Il y a environ deux semaines, je parlais des éditions Eons, qui venaient d’annoncer qu’ils abandonnaient les DRM sur leurs livres numériques aux formats PDF et Mobipocket. On sait le peu de goût que j’ai pour ces verrous numériques et la façon dont ils entravent les consommateurs.

Sauf que… À y regarder de près, cette offre d’Eons est moins pratique (et moins sympathique) qu’il n’y paraît au premier abord.
J’ai voulu tester l’offre le 13 mars en achetant Yorg de l’île, le premier titre publié sans DRM par les éditions Eons. Ayant déjà fait dans le passé un achat sur Eons.fr, j’ai un compte chez eux. Je me connecte : pas de problème. Je mets le livre dans mon panier, paye par carte bleue : tout se passe bien.
Puis je reçois un courriel m’annonçant qu’il va y avoir une étape de validation (et je ne lis pas les détails, grave erreur de ma part !) mais que je devrais pouvoir accéder à mon fichier dans les 24 h. Bon.
Sauf qu’un jour passe, puis deux, et je ne reçois pas le courriel de confirmation. Là-dessus, pas mal d’autres choses occupent mon esprit, et j’oublie…
Jusqu’à ce mardi 25 mars, où je reçois une lettre papier à l’en-tête des éditions Eons, me donnant… un code (seize lettres et chiffres) à utiliser en ligne pour accéder au fichier !
Petite précision : la lettre avait été expédiée le 13 mars, d’après le cachet de la Poste.
Je passe sur le retard lamentable de celle-ci — une bonne semaine de trop, au bas mot, même en comptant le week-end de Pâques… Non, ce qui m’agace profondément, c’est la procédure de “vérification” à laquelle Eons soumet les clients lors du premier achat d’un livrel sans DRM. Il paraît qu’il faut vérifier que le client a donné une adresse valide. Ah ? Mais si on utilise une carte bleue, on a forcément une “vraie” adresse, que diable !
Après une petite discussion par courriel avec Jean-Luc Blary à ce sujet, j’apprends :
- 1) que cette vérification est censée jouer le rôle de dissuasion envers les clients qui seraient tentés de “trop” partager les fichiers en question ;
- 2) que l’éditeur n’aurait pas pu convaincre tous ses auteurs d’abandonner les DRM sans cela.
Pour l’obstacle psychologique à surmonter chez certains auteurs, d’accord. Mais quant à l’aspect dissuasif ou pédagogique envers les clients de les obliger à montrer patte blanche de cette façon… Je crains que l’effet ne soit plutôt négatif.
D’une part, ce n’est pas très pratique : délai supplémentaire, dépendance par rapport à la Poste et à ses aléas, obligation de recopier sans se tromper un code…
Et puis cela revient à traiter à l’avance les nouveaux clients comme des gens suspects. Imaginez que j’entre dans une librairie, que j’achète un livre, paye par carte bleue et qu’on me dise :
“Ah, mais non, vous ne pouvez pas l’emporter tout de suite, nous devons d’abord vérifier que vous avez une adresse valide et marquer le volume ! Après tout, qui me dit que vous n’allez pas le revendre demain sur eBay bien en-dessous de son prix, en contravention avec la loi Lang ? Mais ne vous en faites pas, hein, la prochaine fois que vous acheterez chez nous, vous n’aurez plus à en passer par là…”
Trop aimable. Mais je ne serais pas très contente, c’est clair. Et je ne remettrais probablement pas les pieds dans cette boutique !
Même sur le plan de l’efficacité, cette mesure est douteuse. Après tout, je pourrais très bien avoir acheté ce livre pour en l’offrir à un ami, dont je ne peux pas savoir s’il est très respectueux de la propriété intellectuelle. Et que si lui met le fichier sur The Pirate Bay, c’est mon nom et mon adresse qui seront repérés…
Bon. Au final, et pour parler très franchement, je suis dégoûtée.
Je pense que je ne reviendrai pas de sitôt acheter un livre électronique sur Eons.fr, à moins que cette procédure anti-nouveaux clients ne soit modifiée. Dommage, d’ailleurs : le prochain numéro de Lunatique, à paraître le 9 avril, qui comprend des nouvelles d’Yves Frémion, Adriana Lorusso, etc., m’aurait bien tenté. Mais pas dans ces conditions. Ce sera en volume papier… peut-être.
P.S. Et bien entendu, j’espère qu’il n’y aura pas d’autres éditeurs pour imiter ces pratiques. Si on abandonne les DRM, c’est pour faciliter la vie au client et le considérer comme un adulte responsable, pas pour l’enfermer dans d’autres types de barrières. Du moins on peut l’espérer !
Rajout :
Au fait, si vous voulez voir à quoi ressemble le marquage des fichiers sans DRM vendus par Eons, j’ai fait une petite capture d’écran :

Vraiment subtil, hein ? Franchement, si c’est là tout le marquage prévu par l’éditeur, il y a quand même de quoi sourire…
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