Kobolds, geeks et fantasy

29 06 2006

C’est étrange, tout de même. Pourquoi ce rapport étroit entre les geeks et la fantasy ? Pourquoi trouve-t-on autant de fans du Seigneur des Anneaux ou de Harry Potter parmi les mordus d’informatique, les bidouilleurs, hackeurs, codeurs de choc, webmestres et autres blogomaniaques aux yeux rouges et aux doigts carrés ?(Ahem… Avant que vous commenciez à m’incendier, je précise tout de suite que je ne m’exclus pas du lot. Au contraire…)

Qu’un technophile se passionne pour la SF (et vice-versa), cela semble naturel. Mais la fantasy ? Les univers médiévaux fantastiques, les châteaux et les épées magiques, les chevaux, les dragons, les runes, les nains et les elfes, enfin, tout ça, quoi…

Pour une raison que je ne m’explique pas, informatique et la fantasy semblent si subconsciemment liées que cela produit parfois d’étranges coquilles, comme sur cette présentation de L’Héritier du Tigre sur le site des Belles Lettres, distributeur-diffuseur :

Yenshaya a 12 ans. Capturé par des mercenaires au service de son grand-père, le seigneur Shalinka, il est emmené sous bonne garde jusqu’au royaume du Tigre. Grâce à son courage, et à l’aide du mystérieux peuple des Kobol, il parviendra à éviter les pièges tendus par les ennemis de sa famille, mais aussi à gagner la confiance des hommes sous la garde desquels il est placé. En chemin, il apprendra que ses origines ne sont pas tout à fait celles qu’il imaginait, et que son grand-père a beaucoup à lui apprendre…

Je passe sur certaines approximations. Le “royaume du Tigre” , vraiment ? Il y a dans l’histoire un tigre bien réel, et un autre, disons, allégorique… Sans compter un territoire, Shalinka, fief de la famille du même nom, dont l’emblème est un tigre rouge.

Mais les Kobol ?

Le peuple en question, dans L’Héritier, s’appelle en réalité les Krobors. Et ceux-ci n’ont rien de lutins ou de gnomes, même si leur rôle dans le roman se rapproche (un peu) de celui des Elfes dans le Seigneur des Anneaux. Eh oui, j’ai mes références…

Mais rien à voir avec le langage de programmation Cobol, ni avec les Kobolds, ces petits lutins ou gobelins du folklore allemand… Ni avec les divers groupes de rock, internautes, appareils ou entreprises de haute technologie qui arborent ce nom !

Farfadets et mineurs

Ce qui est curieux, c’est que l’association lutins/technologie ne date pas d’hier, puisque les alchimistes allemands Basilius Valentinus (15ème siècle), Paracelse et Georgius Agricola (16ème) appelaient cobalt des substances sans valeur que l’on trouvait mélangées à l’argent dans les mines, et rendaient le métal précieux difficile à extraire. À la même époque et dans les mêmes régions, les Kobolds étaient de petits lutins censés hanter les mines, provoquant des accidents de toutes sortes et faisant disparaître les filons avant que les mineurs puissent les atteindre.

Lorsqu’un autre chimiste allemand, au 18ème siècle, isolera l’élément cobalt à partir de minerais d’argent, le nom restera. Et le système périodique va inclure et immortaliser le souvenir de la créature légendaire attaché à l’élément 27.

Ces petits lutins minéraux, vivant dans la roche et “nageant” dans les filons, font même une apparition dans The Spirit Ring (L’Esprit de l’Anneau profane), un roman de fantasy de Lois McMaster Bujold situé dans un passé alternatif où la magie fonctionne, où Benvenuto Cellini croise Georgius Agricola… et où le métal, un jour, devient vivant.

Je est un autre lutin

Kobold, cobalt, cobol, et maintenant “Kobol” (ha !) : étrange persistance quasi inconsciente d’un assemblage de sons, d’une association d’idée, technologie, magie, peuple mystérieux…

Même avec le Cobol ou COmmon Business Oriented Language : n’a-t-on pas appelé “gnomes de Zurich” certains magnats de la finance internationale ? Encore aujourd’hui, l’expression “gnomes de la finance” a parfois cours.

Lutins et fées, elfes et gnomes, magiciens de la finance, du métal ou des ordinateurs : ce sont finalement toujours d’êtres humains que l’on parle. Mais seulement lorsque ceux-ci, en raison de connaissances ou dons particuliers leur permettant de dominer des connaissances absconses ou une matière rebelle, sont perçus comme autres, différents. Et par-là même inquiétants.

Pas si étonnant, au fond, que les geeks, nerds, otakus et autres ultramodernes solitaires viennent se réchauffer les uns les autres au feu immémorial des créatures de l’imagination. Ce sont d’une certaine façon leurs véritables alter ego.

“If Agricola were alive today, he’d have a pocket protector and a slide rule; one of these self-effacing techie-type. […] Interestingly, the kobolds came from [his book].”

  — Lois McMaster Bujold

Aucun tag pour cet article.

Articles relatifs


Actions

Informations

3 réponses à “Kobolds, geeks et fantasy”

29 06 2006
danycoeurtendre (08:53:29) :

Madame, il ne faut pas etre surpris de l’engouement dont vous parlez de toutes ces histoires medievales ou de sorciere En effet les enfants de tous les temps ont ete berces par des contes fait par les grands parents aux veillees .Ors de nos jours les grands parents ne vivent plus avec leurs enfants et petits enfants donc les contes et legendes ne circulent plus et les enfants pourtants ont toujours envie d’entendrent des histoires et des contes c’est donc la tele et le DVD qui ont pris la succession

29 06 2006
IreneDelse (13:19:10) :

Oui, les DVD et la télé ont pris le relais pour bercer les enfants de contes, mais je ne parlais pas en général. Le cas des mordus d’informatique est assez particulier…

9 10 2007
12544jhtddgyuuk (18:51:54) :

dites svp de quel pays proviennent les kobolds

Irène : Le Koboldistan… ;)

Laisser un commentaire

Vous pouvez utiliser ces balises html : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>