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"Je ne désire pas le pouvoir, mais je refuse d'être soumise au pouvoir d'un idiot." – Cordelia Vorkosigan
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La vierge et le DRM

Irène | 2 juin 2008 | 21 h 06 min

Oui, je parle bien de cette lamentable affaire de mariage annulé et de tout le brouhaha qui se fait autour.

Image : video surveillance fail - up here, silly!

Vu sur Failblog, of course.

Personnellement, je serais en gros sur la même longueur d’onde que Patrick Lozès (le président du CRAN) lorsqu’il estime que : “l’époux a utilisé des moyens légaux pour parvenir à une fin moralement choquante”.

Oui, moralement choquante. Parce que d’une part, il y a asymétrie manifeste en la matière entre hommes et femmes… Et les traditions qui prévoient de montrer le drap taché de sang lors de la cérémonie de noces, pour “prouver” que l’époux a bien défloré sa promise, ne s’y trompent pas. (Même si cette attente peut parfois, et c’est bien embarrassant, mettre tellement la pression sur le marié qu’il se retrouve tout noué, comme à la fin du film Noces en Galilée, du Palestinien Michel Khleifi, et que sa femme doit trouver un subterfuge pour éviter le qu’en dira-t-on.)

Les jeunes femmes qui, pour dissimuler à leur famille et à leur mari qu’elles ne sont pas restées “pures”, se font refaire l’hymen par un chirurgien complaisant, non plus. Il paraît que les Iraniennes appellent ça une “broderie complète”…

Dans un chat organisé par le site Oumma.com (cité par Le Monde) les internautes, hommes et femmes, ne se privent d’ailleurs pas de parler du poids des tabous dans leur culture et de la “culpabilité” qui conduit à “ne penser qu’à ça”, ni d’ironiser sur “l’hypocrisie” des hommes qui prennent du bon temps “avec des Françaises” puis retournent se marier au bled avec une pure et chaste jeune fille…

Pour compléter le tableau, il faut préciser que l’hymen peut être rompu hors de tout cadre sexuel par la pratique de sports intenses (comme le rappelle Dominique en commentaire chez Le Bœuf qui pleure) ou par l’utilisation de tampons hygiéniques ; et que certaines femmes ont un hymen naturellement très souple, voire presque inexistant, et qui ne présente donc pas de frein à la pénétration.

Bref, l’hymen comme “preuve” de virginité est à peu près aussi efficace que les DRM pour empêcher le piratage de la musique…

Et pourtant, les majors, pardon, les traditions y restent attachées !

C’est qu’il y a un autre aspect de la question : la liberté ou non pour les individus (femmes comprises) de disposer de leur corps.

Là-dessus, je trouve ce que dit Ségolène Royal fort juste : le droit prévoit la possibilité pour les époux de divorcer par simple consentement mutuel (ce qui était le cas ici, ils étaient d’accord pour se séparer) ; mais considérer le mensonge sur la virginité comme une tromperie sur les “qualités essentielles” de l’épouse, c’est donner du poids aux prétentions des communautés et des familles à contrôler la sexualité des femmes.

Au fond, ce que dit la tradition musulmane, aussi bien que juive ou chrétienne (et la tradition chinoise confucianiste, d’ailleurs), c’est que le corps de la femme ne lui appartient pas vraiment, et que la société et la famille ont des droits dessus. Oh, certes, on parle beaucoup de “vertu”, de “pureté”, de “se préserver” pour “la bonne fois”(1), mais au final, dans la pratique, il s’agit de contrôler ce que peut faire la femme de son corps, dans quelles conditions et avec qui.

Du temps où il n’existait pas de contraception efficace ni de test d’ADN, et dans les pays où l’héritage patrilinéaire était la règle, l’exigence de virginité au mariage pour les femmes avait bien une utilité pratique : assurer que les enfants à naître dans le couple soient bien ceux du mari, et donc légitimes. En somme, pour assurer la transmission du patrimoine, pour garantir la légitimité des enfants, le contrôle est fait en amont, au niveau du corps de la mère.

Mais aujourd’hui, même ce justificatif-là ne tient plus ! D’autant que le Code civil intègre maintenant l’égalité des droits des époux, l’autorité parentale conjointe et la reconnaissance à droit égal des enfants nés hors mariage.

Dans ces conditions, “mentir” sur sa virginité peut se dire d’une autre façon : choisir de ne pas parler de ses amours passées à l’homme qu’on épouse, et qui n’a pas non plus de comptes à rendre à sa femme sur celles qu’il a aimé auparavant.

Un nouvel amour peut être considéré comme un nouveau départ, après tout. À chacun et chacune de décider ce qu’il ou elle dira, en fonction du degré de confiance et de la qualité de relation qui règne dans le couple. Certains (et certaines) préfèrent d’ailleurs ne pas savoir, ou tirer un trait sur le passé. “Avant moi, ça ne me regarde pas” est un adage fort utile à la paix dans les couples.

Bref, je ne sais pas ce que la jeune femme en question cherchait (peut-être tout bêtement à ne pas trop se mettre en porte-à-faux avec une famille attachée aux apparences, en souhaitant que son mari soit assez mûr pour ne pas se formaliser), mais franchement, dans cette affaire, elle n’a pas perdu grand-chose ! Et certainement pas son “honneur” – sauf à considérer que celui-ci n’est qu’un petit bout de peau entre les jambes.

Le ridicule ne tue pas, heureusement pour ceux qui s’accrochent encore à ce genre de concepts…

Il est d’ailleurs amusant de voir la droite quelque peu gênée aux entournures par l’idée que la virginité puisse être considérée comme “qualité essentielle” d’une épouse. Hésitations, revirements, divisions et cacophonie parmi les ministres..

Certes, entre le lobby catho traditionaliste, qui boit du petit lait(2) devant cette extension du domaine du Code Napoléon, et le désir malgré tout d’être de son temps, c’est bien difficile pour eux !

Tiens, à cet égard, on devrait aussi s’intéresser à quelques cas(3) de catholiques qui demandent l’annulation de leur mariage s’ils découvrent après coup que la personne épousée avait déjà été mariée. Tout ça pour éviter le “péché” – et la réprobation de la communauté, puisque l’église leur refuse la communion… Si on y pense, c’est tout aussi discriminatoire, et même ridicule puisqu’un ou une catholique n’aurait pas le même problème pour épouser une personne ayant auparavant vécu avec une autre personne en union libre ou concubinage !

Mais il est clair que l’on s’intéresse moins communautarisme chrétien qu’aux autres, en France…

Image : une grenouille dans la salade ?

Frog salad? Fail!

Allez, une modeste proposition, de la part d’une lectrice de science-fiction invétérée : s’inspirer de Beta Colony, dans la Saga Vorkosigan de Lois McMaster Bujold (en particulier Barrayar et Ekaterin).

Sur cette planète égalitariste et extrêmement tolérante, les jeunes filles (ainsi que les hermaphrodites) arrivant à la puberté se font enlever chirurgicalement l’hymen (sous anesthésie, bien sûr) et deviennent libres de mener comme elles veulent leur vie sexuelle. Hommes et femmes sont ainsi mis sur un pied d’égalité physique !

Ce qui n’empêche pas les gens qui le désirent de contracter une union exclusive à deux(4) et de le signaler par leurs boucles d’oreilles (plus visibles qu’un anneau) pour éviter les propositions galantes déplacées.

Rien de tel qu’un petit exercice de pensée latérale pour sortir des ornières mentales !

  • P.S. Pour un bon éclairage sur les problèmes juridiques posés par cette affaire, lire absolument le billet de Michel Huyette sur le blogue Paroles de juges.
  • Et pour avoir le point de vue de la jeune femme, il y a un long article dans le Nouvel Obs, qui est aller l’interviouver. Sa réaction devant l’assignation en justice pour l’annulation du mariage ? “Inès est en état de choc. Celui qu’elle pensait être l’homme de sa vie ne la respecte pas plus qu’un produit avarié…”
  • Au fait, la virginité au mariage est-elle vraiment si importante du point de vue religieux ? Pourtant, comme l’explique Youssef Seddik, le Coran n’en parle même pas !
  • Je signale aussi ne bonne analyse de Me Gisèle Halimi (est-il besoin de la présenter ?) dans le Monde.
  • Et celle de Dounia Bouzar, sociologue et ancienne membre du CFCM, dans Libération.
___________
  1. Sans se demander d’ailleurs comment font les gens qui s’aiment pour savoir s’ils sont compatibles aussi sexuellement… Bien sûr, dans cette conception du mariage, la recherche de l’épanouissement mutuel des conjoints est secondaire. [↩]
  2. Plus ou moins discrètement, mais c’est net dans certains blogues et journaux attachés à la culture chrétienne. Et comme plusieurs blogues de juristes sont également de droite et/ou catholiques, cela jette un bien curieux jour sur leur tendance à défendre le jugement. Défense de son métier ou de sa philosophie ? Ou des deux ? Je me garderai de trancher… [↩]
  3. Encore en 1997, cf. les exemples sur le blog du Cabinet Ravalec et Le Village de la Justice. [↩]
  4. Ou plus, on est sur Beta, après tout… [↩]
Tags : DRM, islam, justice, Lois McMaster Bujold, mariage, religions, science-fiction, sexualité, virginité

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DRM, islam, justice, Lois McMaster Bujold, mariage, religions, science-fiction, sexualité, virginité
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« Patience et longueur de temps Juin… Vous n’avez rien oublié ? »

8 Responses to “La vierge et le DRM”

  1. Eleken dit :
    3 juin 2008 à 0 h 05 min

    Bon texte ;)
    J’aime beaucoup le parallèle (trop anecdotique malheureusement) entre DRM et obscurantisme relignieux (de quelques nature que ce soit, j’habite Versailles et c’est pas beau à voir :o S)

    Répondre
  2. Dominique dit :
    3 juin 2008 à 16 h 26 min

    Voyons, je ne me souviens plus trop dans quelle autobiographie, j’avais lu le récit d’une petite opération chirurgicale pour fendre l’hymen d’une adolescente, je crois que c’était celle d’Yvonne Baby (ex-Monde) mais je n’en suis pas sûr. Elle n’était pas tout à fait consentante, mais c’était pour son bien-être à venir. Toujours est-il que dans les années 50-60, il y avait des gynécologues militants (souvent pro-communistes en Europe ou libéraux aux USA) qui pratiquaient ce type d’intervention par souci d’hygiénisme et d’humanisme : il suffit de lire par exemple le récit de la nuit de noces d’Une vie de Maupassant pour se rendre compte que les déflorations de jeunes mariées pouvaient s’apparenter à des viols et causaient non seulement des déchirures physiques au-delà du seul hymen, mais aussi des traumatismes et des complexes. Lois Mc Carter Bujold part en fait d’une situation qui existe bel et bien encore aux USA (sauf pour les fondamentalistes) et qui a son pendant masculin avec la circoncision pour les mâles (les USA comptent le plus grand pourcentage de circoncis parmi tous les pays occidentaux). Il existe en effet une preuve certaine de quasi-virginité masculine : la présence d’un phymosis ! Se rappeler Louis XVI… Mais qu’est-ce que la virginité quand on a quand même tenté d’avoir eu tout de même des rapports ? Et puis est-ce que cela voudrait dire que d’autres types de rapports sexuels comme les rapports oraux ou anaux ou onanistes ne comptent pas du tout ? Seule la pénétration vaginale est prise en compte. On en revient au fait que ces règles sont, comme vous le disiez, destinées à établir le contrôle de la propriété : la femme n’est pensée que comme le vase destinée à recevoir l’héritier des biens et il faut être sûr que cet héritier ne vient pas d’ailleurs. D’où des lois archaïques qui existaient encore il y a quatre ans (!) comme le délai de viduité pour les femmes et non pour les hommes, alors que les tests ADN existaient depuis des années. L’ensemble du code civll napoléonien est d’abord fondé sur la propriété, même en parlant de mariage, et il n’installe pas seulement la femme comme un objet : il reprend en fait les motifs d’annulation que l’Eglise catholique, apostolique et romaine reconnaissait. Parce que les très bons catholiques ne veulent pas épouser des divorcé(e)s, voire les fréquenter, et encore moins les admettre à la table du Christ ! Le divorce, c’est une opération civile et impie ; l’annulation, c’est une opération euh… mystérieuse, venue d’ailleurs, miraculeuse ! Ce qui me semble à mettre en cause dans tout cela, c’est l’existence de l’annulation de mariage. Mais une absence d’annulation entraîne des effets secondaires sur d’autres lois, par exemple à propos de l’inceste (un des motifs les plus souvent invoqués par les souverains européens auprès du Pape pour réclamer des annulations alors qu’ils ne se sont jamais génés pour se marier entre eux). Bref, la refonte de ce droit est une boîte de Pandore. Tout y passerait, y compris les pires tabous.

    Répondre
  3. Irène dit :
    3 juin 2008 à 20 h 03 min

    @ Eleken : C’est mon côté geek…

    @ Dominique : Intéressant éclairage. Pour le recours fréquent à la circoncision médicale aux USA, je savais, mais j’ignorais qu’il y avait aussi une tendance dans certains milieux modernistes à l’hymenectomie…

    Pour l’histoire de la “preuve” de virginité masculine, je crains que ce soit aussi peu probant que l’hymen. Le phymosis (ouverture du prépuce trop étroit) est naturel chez les nouveaux-nés et se résorbe en général à l’adolescence, sauf chez 1% pour des hommes chez qui cela gêne les rapports sexuels. Et cela peut aussi arriver chez des hommes âgés, par perte de souplesse du prépuce ou suite à une maladie de peau. Il y a aussi ce qu’on appelle le “frein” (peau qui relie le prépuce à la verge), qui peut être trop court (et gêner les rapports sexuels) et dont on croit souvent qu’il reste intact jusqu’au premier coït. Mais… En fait, tant l’ouverture du prépuce que le frein de la verge peuvent être assouplis par la masturbation et ne pas présenter de différence entre un homme qui a des rapports sexuels avec un(e) partenaire et celui qui se donne du plaisir tout seul. Il arrive même qu’une érection spontanée conduise à une rupture du frein. Ce qui peut être fort douloureux…

    Sinon, à propos de Louis XVI, l’enquête de Simone Bertière (pour sa biographie Marie-Antoinette l’insoumise, éd. Fayard) dans les archives de Vienne est venue de façon fort intéressante de contredire l’hypothèse du phymosis dans les troubles conjugaux du couple royal. Elle a consulté les originaux de la correspondance entre Marie-Antoinette et sa mère, et aussi les lettres de Joseph II à Marie-Thérèse après qu’il soit venu rendre visite aux souverains de France, et qu’il ait discuté franchement avec sa sœur et son beau-frère. Au final, il n’y a pas trace que Louis XVI ait jamais été opéré d’un phymosis (on a beaucoup parlé d’opération, d’un côté et d’autre du Rhin, mais si on suit l’emploi du temps du roi, bien connu, on réalise qu’elle n’a jamais eu lieu). Mais lui et sa femme, qui avaient été élevé dans l’ignorance la plus complète (c’est rare chez un prince français, mais ce fut le cas pour lui) auraient bien eu besoin d’un sexologue pour leur apprendre à se servir de leur corps !

    Répondre
  4. Pilou dit :
    3 juin 2008 à 21 h 04 min

    Un fait, habituellement négligé me turlupine : les époux n’auraient passé que quelques heures ensemble, sans témoin.
    Que l’un des deux eut été un étranger sans titre de séjour, le procureur aurait certainement demandé l’annulation pour mariage blanc ; un grand classique.

    Certes, l’explication peut être vrai ; comme il se peut que la vérité soit inavouable …

    Dans 2 mois, il deviendra impossible de leur refuser la séparation pour absence de vie commune. Alors …

    Répondre
  5. “Pas vierge, pas mariée” (suite) « Les coulisses de Sarkofrance dit :
    3 juin 2008 à 21 h 57 min

    […] Irène Delse reprend une citation qui résume le sentiment :  “l’époux a utilisé des moyens légaux pour parvenir à une fin moralement choquante”. […]

    Répondre
  6. Médard dit :
    14 juin 2008 à 10 h 14 min

    Toute cette affaire est étrange… on ne nous dit pas tout ;->
    S’agirait-il d’un mariage arrangé, où la promise a trouvé une astucieuse échappatoire ?
    Car enfin, le mari devait être bien expérimenté, et la femme aurait du “jouer la comédie”… non ?

    Répondre
  7. Irène dit :
    14 juin 2008 à 11 h 40 min

    Médard : On peut faire bien des suppositions, certes, mais le mieux est de lire ce qu’en dit la jeune femme elle-même dans cet article du N.O. (que je cite à la fin de mon billet) :
    http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2274/articles/a376444-.html

    Répondre
  8. Médard dit :
    14 juin 2008 à 20 h 07 min

    Irène : Au temps !
    pour moi ;-)

    Répondre

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