Signatures le 01/07 avec le Club Présences d’Esprits

30 06 2006

1erecouvtigre

Avis à la population ! Ce samedi 1er juillet, rendez-vous pour des signatures de L’Héritier du Tigre, lors du week-end de l’Imaginaire organisé par le Club Présences d’Esprits. Un rendez-vous sympa pour les fans de SF, fantasy et fantastique se trouvant sur Paris à ce moment là.

Si vous voulez tout savoir, ce sera à partir de 16 h à l’AGECA, 177 rue de Charonne, Paris 11ème, M° Alexandre-Dumas.

Au menu : brocante et bourse aux livres, jeux, tombola, dédicaces, démonstrations et animations
diverses. Seront présents : Emmanuel Guillot (recueil de nouvelles Espace et spasmes), Christian Vilà et Stéphane Collignon (illustrateur et scénariste de Neurotrans), Amaury (jeux Pandocréon), Colexia (les belles images) et bien d’autres… Le fanzine Eclats de Rêves sera aussi de la partie.

Et vers 17 h 30, messieurs-dames les soiffards, le pot de remise des prix Visions du Futur pour les auteurs de nouvelles et romans. (Non, ne rêvez pas, je ne suis pas en lice… Il s’agit des ateliers d’écriture du club.)

Un bon plan ? Amenez les bouquins, jeux, vidéos dont vous ne voulez plus, comme dans un vide-grenier. Avec l’argent de la vente, vous pourrez acheter mon livre plein d’autres bouquins… Ahem.

Et pour les intrépides, il y aura aussi le repas du club, samedi soir (prévenir les organisateurs, SVP) et un pique-nique dimanche 2 juillet, à Vincennes, près du lac Daumesnil et de la pagode bouddhiste.

Pour en savoir plus, connectez-vous sur le forum "Sorties" de l’Anneau-Monde.

Qu’on se le dise.

« I don’t sign parts of the body, even if they’re still attached. »

   — (Terry Pratchett, alt.fan.pratchett)



Une librairie d’écrivains

30 06 2006

Je publie ci-dessous in extenso le texte du «Projet pour une libre librairie” de l’association loi de 1901 « La Lucarne des Ecrivains », que m’a envoyé Paul Desalmand (auteur, entre autres, du Guide pratique de l’écrivain , chez Leduc.S, et du roman Le Pilon, à paraître en septembre aux éditions Quidam). C’est un projet qui en vaut la peine, et qui devrait intéresser les éditeurs comme les auteurs ou les illustrateurs, bref, tous ceux qui vivent par et pour les livres.

Ci-dessous également le bulletin de souscription

à télécharger et imprimer (format RTF), pour y participer.

*****

PROJET POUR UNE LIBRE LIBRAIRIE

Face à la multiplication des livres jetables et des commerces-clones, quelques écrivains (dont Claude Duneton) ont décidé de s’allier afin de créer une librairie libre dans un quartier de Paris, par et pour les gens de lettres, chansonniers, illustrateurs, calligraphes, mais aussi par et pour les éditeurs indépendants, par et pour les lecteurs désireux de découvrir des ouvrages de qualité composés de la main de leurs signataires (Label main) ou curieux de rencontrer les artistes des mots et des images.

Notre libre librairie, où se côtoieront bouquins modernes et neufs comme livres obsolètes ou de contrebande, sera dirigée par un libraire professionnel depuis des lustres (Armel Louis) qui assurera la gestion, la pérennité et l’éthique du projet ainsi que l’animation, le ménage et les paquets-cadeaux.

Pour y parvenir, une association, La Lucarne des Écrivains, a été formée afin de recueillir les souscriptions qui, additionnées au stock personnel qu’apportera le libraire, permettront de libérer emprunts bancaires et interprofessionnels. L’association passera ensuite à sa vocation culturelle tout en restant actionnaire de cette librairie dans la structure juridique choisie.

Les membres se composent des écrivains associés et membres fondateurs (1000 euros et plus), des membres souscripteurs (de 100 à 999 euros), des membres adhérents (moins de 100 euros).

Compte tenu de l’enjeu que représente cette libre librairie montée collectivement et des possibilités d’expression que peut offrir à tout un chacun ce type de structure, nous vous encourageons à en être partie prenante.

Le Président : Claude Duneton

Le Trésorier : Jacques Cassabois

Le Secrétaire : Marc Albert

* * * * *

Comment ,encore une librairie ? Non, pas une librairie comme les autres. Une
librairie qui accueillera les livres écrits par leur auteur (par
opposition aux non-livres signés par des vedettes ou des hommes
politiques et rédigés par des « nègres »…) et qu’un libraire digne de
ce nom ne rougira pas de recommander à des lecteurs curieux, de vrais lecteurs, pas des acheteurs de livres qu’il faut acheter parce qu’on en parle à la télé. Des livres qui sont faits pour être lus, pour être aimés, pour durer, pas de simples « produits culturels ».

Selon les mots du président de l’association, Claude Duneton, historien de la langue et de la chanson mais aussi romancier (Le Monument en Points Seuil et Loin des forêts rouges
chez Denoël) : l’association veut défendre les livres « écrits par
l’auteur » (labellisés comme tels) ; pour cela, il faut créer une librairie
libérée des contraintes qui actuellement ligotent la profession, à
savoir le va et vient des « offices » qui transforment les ouvrages en
parutions éphémères comparables aux périodiques, ou aux produits
alimentaires distribués en grande surface.

La Lucarne des écrivains, ce sera donc aussi le nom de la
librairie gérée par l’association, qui devrait ouvrir à Paris, dans le
19ème, dans un local de la rue de l’Ourcq. Objectif : ouvrir le 21 août !

Sera-ce téméraire ? Ma foi… On a trouvé un libraire, Armel Louis, un local
(la municipalité, propriétaire, a donné la priorité au projet), les
bailleurs de fonds sont contactés… Plus l’association recueillera de
fonds donnés par les membres et sympathisants, mieux elle pourra monter
son dossier, et plus solide sera le projet !

Pour soutenir la Lucarne des Ecrivains, on peut télécharger et imprimer le bulletin de souscription, à renvoyer avec le chèque du montant choisi à Jacques Cassabois, trésorier.

Mes phynances ne sont pas mirobolantes, mais j’ai quand même réussi à mettre au pot
quelques picaillons, de quoi pouvoir m’en dire désormais membre adhérente.
(Curieux comme on emploie le même mot pour les poêles et les
associations…)

Eh oui, L’Héritier du Tigre, c’est un roman écrit par son auteur. Quoi, vous en doutiez ?

P.S. en cours de journée : Oui, cette Lucarne des écrivains, c’est bien le même projet de librairie indépendante et de label « écrit par l’auteur » que mentionnait le blog de Pierre Assouline en décembre dernier. Les utopies, c’est possible à condition d’y aller méthodiquement, un pas après l’autre.

« On lit ce qu’on aime, on écrit ce qu’on peut. »

— Jorge Luis Borges

« Yes, it’s slow. But I’ll go around the world, one foot at a time. Watch me. »

— Aral Vorkosigan dans Barrayar, par Lois McMaster Bujold



Adieu à Jim Baen

29 06 2006

Carnet noir : l’éditeur américain Jim Baen est décédé hier, mercredi 28 juin, à l’âge 63 ans. Il est mort paisiblement, selon ses proches, sans se réveiller du coma dans lequel un accident vasculaire cérébral l’avait plongé.

Passionné de science-fiction, Jim Baen s’était tourné vers l’édition après différents boulots (opérateur de code morse dans l’armée, barman et “crieur” dans un caf’ conc’ quand il était étudiant…) ; ayant acquis une solide expérience sur le tas avec la revue Galaxy et l’éditeur de poche Ace Books, il avait créé Baen Books, une maison d’édition indépendante spécialisée dans la SF mais ouverte aussi à la fantasy. Découvreur de Lois McMaster Bujold, David Weber, Eric Flint, éditeur de quasiment tous les auteurs de SF, classique ou contemporains, qui ont marqué le genre, de Larry Niven à Poul Anderson, de Cordwainer Smith à Andre Norton, de Robert Heinlein à Ann McCaffrey, Jim Baen croyait à l’importance de la littérature d’imagination, source non seulement de divertissement, mais de réflexion, d’expériences de pensée sur l’être humain et ses possibilités, aujourd’hui et dans le futur.

L’avenir commence tout de suite

Editeur novateur, militant, passionné, indépendant, pragmatique, Jim Baen fut aussi un pionnier du livre électronique sans DRM avec Baen WebScriptions eBooks. L’idée est simple, radicale et efficace : il ne faut pas entraver la faculté du lecteur à découvrir et acheter des livres !

Bref, des romans et recueils de nouvelles complets vendus sous divers formats électroniques (HTML, RTF PalmPilot…) mais sans aucune mesure technique de protection (DRM/MTP). Publiés par épisodes, pour diminuer le “ticket d’entrée” et susciter la curiosité du lecteur, les livres peuvent être librement sauvegardés et copiés une fois acheté. Les lecteurs ne sont donc pas considérés a priori comme des voleurs en puissance, mais encouragés à découvrir des livres et des auteurs pour une somme modique (ou même gratuitement avec la Baen Free Library, sur une idée d’Eric Flint !) et à acheter des livres “classiques” s’ils ont aimé les titres disponibles en lignes. En outre, l’éditeur héberge un très actif forum des lecteurs, le Baen’s Bar, où ceux-ci peuvent commenter et recommander leurs titres préférés.

En faisant le pari que les pertes par copies privées seraient bien inférieures aux gains en termes de nombre de nouveaux acheteurs, Jim Baen et les auteurs qui l’ont suivi ont montré qu’il était possible de démocratiser l’accès à la lecture tout en sougenant les créateurs de ladite lecture, et sans mettre un policier derrière chaque ordinateur. Et ça marche ! Baen Books est l’un des rares éditeurs de fiction à gagner de l’argent avec ses livres électroniques.

Un lien entre l’auteur et les lecteurs

Les clefs de ce succès : une politique d’auteurs et le respect du
lecteur. Jim Baen soutenait les auteurs auxquels il croyait.
Quand il a reçu le manuscrit du premier roman de la saga Vorkosigan de Lois Bujold, celle-ci en avait déjà un autre non publié en sommeil et était en train d’en écrire un troisième. Mais Baen a établi un contrat pour la série. Quand elle a écrit son premier ouvrage de fantasy, The Spirit Ring (L’Esprit de l’Anneau profane, J’ai Lu SF) après plusieurs titres de SF à succès, son agent a voulu organiser une mise aux enchères pour faire monter les droits d’auteur : peine perdue, aucun éditeur ne s’est présenté. Qu’à cela ne tienne : Jim Baen a acquis les droits du roman et l’a publié.

Les lecteurs aussi étaient importants pour Baen. Quand on a commencé à publier une série, on continue. Et les livres épuisés sont réimprimés. Ce n’est pas toujours facile, vu le marché du livre aux Etats-Unis, de mettre en librairie des livres qui se vendent à un nombre modeste d’exemplaires. Mais en publiant les anciens titres en volume omnibus, on gagne de la place et on maintient les prix bas. De cette façon, tous y gagnent : les auteurs (qui vendent plus de livres), les libraires et l’éditeur (idem) et les lecteurs, qui peuvent lire leur content.

Faire connaître les auteurs, donner à lire aux amateurs de SF et de fantasy ; l’éditeur comme lien actif entre l’auteur et le public… Un sacré bonhomme, Jim Baen, un éditeur digne de ce nom.

Jim Baen, reposez en paix, où que vous soyez. Puisse les grands disparus de la science-fiction, Asimov et Heinlein, Sprague de Camp, Frank Herbert, Douglas Adams et tous les autres, lui faire une place dans leur grand bar galactique au-delà de la 4ème dimension.

“All power to the readers.”

— Lois Bujold

“And I still do carry on / Though there’s a lot of good ones gone”

— Peter Wolf & Will Jennings



Brèves de campagne

29 06 2006

Ou plutôt de pré-campagne, mais enfin… Je sens que ça va être long, d’ici le printemps 2007. Les grandes manoeuvres commencent à gauche. En première ligne : les blogs, carnets et jouebs.

  • Attristé par ce qu’il a vu et entendu hier 28 juin sur TF1, Philippe Gammaire, d’UniversMédias.Com, écrit à Lionel Jospin  et invite les internautes à poster chez lui leurs messages pour l’ancien premier ministre. Jospin se pose en recours pour les socialistes, revenant sur sa décision de ne plus faire de politique. Est-ce bien raisonnable ?
  • Suggestion de Dominique, rebondissant sur un (petit) troll du Maître, en commentaire du même billet de Laurent : et si Ségolène Royal s’inspirait du philosophe positiviste Auguste Comte, à qui le Brésil doit sa devise Ordem e Progresso, "Ordre et progrès" ?

La culture, c’est comme la confiture (pur fruit, à l’ancienne) : ça donne un goût plus subtil et plus riche à l’actualité…

"You have to read the footnotes — you never know what you’ll found."

  — Lois McMaster Bujold



Kobolds, geeks et fantasy

29 06 2006

C’est étrange, tout de même. Pourquoi ce rapport étroit entre les geeks et la fantasy ? Pourquoi trouve-t-on autant de fans du Seigneur des Anneaux ou de Harry Potter parmi les mordus d’informatique, les bidouilleurs, hackeurs, codeurs de choc, webmestres et autres blogomaniaques aux yeux rouges et aux doigts carrés ?(Ahem… Avant que vous commenciez à m’incendier, je précise tout de suite que je ne m’exclus pas du lot. Au contraire…)

Qu’un technophile se passionne pour la SF (et vice-versa), cela semble naturel. Mais la fantasy ? Les univers médiévaux fantastiques, les châteaux et les épées magiques, les chevaux, les dragons, les runes, les nains et les elfes, enfin, tout ça, quoi…

Pour une raison que je ne m’explique pas, informatique et la fantasy semblent si subconsciemment liées que cela produit parfois d’étranges coquilles, comme sur cette présentation de L’Héritier du Tigre sur le site des Belles Lettres, distributeur-diffuseur :

Yenshaya a 12 ans. Capturé par des mercenaires au service de son grand-père, le seigneur Shalinka, il est emmené sous bonne garde jusqu’au royaume du Tigre. Grâce à son courage, et à l’aide du mystérieux peuple des Kobol, il parviendra à éviter les pièges tendus par les ennemis de sa famille, mais aussi à gagner la confiance des hommes sous la garde desquels il est placé. En chemin, il apprendra que ses origines ne sont pas tout à fait celles qu’il imaginait, et que son grand-père a beaucoup à lui apprendre…

Je passe sur certaines approximations. Le “royaume du Tigre” , vraiment ? Il y a dans l’histoire un tigre bien réel, et un autre, disons, allégorique… Sans compter un territoire, Shalinka, fief de la famille du même nom, dont l’emblème est un tigre rouge.

Mais les Kobol ?

Le peuple en question, dans L’Héritier, s’appelle en réalité les Krobors. Et ceux-ci n’ont rien de lutins ou de gnomes, même si leur rôle dans le roman se rapproche (un peu) de celui des Elfes dans le Seigneur des Anneaux. Eh oui, j’ai mes références…

Mais rien à voir avec le langage de programmation Cobol, ni avec les Kobolds, ces petits lutins ou gobelins du folklore allemand… Ni avec les divers groupes de rock, internautes, appareils ou entreprises de haute technologie qui arborent ce nom !

Farfadets et mineurs

Ce qui est curieux, c’est que l’association lutins/technologie ne date pas d’hier, puisque les alchimistes allemands Basilius Valentinus (15ème siècle), Paracelse et Georgius Agricola (16ème) appelaient cobalt des substances sans valeur que l’on trouvait mélangées à l’argent dans les mines, et rendaient le métal précieux difficile à extraire. À la même époque et dans les mêmes régions, les Kobolds étaient de petits lutins censés hanter les mines, provoquant des accidents de toutes sortes et faisant disparaître les filons avant que les mineurs puissent les atteindre.

Lorsqu’un autre chimiste allemand, au 18ème siècle, isolera l’élément cobalt à partir de minerais d’argent, le nom restera. Et le système périodique va inclure et immortaliser le souvenir de la créature légendaire attaché à l’élément 27.

Ces petits lutins minéraux, vivant dans la roche et “nageant” dans les filons, font même une apparition dans The Spirit Ring (L’Esprit de l’Anneau profane), un roman de fantasy de Lois McMaster Bujold situé dans un passé alternatif où la magie fonctionne, où Benvenuto Cellini croise Georgius Agricola… et où le métal, un jour, devient vivant.

Je est un autre lutin

Kobold, cobalt, cobol, et maintenant “Kobol” (ha !) : étrange persistance quasi inconsciente d’un assemblage de sons, d’une association d’idée, technologie, magie, peuple mystérieux…

Même avec le Cobol ou COmmon Business Oriented Language : n’a-t-on pas appelé “gnomes de Zurich” certains magnats de la finance internationale ? Encore aujourd’hui, l’expression “gnomes de la finance” a parfois cours.

Lutins et fées, elfes et gnomes, magiciens de la finance, du métal ou des ordinateurs : ce sont finalement toujours d’êtres humains que l’on parle. Mais seulement lorsque ceux-ci, en raison de connaissances ou dons particuliers leur permettant de dominer des connaissances absconses ou une matière rebelle, sont perçus comme autres, différents. Et par-là même inquiétants.

Pas si étonnant, au fond, que les geeks, nerds, otakus et autres ultramodernes solitaires viennent se réchauffer les uns les autres au feu immémorial des créatures de l’imagination. Ce sont d’une certaine façon leurs véritables alter ego.

“If Agricola were alive today, he’d have a pocket protector and a slide rule; one of these self-effacing techie-type. […] Interestingly, the kobolds came from [his book].”

  — Lois McMaster Bujold



Miscellanées du jour

28 06 2006
  • La phrase du jour : “Non, ne faites pas de pétition pour nous ! Franchement, les martyrs médiatiques, je trouve ça parfaitement ridicule.” (Frédéric Bonnaud, en réponse aux auditeurs s’émouvant d’une possible disparition de Charivari sur France Inter à la rentrée.)
  • Le bouquin du jour : La Chartreuse de Parme, de Stendhal, dont un manuscrit a été offert à la BNF par un collectionneur. (Spéciale dédicace pour Paul Desalmand et son Cher Stendhal.)
  • Le site du jour : Mauvaise Humeur, le blog à Ziquette, capessienne et métalleuse de choc ! Et en plus, elle dessine les aventures véritables d’Axl, du groupe de rock que l’on sait… Allez-y voir, après la fin des épreuves, ça forume sec !
  • Le film du jour : Tideland, de Terry Gilliam. La puissance de l’imaginaire… (Tiens, au fait, petit message à certains béjaunes du cinéma qui feraient bien d’en prendre de la graine : non, Gilliam n’a pas attendu Tim Burton pour mélanger rêve, cauchemar et réalité, ça serait même plutôt le contraire !)
  • Le texte du jour : “Arts premiers”, sous la plume extrêmement fine de Pascal, de Finis Africae. Quand les animistes ne sont pas ceux que l’on croit. Le débat qui suit est également passionnant.
  • Et pour finir, la bonne nouvelle du jour : France 2 renonce à son projet d’émission de télé-réalité dans les tribus du bout du monde, à la suite des protestations déclanchées. Comme quoi, la vox populi, de temps en temps, ça marche.

“Those are my principles, and if you don’t like them… well, I have others.”

— Groucho Marx



Au miroir de la Toile

27 06 2006

1erecouvtigre

C’est souvent amusant de faire une requête Google sur son propre nom… Ou, pour un écrivain, sur le titre de son livre.

C’est comme ça, par exemple, en googlant L’Héritier du Tigre, que j’ai découvert que j’avais ma page Wikipédia
Déjà !

La classe, non ?

Merci à Romiz41 (que je n’ai pas l’heur de
crois reconnaître) pour cette initiative. (Bon, c’était essentiellement, au
départ, une simple copie de la page "À propos de l’auteur"
sur ce blog, mais j’y ai rajouté quelques précisions
bio-bibliographiques. Pas de raison de se gêner. La réactivité et
l’interactivité de la wikisphère ont fait le reste.)

Récemment, j’ai vu aussi que l’on pouvait commander mon roman le Japon grâce à Kinokuniya Book Web. Omedetō ! Dōmo arigatō gozaimasu !  おめでとう !  どうも ありがとう ございます !

(P.S. Non, je ne suis pas nipponophone. J’utilise juste les ressources du site Lexilogos – et un navigateur Internet évolué, avec affichage des caractères japonais. – Oups ! Màj : "arigatō" remis en kanas, non plus kanjis, sur conseil de quelqu’un qui s’y connait…)

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Un quart d’heure

26 06 2006

“Avoir son quart d’heure de célébrité” : voilà une formule que l’on associe le plus souvent à Andy Warhol, l’artiste, publiciste et gourou du Pop art. À tel point que j’ai lu ici ou l’expression “quart d’heure warholien”.

Mais qui sait qu’Andy Warhol n’en est pas l’inventeur ?

“Dans le futur, tout le monde aura son quart d’heure de célébrité” : tels sont précisément les mots de Warhol. Mais la notion même de quart d’heure de célébrité, atteint un peu par hasard par un anonyme qui retourne ensuite à l’obscurité, cette notion existait bien avant. En fait, on la trouve déjà dans des textes du… 19ème siècle !

Moi-même, je l’ai rencontrée dans son recueil de souvenirs d’Alphonse Daudet, Trente ans de Paris (édition originale Marpon & Flammarion, 1888 ; réimprimé par C. Lacour, Nîmes, en 1997). Parlant de Villemessant, tout puissant (et fantasque) rédacteur en chef du Figaro de l’époque, que l’on disait capable d’engager un ramoneur pour la grâce d’un bon mot :

“C’est ainsi que de braves garçons […] ont eu, pour une heureuse trouvaille de quinze lignes, leur quart d’heure de célébrité. Après, le miracle ne se renouvelant plus, on les déclarait vidés, et vidés par Villemessant.”

Vertige de la modernité, permanence de l’ancien. “Rien de nouveau sous le soleil”.

Au fait, ce qui ne gâte rien, c’est que ce Trente ans de Paris est un livre à déguster, à l’écriture alerte et colorée, plein d’humour, de tendresse, d’observation amusée de la vie littéraire et de la société de son temps. Comme cette évocation des salons littéraires en voie de disparition (déjà !) sous la concurrence des salons politiques “où l’on fait les préfets, où l’on défait les ministres” ; ou bien ce “dîner des auteurs sifflés”, où se réunissaient Daudet, Zola, les Goncourt et parfois Tourgueniev… Avant, bien sûr, de rencontrer le succès.

“La meilleure façon d’imposer une idée aux autres, c’est de leur faire croire qu’elle vient d’eux.”

— Alphonse Daudet



Références et descendance

25 06 2006

Je ne sais plus quel commentateur émérite, devant l’un des romans récents d’Amélie Nothomb (Acide sulfurique), avait soupiré, haussé les épaules et fait remarquer que ses collègues critiques littéraires manquaient de culture, pour saluer l’audace et l’originalité de cette histoire de reality-show sadique et littéralement mortel. Sans doute n’avaient-ils pas lu (ou oublié) “Le prix du danger” (“The prize of peril”), une nouvelle de Robert Sheckley écrite en… 1958. Ce qui est doublement ironique, c’est qu’Yves Boisset en avait donné une adaptation française au cinéma sous le même titre, en 1983.

Nouveaux faux-amis

La SF, pour les éditeurs et critiques, c’est comme avec Alzheimer : on n’arrête pas de découvrir de nouveaux trucs. Voir certains délires (récents aussi) sur le clonage humain. Sur le même thème, je préfère de loin La Danse du miroir, de Lois McMaster Bujold, éd. J’ai Lu SF. (En VO : Mirror Dance, Baen Books, 1994.)

Et puis tiens, vous connaissez ce méga-best seller récent à base d’ésotérisme, de sociétés secrètes, de mystères multiséculaires et de codes presques indéchiffrables qui a défrayé la chronique de l’édition et du cinéma, s’attirant même les foudres du Vatican, sans que les critiques, dans leur ensemble, ne fassent le rapprochement avec le Pendule de Foucault (Il Pendolo di Foucault), éd. Grasset, roman publié par Umberto Eco en Italie en 1989, et en 1990 en France…

De temps en temps, on assiste aussi à de nouvelles variations livresques bricolées par les fils et petit-fils de pub. Ils connaissent leur Séguéla et leur Warhol sur le bout des doigts, mais peu de romans, surtout français, publiés avant le début du 3ème millénaire semblent capables de s’afficher sur leur radar.

L’original et la copie

Beigbeder, Moix et consorts… Mais les copies sont rarement à la hauteur de l’original, là comme ailleurs. Il n’y a pas de miracle.

Tiens, au passage, citons juste : Combat de fauves au crépuscule, le roman d’Henri-Frédéric Blanc, chez Actes Sud. Publication originale en… 1990.

Enfin, le rock et ses avatars, un filon que l’édition littéraire comme musicale ne cessera sans doute jamais d’exploiter. On avait déjà eu droit aux produits dérivés des années 50 (au cinéma, avec des choses comme La Fureur de Vivre, car l’édition à l’époque ne touchait guère cette musique de sauvages…), puis 60, 70… Aujourd’hui, le rock, voyez-vous, c’est devenu la musique des années 80. Sans blague.

Mais certaines choses ne se démodent pas si vite. On peut encore lire, si on s’intéresse aux noces incestueuses de l’industrie musicale et de la promotion, un délirantifique roman Terry Pratchett, Accros du Roc, éd. L’Atalante et Pocket SF. (En VO : Soul Music, 1994.) Ou encore Fatal song, de Carl Hiaasen, un auteur qu’on ne lit pas assez chez nous. (En VO : Basket Case, 2001.)

Et puis bien sûr, tous les polars écossais de Ian Rankin, ancien critique Hi-fi, ancien musicien punk… Et sacrément bon écrivain. Le Carnet noir (The Black Book, 1993), L’Ombre du tueur (Black And Blue , 1997), Du Fond des ténèbres (Set in Darkness, 2000)…

À lire la sono à fond.

“My baby is a basket case / A bipolar mama in leather and lace”

— Warren Zevon & Carl Hiaasen, “‘Basket case”



Enfants d’ici, parents d’ailleurs

24 06 2006

RESF
Ce samedi auront lieu de nombreux «parrainages républicains» d’enfants qui sont nés en France mais risquent l’expulsion, parce que leurs parents n’ont pas de papiers. Ils sont plusieurs dizaines de milliers dans cette situation. Ces enfants sont potentiellement des citoyens français : étant nés dans notre pays, ils pourront en acquérir la nationalité à 18 ans, s’ils le veulent. Mais au 1er juillet, après la fin de l’année scolaire, ils risquent d’être embarqués de force dans un avion, en compagnie de leurs parents menottés et entravés, vers un pays qu’ils n’ont souvent jamais vu.

Non, je ne fais pas du misérabilisme. C’est exactement ce qui est arrivé à Mohamed et Aïssata Sylla. Leur mère, expulsée par erreur (le préfet faisait du zèle), a été renvoyée au Mali avec juste les habits qu’elle portait sur elle. Une mobilisation de parents d’élèves, d’amis, d’associations, a réussi à lui permettre de rentrer en France, mais elle n’a pas le droit de travailler tant qu’elle est en attente de régularisation et ne peut compter que sur la charité pour vivre. C’est aussi ce qui est arrivé à des enfants kurdes, que des policiers en uniformes sont venus chercher à l’école, comme dans un film sur l’Occupation. La loi est une chose, son application brutale et inhumaine n’a aucune justification.

Comment est-ce possible ? J’en ai parlé déjà, dans un précédent billet sur les expulsions d’enfants.

Enfants d’ici, parents indésirables

Des enfants, filles et garçons, de tous âges entre 3 et 18 ans, sont nés en France de parents étrangers, originaires de tous les horizons de la planète : Maghreb, Afrique Noire, Chine, Amérique du Sud, Europe de l’Est, Moyen-Orient… Ils vont à l’école en France, y ont leurs copains, leurs repères, ce sont des «iciiens» pour reprendre la formule de Djamel Debbouze que citait fort justement Jean-Marc, de Clavardage. Ce pourraient être des enfants d’immigrés comme les autres, des «seconde génération» sans histoires.

Eh non, car leurs parents, pour diverses raisons, séjournent en France de façon irrégulière. Ils sont hors la loi, si on veut dire les choses de façon froide et impersonnelle.

Le problème, c’est que la loi met des barrières parfois absurdes à l’entrée et au séjour des étrangers en France. Par exemple, les demandeurs d’asile ont le droit de séjourner en France mais pas d’y travailler. S’ils le font, pour joindre les deux bouts, ce sera forcément au noir. Il y a des gens qui sont entrés légalement en France, mais qui ont fait venir illégalement leurs famille en France, parce qu’ils ne répondaient pas à tous les critères du regroupement familial. (Ceux-là mêmes que les nouvelles lois «Sarkozy» sur l’immigration «choisie» ont encore durci…) Il y a des gens qui étaient entrés légalement en France mais ont perdu leur titre de séjour à la suite des lois Pasqua, ou qui ont été déboutés du droit d’asile (là aussi, critères très stricts). Il y a des familles qui se retrouvent sans titre de séjour à la mort de l’un de ses membres.

Sans parler de ceux qui sont entrés grâce à de faux papiers, avec la complicité plus ou moins active d’un employeur qui a besoin de salariés durs à la tâche et peu exigents sur le chapitre des droits sociaux… Venir légalement en France au titre de l’immigration économique, c’est aujourd’hui quasiment impossible, malgré la demande réelle dans certains secteurs d’activité. Cherchez l’erreur.

Immigration et politique, mauvais mélange

Le ministre de l’Intérieur donne actuellement l’impression d’être
bien embarrassé devant la vaste mobilisation citoyenne et apolitique
(il y a même parmi eux des gens qui votent Front National !) qui s’est dressée
pour protéger ces enfants. Certains, dans le gouvernement et la majorité, tentent de rejeter ce mouvement en bloc sous prétexte d’illégalité,
mais comment ne pas voir la terrible absurdité d’une situation où les
enfants sont en situation légale (nés en France !) mais pas les parents
?

Comment ne pas se demander à quoi a servi que la France ratifie la Convention internationale sur le droit des enfants, lorsqu’un tribunal juge qu’il n’est pas «contraire à l’intérêt supérieur» d’une fillette de 5 ans d’être expédiée dans un pays qu’elle n’a jamais vu et où ses parents n’auront pas les moyens de l’envoyer à l’école ? (Lu chez Maître Eolas, dans un billet qui donne envie de se fiche en rogne devant certains aspects kafkaïens de notre justice. Tous ses billets sur le droit des étrangers méritent d’ailleurs d’être lus et médités.)

Les associations qui parrainent ces enfants, réunies dans le Réseau Education Sans Frontières (RESF), ne cherchent qu’à leur
permettre de mener une vie normale, comme tous les enfants de leur âge,
sans être pris en otage d’une campagne électorale où l’immigration est toujours plus que jamais un enjeu. Obéir à la loi, c’est une chose, sauf lorsque la loi devient scélérate, et dans ce cas la désobéissance civile est un devoir.

Mais pour l’instant, on n’en est même pas là. Les parrains qui soutiennent les enfants de sans-papiers se proposent avant tout de donner assistance à des enfants qui pourraient théoriquement rester en France, mais que l’administration a pris la décision d’expulser avec leurs parents, théoriquement par humanité, pour ne pas séparer les familles, en fait bien souvent pour «faire du chiffre». Certaines de ces familles peuvent prétendre à un titre de séjour, mais doivent dans ce cas retourner d’abord dans leur pays d’origine faire la demande de visa (et encore une tracasserie administrative…), alors pendant ce temps, les associations et parrains citoyens offrent d’héberger les enfants, pour ne pas les couper de leurs amis, de leur école, de leur vie, en somme.

Vivre comme des êtres humains, tout simplement

D’autres parents sans-papiers risquent de ne jamais pouvoir retourner en France. Mais au moins, dans certains cas, grâce aux parrainages, leurs enfants devraient pouvoir y terminer leur scolarité, afin de bénéficier de meilleures chances dans la vie.

Et même si, de par la loi, ni les parents ni les enfants ne peuvent rester en France, les associations peuvent toujours jouer un rôle d’information, de conseil juridique, de médiation. L’administration n’a souvent ni les moyens, ni l’envie, de traduire les
documents légaux, d’expliquer clairement sa situation à une personne
qui vient du bout du monde. On ne peut reprocher à des associations d’y
oeuvrer. Être informé de ses droits et devoirs, lorsqu’on est confronté à une procédure judiciaire, c’est quand même le b.a.-ba des droits de l’homme.

Le droit à une vie de famille, le droit des enfants à aller à l’école et à vivre avec leurs parents, cela non plus n’a pas de frontières. Ou ne devrait pas en avoir.

« It is difficult to get a man to understand something when his salary depends upon his not understanding it. »

  — Upton Sinclair (à propos du réchauffement climatique ; mais cela pourrait convenir à bien du monde dans l’administration et la politique)

« C’est quelques fois pénible de faire son devoir, mais ça ne l’est jamais autant que de ne pas l’avoir fait. »

  — Alexandre Dumas