Si l’éditeur vous fait réécrire votre manuscrit

29 03 2008

Suite d’une discussion avec Fred, Jean-Pierre, Emmanuel et quelques autres sur le forum Babel - La Ghilde des Mondes (oui, celui des créateurs de Babelpocket), à propos d’une déprimante anecdote recueillie au Salon du Livre :

Merveilleux, ouille ouille ouille. Pourquoi est-ce que je ressort déprimé de chaque Salon du Livre ? Parce qu’une éditrice me dit qu’un auteur a réécrit entièrement 5 fois son roman pour Gallimard pour se le voir refusé la 5e fois ? (Emmanuel)

Oui, mais ce qu’elle a omis (volontairement ?) de dire, c’est qu’il y a eu six relecteurs différents sur ce même titre, et quand on sait comment ils se mettent si rapidement d’accord entre eux sur un seul et même texte, on peut se poser la question. (JPJ)

Là c’est une question de choix. A quel point l’auteur veut-il être édité ? Accepte-t-il de changer fondamentalement son roman, rien que pour le voir accepté ? Mais est-ce toujours vraiment son roman ? (FredV)

J’y vois un manque de maturité des deux parties. D’une part, Gallimard n’a sans doute préféré pas perdre une bonne plume : même si on n’a pas le budget pour un auteur, mieux vaut le faire patienter quelques mois ou années plutôt que de le voir partir vers la concurrence. […]

De la part de l’auteur, il y a sans nul doute le désir ardent de se faire publier chez Gallimard et nulle part ailleurs. En faisant ce choix, il se fragilise grandement, il fragilise également ses collègues auteurs en faisant monter la surenchère de la c… et il prête le flanc à ce type de demande à répétitions. (Emmanuel)

Et quel est l’avis d’une auteure qui a connu de nombreux refus avant d’être éditée ? Car en plus de vingt ans d’écriture et d’édition, j’ai bien entendu commencé par essuyer des refus pour mes nouvelles, puis pour mon premier roman…

Ce que j’en pense, c’est que si l’éditeur demande des changements fondamentaux, c’est qu’au fond le texte ne lui plaît pas, que cela ne rentre pas dans sa politique éditoriale, ou les deux. Mieux vaudrait le dire clairement à l’auteur, en expliquant pourquoi, et lui recommander de potasser l’annuaire Audace (Annuaire à l’Usage Des Auteurs Cherchant un Editeur) et le Guide de la petite édition de Zazieweb pour en trouver un plus adapté au genre de textes qu’il ou elle écrit. Quitte à revenir par la suite, si au bout d’un an ou deux l’auteur a autre chose à proposer.

Beaucoup d’auteurs (surtout débutants) ne voient que quelques grands noms dans le paysage de l’édition, et s’imaginent qu’il faut absolument en passer par là… Mais c’est totalement irréaliste.

Et malheureusement, certains directeurs éditoriaux (le cas de celui cité par Emmanuel, chez Gallimard, est flagrant) en profitent, ou ne sont pas si pros qu’ils s’imaginent l’être. J’ai l’impression que le gars (ou la nana) en question avait pensé trouver dans le jeune auteur une plume prometteuse, à développer… Et s’est retrouvé à jouer les Pygmalion.

Problème n°1 : un éditeur n’est pas un atelier d’écriture ! Il aurait mieux valu donner une fiche de lecture détaillée et laisser l’auteur digérer les conseils. S’il revient quelques mois plus tard avec un texte amélioré, c’est qu’il sera possible de travailler avec lui. Sinon, c’est qu’il n’était pas encore au point de toutes façons. J’ai vécu le processus moi-même, en tant qu’auteure, et certains refus motivés m’ont beaucoup aidé à progresser. Quand j’ai proposé mon roman au Navire en Pleine Ville, l’éditrice m’a dit d’un même mouvement : “Oui, je le prends”, et “J’aimerais que tu le retravailles sur tel et tel point, mais on peut en discuter”. Et cela s’est très bien passé. Cela m’a même sérieusement aidé à améliorer le texte : supprimer quelques maladresses, expliciter des passages qui pouvaient être obscurs pour le lecteur, développer la fin qui était trop abrupte… Et comme je savais avoir affaire à un éditeur indépendant, je pouvais y aller sans crainte de voir ensuite le bouquin bloqué par le service commercial.

Car c’est le problème n°2 dans l’histoire du manuscrit chez Gallimard : le directeur éditorial a laissé espérer à l’auteur quelque chose qu’il n’était pas en son pouvoir de décider. Dans une grosse maison comme Gallimard, d’une part il faut l’avis du comité de lecture, et non pas d’une seule personne, mais de plus en plus, ce sont les commerciaux et les gestionnaires qui ont le dernier mot. Donc, même si un responsable de collection adore le manuscrit, même si la majorité du comité de lecture est d’accord pour donner le feu vert, il n’est pas raisonnable de s’emballer… Il faut encore que la personne qui signe les contrats (et qui tient les cordons de la bourse) accepte de signer.

Si toutes ces conditions ne sont pas réunies, mieux vaut franchement aller chercher ailleurs.

Tags : , , , ,

Articles relatifs


Actions

Informations

3 réponses à “Si l’éditeur vous fait réécrire votre manuscrit”

29 03 2008
FredV (22:01:05) :

Bien dit ! :)

30 03 2008
Jean-Pierre Julhes (07:42:25) :

Excellent résumé des difficultés rencontrées par les auteurs “pots de terre”.

1 04 2008
Eleken (11:42:54) :

Je prends bonne note de cette discussion ;)

Laisser un commentaire

Vous pouvez utiliser ces balises html : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>