Bienvenue à mes lecteurs chinois
Irène | 8 avril 2008 | 23 h 40 minNon, c’est vrai, quoi : on en finirait par oublier que c’est facile de râler les uns contre les autres à distance, de protester, de contre-protester, mais il arrive aussi, parfois, qu’on se lise…
Ah, Internet.
Bref, il se trouve que mon blogue est accessible en Chine, au moins partiellement. (On pouvait se poser la question, notamment à cause de cette page et celle-ci.) J’en ai eu la preuve ces derniers jours, avec deux ou trois connexions depuis Shenzen et Hangzhou.
Je ne sais pas s’il s’agissait de Chinois ou bien d’expatriés français, mais j’ai pu constater que la langue utilisée sur les ordinateurs en question était bien le chinois. Et que ces internautes passaient à chaque fois un certain temps sur mon blogue : bref, que ce n’étaient pas des visites sans suite, au détour d’un surf sur Google (ou, bien sûr, Baidu).
Ce qui ne m’étonne qu’à moitié, puisqu’il paraît que les Chinois sont assez nombreux à apprendre le français.
Selon l’Alliance française, ce serait même la deuxième langue étrangère la plus étudiée en Chine après l’anglais (entendu le 21 mars dans la chronique de Christophe André, à la fin de l’émission Et pourtant elle tourne) !
Et puisque l’actualité a mis la Chine à la une en France, et vice-versa, avec ce déplacement hypermédiatique d’un “butagaz ambulant”, selon l’expression désabusée de Daniel Schneidermann…
Entre la police française qui rudoie un journaliste, le service d’ordre chinois qui se met en travers du chemin de David Douillet (oh, lèse-majesté !) et autres scènes d’anthologie, on en oublierait presque les origines de tout ça.
Ah, oui, une petite ethnie minoritaire dans la grande Chine, dans une région reculée, mais touristique ; pauvre, mais riche en ressources minières ; que les autorités s’efforcent tout simplement de développer, vous savez, en favorisant l’implantation de Chinois de Chine, d’ethnie han, bien sûr, avec leur langue et leur mode de vie, mais surtout des capitaux, des commerces et des industries… Et qui ont besoin de la terre et des ressources locales, bien sûr.
Hmm. Un modèle de développement imposé, qui rappelle furieusement l’époque peu glorieuse où c’était l’Occident qui imposait partout ses valeurs. Même à la Chine.
Aïe, c’est bête, ça…
Bon, j’arrête avant de faire ressembler ce blogue à un sermon. D’abord, s’il y a des Chinois qui me lisent, ici ou en Chine même, je ne crois pas qu’ils aient besoin de moi pour se faire une idée sur la façon dont est gouverné leur pays.
Et en plus, je ne m’intéresse pas aux Jeux olympiques. Mais alors pas du tout.
Il y a le fait que cette compétition n’est pas vraiment un symbole de paix, à l’origine. Mais en plus, elle a été exhumée (à la fin du XIXe siècle, temps du triomphe européen sur le monde : quelle coïncidence…) dans le même esprit de compétition frénétique… et vaine.
Citius, altius, fortius ? Pourquoi faire ? Créer des super-humains dopés, qui meurent jeunes mais riches, après avoir servi de support publicitaire au big business et d’instrument de propagande à leur pays ? Du moins s’ils ne restent pas sur le carreau en route, santé brisée avant que d’avoir gagné la moindre médaille.
Ou pour permettre à toutes les idéologies de s’en emparer, justement ? De 1896 à 2008, les Jeux ont continuellement servi à la politique. Difficile de s’en plaindre aujourd’hui, hein…
Oui, j’ai l’air grincheuse, comme ça.
Mais on oublierait avec tout ça qu’il y a eu d’autres manifestations à Paris, récemment :
- Celles des lycéens qui se plaignent de ne pouvoir étudier correctement lorsqu’on supprime des profs.
- Celles des handicapés, auparavant, qui en ont assez de subir en plus la pauvreté.
- Et samedi, celle contre la politique d’immigration de ce gouvernement qui sent beaucoup trop la xénophobie d’État.
Eh oui, entre les contrôles de police qui se terminent en noyade et les veuves qu’on veut expulser à la mort de leur conjoint français…
Ah, tiens, vive la France !
Bref, pour conclure : chers lecteurs chinois, n’hésitez pas à venir sur ce blogue. Je promets de ne pas me moquer de votre français (pas comme sur certains blogues, hein…) et s’il vous vient l’envie de critiquer la France, eh bien, on pourra comparer nos notes.
Mais on parlera d’autre chose que de J.O.
* * *
“Quand les hommes ne peuvent changer les choses, ils changent les mots” — Jaurès
“La politique est l’art d’empêcher les gens de se mêler de ce qui les regarde.” — Paul Valéry
Tags : Chine, français, France, Internet











Quelle chance ! Je sais que je suis à présent indésirable pour toutes mes pages en République populaire, j’avais publié un billet il y a deux ans à propos de la Grande Muraille virtuelle et à l’époque je pouvais encore être lu en Chine. Je m’en étais étonné, car j’avais écrit un peu avant un billet sous forme humoristique au sujet du Tibet et je devais avoir qualifié la Chine dans des termes assez dévalorisants d’un point de vue politique dans des commentaires comme la plus grande prison du monde ou le pays qui tue officiellement le plus de personnes par jour. Mais depuis un an, c’est fini. Peut-être parce que j’ai justement parlé du Great Firewall dans un billet. Je ne sais ce qui m’a vraiment valu ce bannissement, mais je soupçonne fortement le fait d’avoir mentionné la possibilité d’une censure. Laquelle arrive, bien sûr, pour dire aux Chinois qu’elle n’existe pas.
Tiens, à ce propos… Récemment, le site d’infos de la BBC a reçu un afflux de critiques virulentes d’internautes chinois (spontanées ou non, c’est une autre question), à propos de leurs articles sur les événements du Tibet. Le médiateur s’est fendu d’un billet pour expliquer aimablement :
1) d’une part, aux occidentaux, que les autorités chinoises venaient de débloquer l’accès au site, et que les Chinois pouvaient être surpris en tombant sur des témoignages et des analyses bien différents de ce qu’on entend dans les médias chinois ;
2) et d’autre part aux Chinois, que le correspondant à Pékin n’a pas eu la permission de se rendre sur place, et que la chaîne a dû utiliser des témoignages de touristes et d’habitants en plus des communiqués officiels des autorités chinoises et du gouvernement tibétain en exil.