L’Élysée veut une bonne presse
Irène | 18 novembre 2007 | 21 h 57 minQuand on dit que la presse française ressemble à la Pravda, et la France à une république bananière…
Rue89.com nous apprend aujourd’hui que c’est le président de la République lui-même qui a annoncé aux journalistes des Échos le nom de leur futur patron. On n’est jamais si bien servi que par soi-même. Surtout quand il s’agit de la gazette économique à l’usage des amis du Roy(1) :
En pleine semaine de grève, le président de la République reçoit le directeur de la rédaction Erik Izraelewicz des Echos, et quelques membres de la rédaction en chef du journal. Ceux-ci s’attendent à ce que le Président discute de la semaine sociale, du pouvoir d’achat… […]
Erik Izraelewicz et ses collègues n’en croient pas leurs oreilles. D’un ton cassant, Nicolas Sarkozy leur déclare qu’ils sont idiots de refuser le rachat, qui a été annoncé le 5 septembre : Bernard Arnault, leur explique le président, est un homme très bien, et “il va investir” dans leur journal…
Catherine Pégard, la conseillère de l’Elysée qui a organisé la rencontre, semble surprise du tour pris par la conversation. Catherine Pégard, la conseillère de l’Elysée qui a organisé la rencontre, semble surprise du tour pris par la conversation. L’ex-journaliste politique au Point pensait sans doute également que le Président avait prévu d’échanger sur l’actualité économique et sociale.
Arnault, ami proche de Sarkozy (il a été son témoin de mariage) a déboursé 240 millions d’euros pour reprendre le titre économique au groupe britannique Pearson. Pour protester contre cette annonce, une large majorité de la rédaction avait voté la non-parution du quotidien (par 162 salariés contre 12 et 7 abstentions).
Pour un quotidien économique, il n’est jamais sain d’être détenu par un acteur important de l’actualité des affaires, qui plus est lorsqu’il est présidé par un intime du chef de l’Etat.
À la fin de l’entretien de vendredi soir, Nicolas Sarkozy lâche, sec :
“Et Nicolas Beytout?”
Silence de mort des visiteurs, estomaqués. Beytout, directeur des rédactions au Figaro, était l’un des invités de la soirée de victoire au Fouquet’s, au soir du second tour de l’élection présidentielle. […]
Cela s’est passé vendredi soir, 16 novembre 2007.
Entrepreneurs, journalistes, blogueurs économiques, songez-y. C’est désormais officiel : Les Échos, c’est désormais l’édition économique du Journal Officiel, pour ainsi dire.
Mais pour de l’info fiable, mieux vaudrait sans doute aller voir ailleurs…
___________- Il ne manque plus qu’un duc de Saint-Simon pour chroniquer les mœurs et ridicules de cette moderne Cour. [↩]













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