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Oui, j’aime la Marseillaise

Irène | 26 mars 2007 | 18 h 05 min

Enfin… Pas chantée par Michel Debré, tout de même ! Il y a des limites. (Et heureusement que, dans l’extrait sonore passé sur France Inter cet après-midi, chez l’excellent Frédéric Bonnaud, on entend la foule chanter correctement ! Ouf ! Et comme le disait malicieusement l’une des intervenantes, on voit bien qu’il y a une coupure entre “le peuple” et “les élites”. Au moins musicale…)

J’aime la Marseillaise, je sais la chanter, l’entendre m’émeut. Dans ma famille, de gauche et cosmopolite à souhait, on apprenait tout naturellement l’hymne français, ses paroles, sa création (composant un chant pour les volontaires marseillais, Rouget de Lisle n’avait pas conscience qu’il était en train de faire l’histoire), et pourquoi Napoléon Bonaparte ne l’aimait pas trop. La Marseillaise, c’était un symbole de cette révolution républicaine dont il s’était fait le fossoyeur. Mais les soldats du rang “ne marchaient qu’à ça”… C’est ainsi que dans le sanglant des paroles, on entend encore aujourd’hui l’écho de notre histoire pleine de bruit et de fureur, pleine de massacres et de drames qui semblent bien dérisoires, des siècles après… Mais c’était des ancêtres à nous. Alors ?

“La France ne demande pas aux gens d’où ils viennent, mais où ils veulent aller ensemble.”

La France d’aujourd’hui n’est plus celle des grands assauts d’antan, la fleur au fusil, contre un ennemi déshumanisé par des appellations grotesques : “boches”, “rosbifs” (nous avons longtemps été les ennemis héréditaires des Anglais), “bougnoules”…

La France d’aujourd’hui est plus pacifique, plus européenne, tant mieux ! Le nationalisme outrancier d’antan a mauvaise presse : tant mieux aussi ! Et si nous en sommes là, c’est grâce notamment à des gens comme Jean Jaurès, assassiné en 1914 alors qu’il essayait de s’opposer à l’engrenage de la guerre. C’est grâce à la gauche internationaliste, aux socialistes et aux communistes ; c’est grâce aussi à aux artisans de l’Europe unie après les terribles boucheries des deux Guerres mondiales. Aujourd’hui, en Europe, on a remplacé la confrontation permanente, armée ou sournoise, par la concertation, le dialogue, la coopération. Ou du moins on essaie. On essaie même de favoriser la fraternité, l’amitié entre les peuples, mais c’est un chantier toujours à recommencer.

Mais on ne peut pour autant oublier ce passé qui nous oblige à nous entendre désormais avec nos voisins, plutôt que de les considérer comme des créatures bizarres, au mieux incompréhensibles, au pire hostiles.

Certains, à l’extrême-gauche, voudraient bien renvoyer la nation aux poubelles de l’Histoire, avec le nationalisme. Mais… Justement, ce serait dommage. Sans nation, qui est le “peuple souverain” ? Un gouvernement mondial, peut-être ? Désolée, mais c’est encore du futur ! Et puis, il y a dans notre pays des régions, avec des traditions et des symboles propres. Pourquoi ne pas désigner par “nations” ces régions mondiales que sont les actuels pays et leurs peuples ? Ce seraient des nations appelées à coopérer et à s’entendre, comme aujourd’hui en Europe, non plus à s’affronter et à se mépriser. Et une autre vision de l’identité nationale, liée non pas à la peur de l’étranger, mais à la confiance en soi d’un peuple qui est d’accord pour vivre ensemble sur le même sol.

“La France ne demande pas aux gens d’oublier d’où ils viennent.”

Et il serait un peu dommage que les Français ne sachent pas d’où “vient” le pays où ils vivent.

La Marseillaise, le drapeau tricolore (les couleurs de la Commune de Paris de 1789, rouge et bleu, entourant le blanc du roi de France, tentative un peu utopiste d’union nationale), Marianne et son bonnet rouge (rappel du bonnet des esclaves libérés dans l’Antiquité), et la devise “Liberté, égalité, fraternité” : quatre symboles dont les deux premiers ont été un moment associés de façon un peu abusive au nationalisme, alors qu’ils devraient être ceux de la nation. Il faut dire que le Régime de Vichy les avait récupérés… Mais en changeant la devise et en adoptant la francisque comme symbole, un emblème de violence là où Marianne donnait à la République figure humaine ! D’ailleurs il n’était pas question pour Pétain et ses sbires de se dire républicains. C’était “l’État français”, eux, pas cette “gueuse” qui donnait des boutons aux Maurras et consorts.

C’est terrible, mais il est peut-être nécessaire de le rappeler : la Marseillaise n’est pas une invention de Pétain (qui n’en goûtait d’ailleurs guère la première strophe, avec son “peuple souverain”), le FN n’a pas un copyright sur drapeau bleu-blanc-rouge, bien qu’il cherche à brouiller les esprits en la matière. Et Jeanne d’Arc n’est pas non plus pacsée avec Jean-Marie Le Pen !

** Rectificatif : Mea culpa. J’avais posté un peu vite. Le “peuple souverain”, c’est dans le Chant du départ, autre chant révolutionnaire conservé par l’Empire, pas dans la Marseillaise. Mais il y a dans la première strophe de celle-ci une condamnation vibrante de la tyrannie et de son “étendard sanglant”. D’ailleurs, comme me le fait remarquer Fred, en zone occupée, l’hymne avait été interdit par les Nazis. Révolutionnaires bolcheviks de 1917, Républicains espagnols en 1931, étudiants de la place Tian An Men en 1989, bien des gens hors de France ont repris cette Marseillaise si associée à la nation et si mal-aimée aujourd’hui par la gauche révolutionnaire… **

Moralité : les symboles de la République appartiennent aux Français, et tant pis pour l’extrême-gauche nationophobe comme pour les vieux nationolâtres revanchards d’extrême-droite !

“C’est parce que nous sommes fiers de notre identité que nous pouvons être accueillants.”

Tiens, qui disait ça, déjà ? Ségolène Royal, ce week-end, en meeting à Marseille.

Déplacement où elle a entre autres visité l’ancien camp des Milles, où furent internés des juifs ou antifascistes venus se réfugier en France pendant la Seconde Guerre mondiale. Parmi ces réfugiés, 2500 furent déportés dans les camps nazis. “Marianne Royal” (sacré Libé !) a rappelé l’importance de regarder en face l’histoire de France, avec ses lumières et ses ombres.

Et puis (mais c’est tout ce qu’ont retenu nos chers médias) elle a chanté la Marseillaise, dit son amour du drapeau tricolore, bref contesté à la droite le “monopole de la nation”. Allez, je vais me vanter, mais… Je l’avais un peu prédit, dès novembre dernier !

Pour terminer, cette affirmation où la candidate du PS plaide pour un mandat unique et un renouvellement de la classe politique : “Il est temps que la France ressemble à ce qu’elle est”. Pour des élus tricolores, jeunes, métissés, à pleine parité des sexes ? Oui, c’est possible. À nous de le faire. Pour parodier un slogan qui a réussi à la gauche américaine l’an dernier : Nicolas Sarkozy n’est ni Darth Vader, ni Voldemort, ni le comte Dracula ; ce qui peut le tuer, c’est votre bulletin de vote.

Rendez-vous les 22 avril et 6 mai, puis en juin pour les législatives…

Tags : France, identité nationale, Marseillaise

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France, identité nationale, Marseillaise
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2 Responses to “Oui, j’aime la Marseillaise”

  1. Ouadou dit :
    27 mars 2007 à 17 h 11 min

    Moi je suis réticent pour 2 raisons : mon identité occitane reniée par le nationalisme français ; le “sang impur”.
    Mais bon, si on rétablit le premier drapeau tricolore, avec le rouge à gauche et le bleu à droite, je ferai un effort…

    Répondre
  2. Irène dit :
    27 mars 2007 à 17 h 46 min

    Ah, oui, les identités régionales mises au rencart par deux siècles de jacobinisme… Bon, heureusement tout de même qu’on a fait du chemin depuis. Dans les villes de province que je connais, et même à Paris, on voit aux frontons trois drapeaux : le tricolore, la bannière étoilée européenne et le drapeau de la région ou de la ville ! ;)

    Quant au sang impur, je pense que c’est bonne occasion de rappeler qu’à l’époque (la Révolution), la réthorique confondait allègrement “impur” et “mauvais” ou “ennemi”. Rien à voir avec les échos de racisme qu’on y entend aujourd’hui. Mais justement, il faut chanter la Marseillaise, et l’enseigner, pour en parler.

    Récemment, il y a eu l’hommage de la nation à Lucie Aubrac, où la Marseillaise fut chantée et les drapeaux déployés dans la cour des Invalides. Là, je crois que personne n’a été choqué.

    Répondre

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