est le lieu et le moyen de se faire connaître d’un public qui peut être petit, ou dispersé géographiquement, mais qui suffit à rendre l’entreprise viable du moment que les coûts de fabrication, de stockage, de distribution sont réduits. Ce ne serait pas possible avec l’impression offset classique, mais avec l’impression à la demande, on peut envisager de n’éditer un livre qu’à 100 ou 200 exemplaires et les vendre dans toute la France ou même dans le monde entier.
Soit mais… et les auteurs dans tout ça ?
Eh bien, ils se rendent compte avec plus ou moins d’appréhension que, logiquement, les outils qui leur permet de se faire connaître en ligne, voire de se passer d’éditeur en devenant eux-mêmes les maîtres d’œuvres de leurs créations, ces mêmes outils les obligent aussi à choisir leur stratégie : quel genre d’auteur seront-ils ?
Un auteur à l’ancienne, qui écrit dans sa tour d’ivoire et confie son manuscrit à un éditeur, à charge pour lui d’utiliser (ou non) le Web pour diffuser et faire connaître l’œuvre ?
Ou bien un auteur qui prend en main sa notoriété, qui cherche à être reconnu et identifié, bref à acquérir un statut de “marque” pour lui et pour son œuvre ?
À ce moment, les retombées économiques ne seront pas forcément les ventes du livre, mais d’autres travaux auxquels le livre (ou toute œuvre de création) aura ouvert la porte.
Exemples cité par Sébastien Célimon : un sociologue français qui avait fait un mémoire de mastère sur l’usage du vélo à Amsterdam, qui en tire un livre imprimé et diffusé sur Lulu.com, qui l’envoie à des journaux et obtient ainsi quelques articles. Ce livre arrive entre autres dans les mains d’un membre d’un comité intergouvernemental qui réfléchit aux usages du vélo, aux politiques d’urbanisme, etc. Résultat : le groupe en question embauche le sociologue comme consultant.
Un exemple auquel on pourrait en ajouter d’autres, notamment celui de Cory Doctorow, à qui une double casquette d’auteur et de blogueur a ouvert la porte à d’autres activités : conférences, journalisme, enseignement… Mais cela nous entraînerait peut-être un peu loin.
Et puis il est 22h, je suis de retour chez moi, le BookBarCamp est fini depuis deux heures et on me permettra de tirer le rideau pour le moment.
Pour la suite, rendez-vous lundi ! (P.S. Bon, mardi, en fait. La Vie Réelle (TM) est tyrannique.)
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