Irène Delse

"Je ne désire pas le pouvoir, mais je refuse d'être soumise au pouvoir d'un idiot." – Cordelia Vorkosigan
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En fourrure dans le lavabo

Irène | 22 juin 2006 | 22 h 15 min

C’est l’été… Il fait déjà chaud, les journées sont longues, un manteau de fourrure sur le dos, ça devient lourd…

C’est l’époque où les chats sont en quête de fraîcheur.

Pelouses vertes, carrelages nus et lisses. Coins ombreux dans la salle de bain ou la cuisine.  Dessus de marbre d’une vieille commode. Lavabo.

Lavabo. Oui.

Creux, frais, en hauteur, dans une pièce tranquille : voilà un berceau d’été pour chat tout trouvé. Le mien y coule (!) des heures de farniente et de béatitude.

Je ne vous dis pas le tapis de poils qui en résulte… Disons que même un homme des cavernes aurait honte de laisser la salle de bain dans cet état.

"Of course, they have their negative points. All cats insist on wearing real fur coats."

  — Terry Pratchett, The Unadulterated Cat

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Les recettes faciles du fabricant de best-sellers

Irène | 21 juin 2006 | 23 h 43 min

C’est en train de devenir un passage obligé chez les auteurs à succès, en particulier anglo-saxons : la publication d’un livre de cuisine, pardon, d’un manuel pour fabriquer des best-sellers.

La semaine dernière, au rayon fantasy et SF d’une Fnac parisienne, je remarque un gros volume d’Orson Scott Card, Comment écrire de la fantasy et de la science-fiction (éditeur : Bragelonne, qui semble bien parti pour recevoir un nouveau Razzie de la revue Bifrost, mais passons). Plus récemment, au Virgin Megastore de Barbès, cette fois, je tombe sur ce titre d’Elizabeth George, chez Presses de la Cité : Mes secrets d’écrivain, Écrire un roman, ça s’apprend !

Ben voyons. À quand un manuel de Dan Brown intitulé “Écrivez votre propre Da Vinci Code en dix leçons” ?

Comme des petits pains

Un rapide coup d’œil à l’intérieur montre qu’il s’agit bien de manuels pratiques pour fabriquer des histoires et se faire publier : comment planter un décor, décrire un personnage, construire une intrigue, le B. A.-BA de la narration à la troisième personne et du changement de points de vue ; plus quelques éléments sur le marché de la fiction aujourd’hui et le démarchage des éditeurs…

Bon, soyons honnêtes, je ne tiens pas rigueur à Elizabeth George (dont j’apprécie assez les récits policiers, même si je trouve que les derniers tirent un peu à la ligne) ni à Orson Scott Card. Un écrivain vit des livres qu’il vend, et si l’éditeur veut vendre un livre de recettes signé par une plume connue, ce serait bien bête de ne pas en profiter.

Quant à l’éditeur, ma foi… Lui vend ce que les gens achètent. Si les lecteurs sont prêts à acheter des manuels pour écrire des romans plutôt que des romans, lui non plus aurait tort de se priver de cette source de profits.

D’ailleurs, la mode des manuels d’écriture n’est pas neuve aux États-Unis, où les cours d’écriture créative figurent en bonne place dans le cursus de quasiment toutes les facultés et où nombre d’officines proposent des services allant du conseil littéraire et de l’aide à la recherche d’éditeur (travail classique d’un agent) jusqu’à l’écriture complète d’un manuscrit. En fait, l’enseignement semble être une source importante du revenu des écrivains.

Professeur de fiction

Mettons que vous soyez un auteur respecté, remarqué par les critiques littéraires, ayant gagné un prix ou deux, mais que vous restez loin derrière un Dan Brown ou un Stephen King en matière de ventes. Ou bien vous avez eu votre époque de gloire et de best-sellers, mais vous devenez vieux ou vous tombez en panne d’inspiration, ou bien vos livres sont passés de mode, bref, ç’a eu payé mais ça ne paye plus. Pas de panique ! Il y aura toujours un organisme d’enseignement, quelque part, pour vous proposer un poste de prof de littérature comparée ou d’écriture créative, un cycle de conférences ou l’animation d’un atelier d’écriture (les fameux writing workshops).

Et ce serait bien le diable si, avec la matière de ces enseignements, vous ne parveniez pas à tirer un livre. En fait, selon toute probabilité, vous serez approché par un agent littéraire avisé ou un éditeur désireux d’afficher un nom prestigieux à son catalogue… et d’exploiter le vaste vivier d’auteurs amateurs un peu superstitieux qui veulent se réchauffer à la flamme magique du Grand Écrivain.

C’est en gros le parcours, par exemple, d’un auteur respecté à la fois comme écrivain de fiction et comme professeur d’écriture, Robert Olen Butler, lauréat de divers prix littéraires dont le prestigieux Pulitzer, auteur de From Where You Dream : The Process Of Writing Fiction, mais qui avoue lui-même gagner plus en tant que professeur que par les ventes de livres. Et il s’agit d’un auteur dont le succès critique est tel qu’on a donné son nom à un prix littéraire…

From Where You Dream, que m’avait recommandé Emmanuel Guillot, est fort intéressant, d’ailleurs. Un peu pompeux dans l’expression, peut-être, et Butler a tendance à dénigrer a priori les auteurs qu’il considère comme “non littéraires” (et on sait ce que je pense de ce genre de distinctions). Mais c’est l’exposé le plus complet et rigoureux que je connaisse du processus à l’oeuvre dans le cerveau d’un écrivain au travail. Ce que Butler appelle le “cinéma intérieur”, l’absorption dans la zone “chauffée à blanc” (white hot) où les images et sensations s’assemblent et sont transmutées en mots.

Le Rêve Américain des auteurs

Pour peu, en revanche, que l’écrivain soit au faîte de la gloire, eh bien, il n’y a que plus de raisons pour les éditeurs de le démarcher en ce sens au pays du You can do it! et du culte des célébrités. C’est le Rêve Américain appliqué à la littérature : si on veut, on peut, en y travaillant, et la réussite commerciale prouve la réussite tout court.

“Nothing succeeds like success,” rien ne réussit comme la réussite : cette boutade, qui provient sans doute de la sagesse des nations, est attribuée par les Français aux Américains et par les Américains à… Alexandre Dumas !

Déjà, en 1966, Patricia Highsmith ouvrait la voie avec L’Art du suspense, mode d’emploi, à la demande, comme de juste, d’un éditeur de manuels pratiques. Manuels de jardinage, de bricolage, ouvrages d’auto-formation à divers métiers et examens… Ne manquait qu’un manuel d’écriture de best-sellers.

Petite anecdote : mon père m’a offert le livre de Highsmith en 1989, alors que j’étais une auteure encore fort jeune, avec quelques nouvelles à mon actif, et que je me plongeais la tête la première dans l’écriture d’un roman policier. Ce livre ne m’a pas appris comment écrire un roman à suspense, mais j’y ai trouvé matière à réflexion, food for thought, dans les chapitres sur la perspective du narrateur (qui vit et raconte l’histoire), la possibilité d’établir une atmosphère tout en décrivant le cadre et les personnages (il y a plus dans le choix d’un mot ou le rythme d’une phrase que ce qui est dit littéralement), et autres questions techniques.

Mais l’auteure du Cri du hibou et de L’Inconnu du Nord-Express insistait aussi sur l’importance de la pratique : c’est en écrivant qu’on devient écrivain, il ne faut pas se décourager parce que le premier jet est décevant ou parce qu’on sèche au milieu d’une histoire. En fait, elle recommandait le truc de (si je me souviens bien) Raymond Chandler : toujours laisser une feuille engagée dans la machine à écrire avec un paragraphe inachevé, pour pouvoir reprendre au bond le lendemain, au lieu d’être confronté à l’angoisse de la page blanche.

Le King se met à table

Un autre manuel d’écriture très recommandable écrit par un auteur à succès : j’en ai déjà parlé, c’est Écriture, Mémoires d’un métier, par Stephen King. Lui ne prétend pas vous apprendre à écrire un best-seller… Mais il explique sa conviction, appuyée sur son expérience de prof d’anglais (en lycée, avant de percer avec ses romans !) : si le talent ne s’apprend pas, en revanche, même une personne douée pour écrire risque de gâcher ses dons si elle ne les cultive pas.

Bref, l’apprenti auteur doit avant tout, lui aussi insiste là-dessus, pratiquer ! Et lire beaucoup, lire toutes sortes de choses, pour nourrir son imaginaire autant que pour acquérir des informations.

L’écrivain, pour Stephen King, est comme un charpentier dont les outils seraient ceux de la langue : vocabulaire, d’abord, règles élémentaires de la grammaire… et bien sûr tous les autres livres déjà publiés, la littérature et la culture générale. L’auteur de Sac d’os, de Mysery et de Coeurs perdus en Atlantide ne nous dit pas : “voici comment construire une histoire à succès”, mais il montre, par de nombreux exemples, comment un auteur débutant peut apprendre d’oeuvres aussi différentes que celles de Lovecraft ou de Raymond Carver, de Trollope, Grisham ou J. K. Rowling.

Et, bien sûr, il donne des exemples tirés de sa propre expérience d’auteur ! Le passage le plus fascinant est celui où il traite compare un texte avant et apprès relecture : suppression de mots inutiles, de passages redondants, changements d’un mot ou d’une phrase pour apporter une précision ou mieux établir l’atmosphère, etc.

Ecrire ou fabriquer

On me demandera peut-être ce qui distingue, au fond, le livre de King ou celui de Butler des manuels de fabricants de best-sellers que je citais plus tôt ?

C’est que des ouvrages comme ceux d’Elizabeth George et d’Orson Scott Card (et même celui de Patricia Highsmith, dans une certaine mesure) prétendent apprendre à des débutants comment fabriquer un roman à succès. Tandis que Ecriture comme From Where You Dream se proposent seulement d’aider ces mêmes débutants à s’améliorer dans la pratique de l’écriture.

Lequel, de ces deux types de livres, sera le plus utile pour une personne qui désire devenir écrivain ? Un vrai écrivain, j’entends, quelqu’un qui ne se contente pas de copier des formules qui marchent, mais qui a trouvé sa voix propre, qui raconte les histoires qui lui tiennent à coeur ? Je vous en laisse juge.

“Too many people want to have written.”

— (Terry Pratchett, alt.fan.pratchett)

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ateliers d'écriture, écriture, écrivains, édition, best-sellers, livres
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Le dingue au fusil et les marchands de haine

Irène | 20 juin 2006 | 20 h 57 min

Un homme arrêté dimanche soir dans la région de Compiègne (Oise) est soupçonné d’être celui qui tirait sur des passants avec un fusil 22 long rifle. Selon les témoins, l’individu s’attaquait uniquement à des personnes dont la peau était foncée, en particulier des Noirs.

Fait-divers sinistre

On l’a vu tirant depuis sa voiture sur des adultes seuls ou en groupe et même sur des enfants. L’arme avait le canon et la crosse sciés, pour être facilement dissimulé sous une veste ou un siège de voiture, et lunette de visée pour plus de précision dans l’ajustage des cibles humaines. Il semblait tirer pour tuer, à hauteur du thorax. Pas de morts, heureusement, au bilan de cette virée barbare, mais deux hommes blessés par balle et une femme légèrement touchée par des éclats de verre.

Aujourd’hui, le procureur de la République de Compiègne a publié un communiqué à la presse, révélant une partie de ce qu’à déclaré l’individu interpellé pendant sa garde à vue :

«Il est focalisé sur les étrangers comme étant responsables de tous les  maux. Il est parti en croisade. Ses motivations sont d’ordre racial. Il a  expliqué son geste par une rancoeur envers les étrangers, les Maghrébins et les  noirs»…

Parmi les détails donnés par le procureur : l’homme était sans travail, il vivait seul dans une caravane près de Compiègne.

Bref, le tableau qui se dessine est celui d’un paumé bourré de haine, un dingue rejetant sur l’autre, sur l’étranger, tout ce qui va mal dans sa  propre vie, cherchant à tuer des passants anonymes, sélectionnés sur leur couleur de peau. Il devait être mis en examen aujourd’hui pour «tentatives d’homicide volontaire aggravées, commises en raison de l’appartenance vraie ou supposée de la victime à une race ou une religion». Ce qui fait encourir au maximum la prison à perpétuité.

Les propagateurs de haine

Aurait-il cherché ces cibles-là s’il n’y avait dans notre pays des marchands de haine, dans certains partis et certains médias, des gens qui répètent peu ou prou le même genre de discours faisant des étrangers la cause de tous les maux de la France ?

Des gens qui prétendent qu’il y a «trop» d’étrangers en France, que l’on réduirait le chômage et le déficit de la sécu si on les expulsait, qui voient un délinquant ou un terroriste dans tout visage à la peau un peu sombre, dans tout accent d’un pays du Sud. Des gens qui veulent faire croire que les viols collectifs n’existent que dans les quartiers «difficiles» (et qui font d’ailleurs l’équation entre la proportion d’étrangers et la «difficulté» du quartier), qu’un étranger qui a un travail occupe forcément le poste qui aurait dû revenir à un français «de souche» ou qu’une mosquée ne peut être qu’un lieu d’endoctrinement de terroristes, surtout près d’une ville où atterrissent des avions. Des gens qui réclament l’application d’une «préférence nationale» pour les chômage et les allocations familiales et une prime pour les bébés tricolores.

Les marchands de haine n’ont pas tous un fusil. Certains opèrent avec des mots, à travers des livres, des journaux, des sites Internet, à la télé ou à la radio. Ils viennent verser des larmes de crocodile à chaque fait divers impliquant un auteur noir ou maghrébin (et souvent réclament le rétablissement de la peine de mort). Ils pestent contre la «décadence» de notre pays, parlent d’«invasion» par des éléments «allogènes»…

Les lois qui répriment l’incitation à la haine raciale ont imposé une certaine retenue aux racistes, aux xénophobes, à tous les tenants de la doctrine «les français d’abord». Mais sous couvert de populisme ou de défense des traditions, ils ont bien des façons de faire passer leur message. Et cela ne tombe pas toujours dans l’oreille d’un sourd.

«Le patriotisme est le dernier refuge des crapules.»

  — Dr Samuel Johnson

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J’écris de la fantasy

Irène | 18 juin 2006 | 10 h 05 min

Je m’étais posé la question (et on n’avait pas manqué de me la poser) : mais au fait, dans quel genre ou catégorie classer L’Héritier du Tigre (Shalinka, tome 1) ?

Je l’ai dit, je n’aime pas trop cette histoire de «genre», cette façon de ranger les livres dans des cases, sous des étiquettes. Keith Richards, au sujet de la musique, dit qu’il en existe seulement deux types, «la bonne et la mauvaise.» Eh bien pour moi, c’est pareil : il y a de bons livres, lisibles, intéressants, délectables, passionnants, fascinants, et puis de mauvais, des livres vides, mal écrits, idiots, baclés, répugnants. Point. Et le reste n’est que littérature critique littéraire.

Trouver un livre

Oh, je sais bien qu’il est utile de pouvoir distinguer des continents et des provinces dans le vaste univers des livres. Le classement en genres sert avant tout d’outil aux éditeurs, diffuseurs, libraires, attachés de presse, journalistes, critiques, enseignants et documentalistes, tous ceux qui ont besoin de savoir où ils en sont dans la chaîne du livre : qui écrit, publie, ou vend quoi. Bref, c’est une étiquette commode pour délimiter des sous-ensembles dans l’ensemble de ce qui s’écrit, un peu comme le système de classification décimale Dewey sur les rayons des bibliothèques. Ce système, je ne le conteste pas a priori, du moment qu’on reste conscient qu’il s’agit d’une description de la réalité et non de la réalité, de la carte et non du territoire.

Alors, finalement, qu’est-ce que j’écris ?

Jusqu’ici, dans mes nouvelles et autres textes courts, j’ai tâté de divers genres : science-fiction, fantastique, fantasy, sans compter diverses variantes et quelques textes inclassables. Mais il s’agissait toujours d’Imaginaire. Univers parallèles, autres planètes, futur potentiel, intrusion de la magie et du paranormal… Tout ce qui n’entre pas dans la «littérature mimétique», pour emprunter le terme dû (semble-t-il) à René Caillois.

Un peu d’imagination

Pour simplifier, je dirai brièvement : la littérature «mimétique», c’est le récit de ce qui est possible, dans le monde que nous connaissons ici et maintenant. L’imaginaire, c’est le récit de ce qui serait possible si… on modifiait une ou plusieurs conditions de base du monde d’ici et maintenant.

Si les extraterrestres débarquaient sur Terre, si la magie fonctionnait, si les Européens n’avaient pas mis le pied en Amérique en 1492, etc.

Ou si j’imaginais, disons, un monde qui pourrait être la Terre dans plusieurs dizaines de millions d’années, après la disparition d’Homo sapiens, le modification des continents, l’évolution d’une nouvelle espèce intelligente…

Cette terre qui semble à la fois si proche et si différente de la nôtre, je l’appelerais Lizil, le nom que lui donnent ses habitants. Ceux-ci se nommeraient eux-mêmes les Knas («Kna» signifiant dans leur langue, tout simplement, les êtres pensants qu’ils sont, l’humanité, en somme).

Alors, là-dedans, et L’Héritier du Tigre ?

Le tigre et les Knas

C’est le récit des aventures d’un jeune Kna, un garçon de douze ans nommé Yenshaya. Après avoir vu ses parents et sa sœur mourir dans l’attaque de leur château, il se retrouve prisonnier de la troupe de mercenaires qui a mené l’attaque. Non seulement son monde s’est écroulé, mais il se rend compte que le commanditaire de cette guerre privée est son propre grand-père !

Personnage inquiétant et énigmatique que ce grand seigneur, le prince Shalinka, qui fait la guerre à son propre fils mais veut ramener à lui coûte que coûte cet enfant qui est son dernier héritier. Sa réputation est terrible, à l’instar de son emblème, représentant un tigre rouge (sha linka).

Le jeune Yenshaya est donc entraîné malgré lui dans un long et périlleux voyage à travers diverses régions de Lizil. La colère et la haine qui l’habitent dans un premier temps cèdent peu à peu la place à des sentiments plus complexes, à mesure qu’il apprend à observer ses compagnons de route… Et si les choses n’étaient pas ce qu’elles semblaient ?

La rencontre avec d’étrange voyageurs, les Krobors, en particulier, va aider Yenshaya à prendre conscience de son identité, de son héritage. Il va apprendre s’ouvrir aux autres, à les accepter, pour en être accepté en retour.

C’était le tome 1, intitulé L’Héritier du Tigre, on comprend pourquoi maintenant… Un deuxième tome (en cours d’écriture !) racontera la suite des aventures de Yenshaya, héritier des Shalinka.

Au fait, où est la fantasy, dans tout cela ?

J’en ai discuté un jour avec Hélène Ramdani, mon éditrice, du Navire en Pleine Ville. Je ne saurais comment classer le roman, expliquai-je. C’est un roman d’aventure dans un monde imaginaire, pas un pays ou une époque connue, ce n’est pas clairement une autre planète ni un univers technologique, donc ce n’est pas de la SF ; mais la magie n’est pas un élément
important, donc il me semblait difficile de le classer dans la fantasy…

«Pourtant, si,» a répondu Hélène, «L’Héritier du Tigre, c’est de la fantasy.»

Fantasy et imaginaire

On notera que je n’ai pas parlé dans mon résumé d’elfes, de dragons, de nains ni de sorciers. Ni même de magie, de prophétie, de malédiction ou de grimoire contenant de vieilles runes… C’est voulu.

Tous ces codes et éléments bien connus de la fantasy, je dirais «à la Tolkien», pour faire vite, ne font pas partie de l’univers de Shalinka.

Attention, qu’on ne se méprenne pas ! J’adore Tolkien, j’admire son imagination, son art du récit, de la toile vaste et fouillée à la fois, sa capacité à nous faire voyager en imagination par-delà les ères géologiques et les lois de la nature, dans un univers de mythes et d’épopées.

J’admire Tolkien, dis-je, je m’en suis inspiré, j’ai fait mienne une certaine esthétique du regard éloigné, de l’écho poignant du passé à demi oublié, de la ligne de montagnes entraperçue dans une brume aux limites de la légende, des pays insoupçonnés qui attendent le voyageur, au-delà de l’horizon. Mais… je ne veux pas l’imiter en tout !

Pas plus que je ne désire imiter trop strictement Ursula Le Guin, Lois McMaster Bujold, Roger Zelazny, Terry Pratchett ou Michael Moorcock, pour citer quelques auteurs que j’apprécie.

Lizil, mon Lizil, est un monde qui a ses propres règles, sa propre magie, ses légendes où les Krobors, mystérieux errants de la forêt et des montagnes, n’ont rien à envier pour l’étrangeté aux Elfes de Tolkien. Lizil a un passé, où les deux à trois mille ans que compte l’histoire des Knas n’est que le commencement d’un cycle que j’aimerais explorer, un jour, si les lecteurs veulent bien me suivre dans cette voie.

Pour l’instant, j’offre cet Héritier du Tigre, premier volume de l’histoire de Shalinka Eyyenvi Yenshaya. Ses aventures, ses réactions et l’univers qu’il découvre doivent un peu à ma personnalité, un peu à mes lectures. Et tout à l’imagination.

«Fantasy is shamelessly fictive. Some people feel it’s wicked to invent something God didn’t think of. Others see it as a waste of time. And to others, fantasy is an exercise of what may be our most divine and certainly is our most human capacity, the imagination.»

— Ursula K. Le Guin

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Les miscellanées du samedi

Irène | 17 juin 2006 | 14 h 22 min
  • Le Marché de la Poésie s’est ouvert jeudi place St Sulpice (Paris, 6e), avec des partenaires prestigieux, mais moins d’associations et de petits éditeurs. Et moins de fréquentation aussi, à ce qu’il semble. Cherchez l’erreur… (Sources : Marc Autret, Magali Turquin, l’Oie Plate.)
  • Pendant ce temps, toujours à Paris, se tient le Salon du livre libertaire et des médias libres, à la Cité des Sciences et de l’Industrie de la Villette (17 et 18 juin). (Source : Livres Hebdo.)
  • Nouvelle vague de parutions au Navire en Pleine Ville le 16 06 juin avec deux textes de SF : un roman inédit de Lilian Bathelot, C’est l’Inuit qui gardera le souvenir du Blanc (collection Sous le Vent) et la réédition de Tongre, d’Yves Frémion (Sous le Vent Classiques). Embarquement immédiat !
  • Recevoir L’Héritier du Tigre au Japon ? C’est possible, grâce à Kinokuniya Book Web ! Cette librairie en ligne propose des livres en japonais, mais aussi en anglais et en français. Dont beaucoup de livres pour la jeunesse. Il faut dire (selon une certaine étudiante de japonais de mes connaissances) que le pays compte une importante communauté d’expatriés… français.
  • À propos de Japon : il parait qu’avec l’Italie et la Hollande, c’est l’un des pays qui traduit le plus de livres étrangers et le plus rapidement après publication.
  • Entendu sur France Inter à 13 h : Ségolène Royal, en visite en province, a reçu une tarte à la crème (et aux fraises avec une fraise dessus…) lancée par un petit malin qui profitait de l’absence de gardes du corps ou autre protection. Bravo pour l’hospitalité. Maintenant, si ce monsieur avait essayé sur le candidat à tout / ministre de l’Intérieur que l’on sait, combien vous pariez qu’il serait en ce moment en train de s’expliquer au commissariat, avant de passer par la case condamnation en comparution immédiate ? (N.B. Quoique… Si on en juge par le commentaire de Dominique ci-dessous, il n’aurait peut-être même pas pu s’en approcher.)
  • Pour éviter la mauvaise publicité causée aux Etats-Unis par Guantanamo, le gouvernement américain ne trouve rien de mieux que d’interdire l’accès du camp aux journalistes. Machiavélique : à présent, les rumeurs les moins favorables à l’Amérique pourront avoir le champ libre ! (Lu dans le Nouvel Obs.)
  • Thierry Lenain est un auteur jeunesse dont je lis régulièrement le blog, bien que je ne sois pas d’accord avec lui sur tout (vous avez dit Europe ? ahem). On ne peut pas déposer directement de commentaires, mais il y a un forum bien intéressant pour échanger avis et suggestions. C’est là que j’ai lu l’histoire suivante, racontée par Annie Janicot (d’après Patrice Favaro et une fable indienne) :

Lorsque les pârsi sont arrivés en Inde, le patriarche est allé solliciter l’accord du Rajah qui refuse leur présence et leur demande de partir plus loin. Le patriarche demande un bol de lait et un morceau de sucre, montre le bol en disant “voilà l’Inde”, montre le sucre et dit “voilà ce que nous représentons”. Il laisse tomber le sucre dans le lait et interroge :

- Est-ce que l’on voit une différence dans le bol de lait ?

- Non.

- Est-ce que le bol a débordé ?

- Non.

- Le lait n’est-il pas meilleur maintenant ?

- D’accord, dit le Rajah, vous pouvez rester.

Il ne faut pas avoir peur de se mélanger.

« Miles swallowed icy spit. Those who do not know their history, his thought careened, are doomed to keep stepping in it. Alas, so were those who did, it seemed. »

— Lois McMaster Bujold, The Vor Game

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On écrit à l’auteur…

Irène | 15 juin 2006 | 18 h 33 min

1erecouvtigre J’ai reçu l’avis d’une lectrice sur L’Héritier du Tigre, récemment, que je ne résiste pas au plaisir de vous faire partager :

J’ai commencé [ce livre] en le dévorant, tant il est bien raconté. Et en plus, il ne manque pas de notations très "vécues" (où les as-tu vécues ?) et elles n’alourdissent pas du tout le rythme. En lisant la 4ème de couverture, je me suis dit que la personne qui l’a rédigé doit être étonnante, au sens d’extraordinaire. Cela dit, toutes ces louanges sont très justes. Il n’en manque qu’une : la touche d’humour désabusé. […]

Pas mal, non ? C’est quelqu’un que je connais bien, que je sais sincère. Et comme il s’agit d’une ancienne prof de français, qui en plus ne lit guère de fantasy, c’est formidablement encourageant pour l’auteur !

Mais au fait, où ai-je vécu tout ce que raconte L’Héritier du Tigre  ? En imagination, bien sûr. En imagination.

"Writers write because they can’t stop."

— Jasper Fforde

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Question de genres

Irène | 14 juin 2006 | 22 h 05 min

On parle couramment de “genres” littéraires, mais souvent on sous-entend qu’il y a la littérature, et puis les autres genres.

Ranger les livres par genre ou catégorie est certes utile sur le plan pratique, mais cela m’agace, surtout quand le concept de “genre” est utilisé pour déprécier certains genres par rapport à d’autres, sans prendre en compte la qualité des textes eux-mêmes.

C’est ainsi qu’on distingue souvent entre la “littérature” ou “littérature générale” (sous-entendu, la seule vraie littérature) et les genres dits “mineurs” ou “paralittéraires”, c’est-à-dire tout ce qui peut être étiqueté “roman populaire” : roman policier, roman d’espionnage, science-fiction et fantastique, chacun avec leurs sous-genres… Sont venues s’y ajouter récemment des catégories originaires des pays anglo-saxon, comme le “thriller” (on disait il n’y a pas si longtemps “récits à suspense”) et bien sûr la fantasy…

Mauvais genres

Bon nombres de gens cultivés et “sérieux” ne voudront rien avoir à faire avec ces genres-là, qu’ils les connaissent ou non (souvent, ils ne connaissent guère), et hausseront les épaules à la mention “SF” ou “Fantasy” sur la couverture d’un livre, le reposant machinalement sur la pile puis passant tout de suite à ce qui ressemble à de la “vraie”littérature. S’ils sont dans une librairie, ils passent même souvent sans voir les rayons en question.

Bien sûr, c’est aussi absurde que si on réservait le terme de “cuisine” ou “gastronomie” à la seule cuisine française, toutes les autres traditions culinaires reléguée dans la catégorie “para-cuisine”.

En cuisine, tout gastronome sait que l’on peut faire un bon osso bucco comme on peut le rater, trouver selon le restaurant un excellent canard laqué et de tristes choses desséchées, tout comme une table française peut offrir un pot au feu parfait dans sa simplicité ou un brouet minable indigne du nom de nourriture.

Trop “commercial” pour être honnête ?

Mais dans le monde des livres, en revanche, si le succès amène à réévaluer dans une certaine mesure l’intérêt de certaines catégories, si certains genres gagnent peu à peu en visibilité et en notoriété, il y a encore du chemin à faire pour en arriver à une évaluation réaliste des mérites des livres, indépendamment de leur genre. (Et le succès commercial peut devenir lui-même un stigmate dans l’esprit des gens qui accordent de la valeur à la littérature…)

À quelques exceptions près, n’importe quel torchon portant les signes externes du roman “littéraire” qu’un chef d’œuvre écrit par un maître, disons, de la science-fiction. En fait, l’oeuvre dite “de genre” (encore une terminologie anglo-saxonne, entre parenthèses) sera classée dans la paralittérature et simplement laissée de côté par la critique “sérieuse”.

Par un mécanisme assez tordu, cependant, lorsqu’un auteur précédemment connu pour des romans “littéraires” s’aventure dans le terrain de la science-fiction ou du roman policier, les mêmes critiques peu versés en la matière auront tendance à consacrer une attention démesurée au fait qu’il s’agit de SF ou de policier, voyant le fait que l’auteur s’écarte de son territoire habituel comme une qualité en soi. Ces critiques finiront même souvent par croire que la SF ou le policier sont ce qu’en ont fait cet auteur et juger l’ensemble du genre là-dessus… (Pour un exemple récent, voyez le dernier Houellebecq et le foin fait autour de ce roman qui emprunte divers éléments à la SF, sans réussir en tant que SF ni probablement en tant que quoi que ce soit.)

La littérature jeunesse, mal connue et mal aimée

Inutile de dire que pour ce type de critiques ou de lecteurs, les romans pour la jeunesse fileront tout droit dans la catégorie des genres mineurs, indépendamment de leur qualité. En fait, certains préfèreront donner aux enfants et adolescents des romans initialement écrits pour un public adulte, mais que leur teneur en aventures et en personnages hauts en couleur semble rendre d’abord plus facile pour de jeunes lecteurs, indépendamment d’éléments comme la complexité de la langue, du récit, etc. Victor Hugo, Stevenson et quelques autres subissent souvent ce sort de la part d’adultes bien intentionnés, qui ne les ont souvent pas lus eux-mêmes depuis le lycée.

Si cela pouvait se justifier au début du 20e siècle, malgré Jules Verne, la comtesse de Ségur ou Selma Lagerlof, cela confine à l’absurde de nos jours, où existent quantité d’auteurs et d’auteures de qualité d’ouvrages pour tous les âges, dans toutes les catégories de livres, ou presque. Romans d’aventures, sentimentaux, policiers, historiques, de fantasy, de science-fiction…

Mais c’est devenu un réflexe : lorsqu’un roman est riche en péripéties mais ne contient pas trop d’atrocités ni de mauvaise moralité, on le relègue dans la chambre d’enfant.

C’est ce qui est arrivé au Seigneur des Anneaux de J. R. R. Tolkien, qui avait commencé à écrire une suite à son roman pour enfants Bilbo le Hobbit, mais assez vite réalisé que l’histoire était bien plus complexe et sombre qu’il ne le croyait tout d’abord. Et l’éditeur, qui ne s’y est pas trompé, ne l’a pas sorti au départ dans une collection pour la jeunesse !

Défense et illustration de l’Imaginaire

Pour réagir lutter contre cette ignorance et cette tendance au dédain, les auteurs et éditeurs de plusieurs genres souvent considérés comme mineurs tentent depuis quelques années d’imposer l’appellation “Imaginaire” pour regrouper la science-fiction, l’anticipation, le fantastique, l’épouvante (ou horreur), la fantasy et diverses catégories proches…

L’imaginaire, en effet, c’est bien le point commun de tous ces textes situés sur d’autres planètes, dans d’autres dimensions, dans des univers parallèles ou des trames historiques divergentes. Et ce n’est pas un hasard si “imaginaire” est la traduction littérale de l’anglais fantasy, un genre très en vogue aujourd’hui après les succès d’un certain petit sorcier à lunette… (À tel point d’ailleurs que Gallimard, eh oui, l’illustre maison Gallimard, son éditeur en France, lui doit de garder son indépendance. Merci J. K. Rowling.)

Bref, l’imaginaire, c’est un vaste territoire, souvent périlleux pour le voyageur inattentif… Mais plein de délices pour l’amateur averti.

C’est bien connu, un lecteur averti en vaut deux. J’ai confiance : tout comme le roman en son temps a été dédaigné (voire condamné) par rapport aux genres “sérieux” de la poésie tragique ou des ouvrages de dévotion (tellement plus enrichissants pour l’âme, n’est-ce pas…), de même l’imaginaire trouvera un jour la place qui lui est due. Et avec un peu de chance, on saura alors juger ces œuvres sur leurs propres mérites, ni plus, ni moins.

“A thriller must thrill or it is pointless.”

— (Brian R. Myers, A Reader’s Manifesto)

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auteurs, critique littéraire, fantasy, genres littéraires, heroic fantasy, imaginaire, littérature, science-fiction
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Nouvelles du front

Irène | 13 juin 2006 | 19 h 15 min

Du front des librairies, s’entend ! (Non, je ne suis pas en train de bloguer devant le foot…)

Une bonne nouvelle que me transmet l’éditeur : certaines librairies commencent à faire des réassorts – c’est-à-dire à commander d’autres exemplaires quand ceux qu’ils avaient reçu au départ ont été vendus – sur L’Héritier du Tigre. Sachant que le bouquin a été publié fin mai, qu’il est donc en rayon seulement depuis une quinzaine de jours, c’est encourageant !

Le système de commande d’Amazon.fr semble être rentré dans l’ordre, puisqu’ils proposent maintenant le roman dans un délai de 8 à 10 jours, bref, le temps de se le procurer chez l’éditeur. (Màj du 14/06 : Oui, enfin… Restons prudents, le délai est passé à 12 puis 13 jours. Pas brillant.)

  • Chez Fnac.com, en revanche, c’est toujours impeccable : envoi effectué sous 24 h. Qui c’est qui est la première webrairie de France, hmm ? Pas trop étonnant.
  • Aller dans une librairie, feuilleter, fouiner dans les rayons, c’est un plaisir à ne pas se refuser pour tous les octets du monde. En cherchant dans les pages jaunes, on trouve les librairies. Et comment savoir, avant même de se mettre en route, si un librairie près de chez vous a le roman ? Et en allant sur le site de LaLibrairie.com, par exemple !
  • Enfin, une petite mise en garde : les achats en ligne, c’est bien pratique si on n’a pas beaucoup de temps ou si on n’a pas de librairie à proximité. Mais sur les plates-formes ouvertes aux vendeurs individuels de neuf et d’occasion telles que Amazon, eBay, PriceMinister, etc., attention aux petits malins qui vendent les livres avec des
    rabais supérieurs aux 5% autorisés par la loi Lang sur le prix unique
    du livre !

Bouquins à tout prix

Eh oui. Le prix d’un livre édité en France est fixé par l’éditeur pendant un an, pendant lequel toute personne, particulier ou entreprise, qui vend ce livre sur le territoire français (donc y compris dans une librairie en ligne située en France) doit maintenir ce prix. Est autorisé un rabais ou remise de 5% maximum, par déduction directe en caisse ou par le biais d’une carte de fidélité. C’est le fameux 5% de la Fnac, d’Amazon ou de Virgin, aussi pratiqué par de nombreuses librairies classiques. (Pensez aux cartes de fidélité !)

Pourquoi cette loi ? Dans le but de maintenir à la fois un prix raisonnable pour les différents acteurs de la chaîne du livre (auteurs, éditeurs, etc.) et un tissu vivant de librairies sur le territoire français. Et cela ne marche pas trop mal, puisqu’au bout de 25 ans, les éditeurs n’ont pas baissé leur production (au contraire de pays comme la Grande-Bretagne ou les Etats-Unis, où elle baisse), les librairies sont toujours là (pas comme les disquaires…) et le prix du livre a baissé en valeur relative par rapport à 1981.

(NB : On me fera remarquée que cette loi, combinée au système des “offices”, a aussi eu des effets négatifs. Exact, mais c’est une question différente, dont je parlerai sans doute à une autre occasion.)

Bref, si vous trouvez L’Héritier du Tigre à moins de 14,25 € avant mai 2007 (15 € moins O,75 €), chez Amazon, PriceMinister ou même chez un vendeur d’occasion “physique” comme Gibert, c’est que le vendeur s’est mis hors la loi. Et si c’est un libraire, en toute connaissance de cause.

Voilà. C’était juste une information d’intérêt public. Je n’en dirai pas plus, et ne me mêlerai surtout pas faire de morale ! Vous êtes assez grand(e)s pour savoir ce que vous faites.

“I know the Lord of the Ring is expensive, but the more copies the publisher sell, the more books they will allow me to publish. So it would be better if you could beg, borrow or steal a guinea instead of a copy!”

— J. R. R. Tolkien, plaisantant à moitié, sur la meilleure façon se procurer son livre

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Lille au soleil

Irène | 12 juin 2006 | 23 h 33 min

Grand soleil sur Paris, aujourd’hui. Un avant-goût de canicule ?Blason_lille

À Lille, où j’ai passé ce week-end, l’été se faisait tout autant sentir. Plein soleil sur la "métropole" ! Ainsi les Lillois appelle-t-ils la vaste agglomération multicommunale qu’est devenue leur ville : Lille Métropole, pour lui donner son nom administratif.

C’est qu’avec 1 million d’habitants dans la communauté urbaine proprement dite et près de 4 dans l’ensemble de l’agglomération, de part et d’autre de la frontière (ce qui en fait un eurodistrict), on est une grande ville. Pas de complexes envers Paris, ici, et cela ce sent.

Je n’avais plus mis les pieds à Lille depuis 1977. C’est là que mes parents s’étaient installés, à la fin de l’été 1976, après leur retour d’Abidjan. Les premières impressions qui m’en restent : la pelouse courte et jaunie du jardin de la résidence, au pieds des tours. L’été de 76, jamais détrôné jusqu’en 2003, était passé par là.

C’était la première fois que nous allions habiter dans une tour. Bien modeste : 13 étages. Mais pour une enfant de sept ans, qui n’avait connu que des maisons de plain-pied ou à la rigueur un seul étage, chez les grands-parents, cela donnait l’impression d’avoir la tête dans les nuages.

Autre choc : l’hiver. Un vrai hiver. Je n’en avais plus vécu depuis mon premier Noël, à l’âge de neuf mois, époque dont j’étais bien incapable de me souvenir. Alors, malgré la faiblesse (nous assurait-on) de la chute de neige cette année-là, il fallut absolument sortir dans le jardin avec nos bonnets et nos kabiks tous neufs, et saisir à pleines mains la chose blanche, friable et froide dont contes et récits nous avaient tant parlé. Quelle surprise, ce froid ! Et la neige fondue à la chaleur des paumes, qui imbibe les gants de laine et vient glacer les doigts. Mais nous avons fait un (tout petit) bohnomme de neige, et échangé quelques projectiles floconneux. Mission hiver accomplie !

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Pas d’Oie Plate au Marché de la Poésie

Irène | 9 juin 2006 | 21 h 18 min

C’est par le BlogNot de Marc Autret que j’ai appris cette nouvelle : l’Oie Plate sera exclue, cette année, du Marché de la Poésie !

Animation_oie

Ce "Marché"-là, qui se tient tous les ans place St-Sulpice, le 3ème dimanche de juin, c’est une manifestation unique en son genre, où les éditeurs et revues de poésies dressent leurs trétaux sous les auvents de toile et exposent leurs productions à tout venant  au soleil printannier (si celui-ci veut bien se montrer) et tenter d’intéresser le chaland à cette marchandise peu banale, à la fois superflue et indispensable, invendable et sans prix : les mots.

Là, sous les platanes, dans cet espace ouvert à tout public sans droit d’entrée, des poètes cherchent un éditeurs, des éditeurs cherchent des acheteurs, des lecteurs cherchent de beaux textes et les curieux cherchent à se repérer dans la foule. Des vendeurs de poèmes-affiches cotoient ceux de poèmes sur carte postale. Une vieille dame offre des cartes postales peinte à la main. Quelques VIP relatifs (journalistes, délégué du ministre de la culture ou de la mairie d’arrondissement) font leur apparition au micro, pour l’ouverture et la clôture ; des poètes chargés d’ans et de lauriers viennent participer aux débats et lire leurs oeuvres sur scène, avant de retourner dans leur thébaïde après quelques cocktails.

Et au milieu de tout cela vont et viennent touristes, familles, chiens, libraires-éditeurs en quête de publicité, imprimeurs à l’ancienne minutieux comme Gutenberg, poètes jamais publiés, jamais découragés, qui vous demandent une feuille de papier et un stylo pour, à l’instant, écrire un poème qu’ils vous offrent après l’avoir dédicacé.

L’appellation de "Marché" faisait bien sûr figure de pied-de-nez au système marchand. Ou plutôt, faisait…

Car depuis quelques années, avec la baisse des subventions, le vieillissement des organisateurs "historique" et leur clientèle de soixante-huitards, de nouveaux acteurs de poids sont entrés dans la danse, et ils semblent résolus à faire de cette foire déjantée et bon enfant un "événement" culturel de prestige, capable de rapporter de substantiels picaillons !

Sur un siège éjectable

Or l’Oie Plate (ou Observatoire
Indépendant de l’Edition Pour Les Auteurs Très Exigeants), cette
jeune maison d’édition lancée par Roger Gaillard en 2005, après le
naufrage pavillon haut du Calcre, pour publier les fameux annuaires Audace (éditeurs), Arlit & Co (revues) et Safêlivre (salons et fêtes du livre), qui faisaient de l’association une référence pour les auteurs, les éditeurs et les attaché(e)s de presse, cette Oie Plate au cacardage impertinent, c’est un peu l’empêcheurs de plumer en rond, le "poil à gratter anti-capitaliste" qui ne fait pas bon ménage avec le marché tout court.

Et chez Circé, l’association qui organise ce Marché de la Poésie nouveau genre, on n’a pas aimé les commentaires publiés en juillet 2005 sur le site de l’Oie Plate, où Roger Gaillard épingle la désaffection du public, qui vient moins et forcément achète moins, le blues de professionnels, petits éditeurs et revuistes forcés de s’entasser sur des stands minuscules et hors de prix, ou carrément déclarant forfait devant la hausse de 25% des tarifs… Sans compter l’ambiance morose, lorque  on voit des requins du compte d’auteur installés à de meilleures places, car pouvant payer plus cher, que des prestataires à l’honnêteté impeccable, ou des éditeurs-découvreurs de talents !

Non, Circé et ses nouveaux partenaires poids lourd (Télérama, France Info) n’ont pas aimé que cette Oie mal embouchée dise tout haut ce que beaucoup grommelaient tout bas dans les allées du Marché.

La défense des poètes, se demandait alors Roger, est-elle "sur un siège éjectable" ? Il ne croyait pas si bien dire !

Et c’est ainsi que l’éditeur d’Audace, le seul guide indépendant, objectif et détaillé des éditeurs francophones, qui permet faire le tri entre le bon grain et l’ivraie dans le compte d’auteur, sera absent de ce marché, qui ne s’intéresse apparemment pas à la défense des poètes pourvu que quelqu’un passe à la caisse dans l’opération.

Après des années à ferrailler avec les éditeurs malhonnêtes (la Pensée Universelle, Bénévent, Osmondes..), après le coup de grâce porté au Calcre en 2004 par la Cour d’Appel de Paris, après le difficile démarrage de l’association Cose-Calcre, après la scission de l’équipe en deux, le trio "historique" lançant l’Oie Plate en 2005, c’est au tour ce volatile (éditeur garanti sans grippe aviaire !) de s’attirer des croche-pattes.

Selon les mots de Marc Autret :

Le Calcre et Cose-Calcre ont régné dans un recoin du Marché de la poésie pendant une quinzaine d’années ou quelque chose comme ça. L’association y avait ses habitudes et ses habitués : les poètes malheureux, les entubés du compte d’auteur, les soiffards éloquents, les amis revuistes, les jeunes éditeurs en quête d’infos et toute cette population de paumés lumineux qui faisaient qu’on se sentait là comme des poissons dans l’eau.

C’est un peu une époque qui prend fin. Mais provisoirement, on l’espère ! Fin juin 2007, qui sait où en sera le droit d’auteur, la poésie, l’édition… et la France en général.

Souhaitons tout de même qu’il y ait un contre-ordre d’ici le 15/06/2006.

Ne restera plus sinon à l’oiseau qu’à traîner en marge du Marché, tracts sous l’aile, en continuant à cacarder.

Màj du 12/06 :

Magali Turquin m’apprend que plusieurs petits éditeurs de poésie, parfois de grande qualité comme la Barbacane, se retrouvent eux aussi exclus du Marché de la Poésie, (apparemment) pour des raisons de rentabilité économique… Ce qui confirme encore, hélas, la validité des critiques formulées par Roger Gaillard !

"Les poètes sont suffisamment stupéfiants pour s’éclater. Ils se dopent au vers libre et à l’ivresse livresque."

  — Roger Gaillard

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