Spécial SF : signatures dans une salle de jeux

28 04 2006

Je vais encore défendre le bouquin d’un copain, mais on me pardonnera, hein, c’est aussi à ça que servent les blogs !

Emmanuel Guillot présentera son premier livre, Espace et Spasmes, le samedi 29 avril entre 15h et 17 h, dans la salle de jeux en réseau Time & Space, 79 rue Boissière, dans le XVIe Arrt (M° Victor Hugo ou Boissière).

Il s’agit d’un recueil de nouvelles de SF que l’auteur a fait éditer lui-même grâce à Lulu.com, un prestataire d’impression numérique dont on parle de plus en plus.

En général, c’est dans les librairies que les auteurs dédicacent leurs livres, ou dans les salons et fêtes du livre. C’est simple et de bon goût : on achète les livres et l’auteur les signe sur place ; naturellement, la présence de l’auteur en chair et en os est censée attirer plus de lecteurs potentiels (ou à tout le moins curieux). Le libraire a l’habitude de commander, stocker, manutentionner les livres, et bien sûr de reverser sa part à l’éditeur. Efficace.

L’auto-édition cherche sa place

Problème : l’auteur qui s’autoédite n’a pas ou rarement accès à ce système. Si le texte n’a pas franchi le crible d’un éditeur professionnel, raisonne-t-on, c’est qu’il ne pouvait pas être édité, bref que ce n’est pas bon…

Comme pour tous les clichés, il y a une part de vérité dans celui-ci. Beaucoup d’auteurs n’ont pas la patience (ou le talent) nécessaire pour améliorer leurs textes et les rendre publiables. Bref, dans l’auto-édition, comme on pense bien, il y a beaucoup de livres “ni faits ni à faire”, puisqu’il suffit désormais de quelques centaines d’Euros à Monsieur et Madame Tout-le-Monde, au grand maximum, pour faire imprimer un livre.

Mais on aurait tort d’en conclure que tout y est à jeter. La réalité de l’édition est complexe. D’abord, certains auteurs se méfient des éditeurs (peut-être après une expérience malheureuse) et préfèrent être leur propre éditeur. Question de préférence, de personnalité. Et puis il y a des livres dont les éditeurs considèrent a priori (là encore, par expérience) qu’ils n’ont aucune chance de se vendre. Du moins, de se vendre à un nombre suffisant d’exemplaires pour rembourser les coûts de fabrication et de commercialisation.

Les nouvelles ? Connaît pas !

En général, quand un auteur est inconnu-débutant (premier livre, pas de notoriété préalable), les éditeurs hésitent. Et s’ils prennent le risque de lancer un auteur de fiction, ils n’y a guère de chances pour qu’ils tentent le coup avec un recueil de nouvelles. Les nouvelles se vendent trop mal, en France, contrairement à d’autres pays. Un roman, d’accord, à la rigueur : c’est un genre pris au sérieux par les lecteurs comme par la presse. Pour lancer un jeune auteur, rien ne vaut un roman. D’autre part, des nouvelles publiés par un écrivain connu pourront trouver leur chemin vers le porte-feuille du lecteur assidu : par curiosité, ou parce que le lecteur est en manque de sa série favorite.

Avec une difficulté supplémentaire dans le cas des auteurs français écrivant de la SF ou de la fantasy : leurs ouvrages se vendent moins bien que ceux traduit de l’anglais/américain. Pourquoi ? Peut-être pour des raisons historiques. Malgré Jules Verne, J. H. Rosny Aîné et quelques autres, les “littératures de l’imaginaire” sont encore marquées dans l’esprit du public par l’empreinte des “grands anciens” d’outre-Manche et d’outre-Atlantique, les Tolkien, C. S. Lewis, Asimov, Heinlein, bref ceux dont l’oeuvre a défini un genre.

Bref, un recueil de nouvelles de SF écrit par un auteur français inconnu est quasiment impubliable… sauf si l’auteur prend son courage à deux mains et l’édite lui-même !

I, Author

C’est cela ou garder le livre dans un tiroir pendant un certain nombre d’années, en écrivant quelques autres romans pour se faire connaître. Mais c’est frustrant, non, d’avoir sous la main un manucrit de trois cents pages sans pouvoir rien en faire ? Mais si l’auteur a un peu (beaucoup !) de courage et de sens de l’organisation, il peut devenir son propre éditeur. Les prestataires Internet qui proposent de l’impression numérique à la demande (tels Le Publieur ou Lulu.com) sont de plus en plus nombreux et gagnent en sérieux et en professionnalisme.

J’ai eu l’occasion de dire plus tôt, dans ce billet-ci et dans celui-ci, ce que je pensais de cette forme d’auto-édition. Les avantages : faible mise de fonds, possibilité de n’imprimer que les exemplaires qui sont commandés par les lecteurs, rentabilité sur de petits tirages. En contrepartie, pas mal de travail.

Ecrire est une aventure ; publier en est une autre, bien différente. Connaissant mes limites, je ne m’y serais pas lancée. Mais c’est la voie choisie pour ce premier livre par Emmanuel Guillot, que je salue au passage, et à qui je souhaite plein d’autres livres à l’avenir. Et surtout beaucoup de lecteurs !

À bientôt donc, demain samedi après-midi, rue Boissière.

“There is a collective unconscious working in me that is absolutely true; I trust it absolutely; I give myself up to it; I will go anywhere it takes me.”

— Harlan Ellison “



J’ai mon nom de domaine !

26 04 2006

Eh oui, ça y est : ce blog a désormais son propre nom de domaine ! Et une adresse plus simple à retenir, je l’espère :

http://www.irenedelse.com/

(C’est bien .com désormais, et non plus .net…)

Pensez à mettre à jour vos marque-pages et autres favoris ! J’aurai l’occasion d’ici le 19 mai de vous causer un peu plus de la sortie de L’Héritier du Tigre et de son édition annoncée…

“[Write] for fun. Do it for yourself. Do it because you want to write. Writers write because they can’t stop…. Above all, enjoy it. “

— Jasper Fforde



Mardis Littéraires à Saint-Sulpice

24 04 2006

Petit billet rapide pour signaler une soirée littéraire qui devrait être bien sympathique :

Mardi 25 avril, 20H30,

“Café de la Mairie”,

8 Place Saint Sulpice, 75006 PARIS

Soirée Littéraire organisée par Jean-Louis Guérin, invités :

Magali Turquin

pour son roman Jeunesse, Le voyage de Wangmo, éditions Michalon

Pierre Clavilier

pour son recueil de poésies De vents et de pierres, éditions Bérénice

présentés par Fatima CHBIBANE-BENNAÇAR.

 

a

Lecture de Paul Désalmand

Les “Mardis littéraires” de Jean-Louis Guérin se tiennent dans la salle du premier étage au Café de la Mairie, place St Sulpice, dans le 6ème Arrt. C’est l’occasion de recontrer des auteurs “en vrai”, autour d’un verre. (NB : Le prix des consommations est tout à fait raisonnable.) Lecture d’extraits puis débat et signatures.

L’affiche du 25 avril est originale puisque l’un des invités, Pierre Clavilier, vient présenter son recueil de poèmes De Vents et de Pierres et Magali Turquin (également auteur de l’adorable album illustré Loupé) le roman jeunesse Le Voyage de Wangmo, histoire d’une jeune nonne tibétaine chassée de son monastère par la répression policière chinoise et de son long périple jusqu’à Dharamsala, en Inde du Nord, pour témoigner de la situation au Tibet. Elle y rencontrera des adolescentes françaises curieuses de découvrir cette région de l’Himalaya, si belle mais si dure, et surtout ses habitants.

Comme quoi, il y a bien autre chose à voir du côté de Saint-Sulpice, où se tiendra également le 24ème Marché de la Poésie du 15 au 18 juin 2006, que les traces hypothétiques et un peu surfaites du Da Vinci Code !

“As a fiction writer, I don’t speak message. I speak story.”

— Ursula K. Le Guin



Pause

20 04 2006

Désolée pour cette longue période sans billets… J’ai besoin de faire une pause pour un petit moment. (Raisons personnelles, un peu complexes à expliquer ici.)

Donc je donne rendez-vous à mes fidèles lecteurs / lectrices d’ici environ une semaine ou deux, disons jusqu’au mois de mai. Et on pourra reprendre les réjouissances. En attendant, eh bien, la Toile est à vous…

“I don’t regret anything I’ve ever done as long as I enjoyed it at the time.”
— Katharine Hepburn



La Planète de Lamarck

13 04 2006

Nouvelle, par Irène Delse

New York, le 15 juin 2237

Pour : M. Daniel Eastman,

Ministre de l’Exploration spatiale

De la part de : Ms Anna Eberhardt, responsable de la IIème mission sur α -Centauri B-2

Objet : Rapport de l’enquête au sujet de l’« affaire Henry Costille »

Monsieur le Ministre,

La deuxième mission envoyée par le Ministère Mondial de l’Exploration spatiale (MMES) sur la planète α-Centauri B-2 (aussi appelée Ennaba ou Planète de Lamarck) m’a permis de faire toute la lumière sur l’échec de la première mission, ainsi que de qu’il est convenu d’appeler «l’affaire Henry Costille»…

(La suite : à lire en ligne ici, ou à télécharger par-là au format PDF ou Mobipocket.)

N.B. Ce texte fait partie du recueil La Faim et autres nouvelles, disponible chez Lulu.com et Babelpocket.

******

D’accord, cette nouvelle ne m’immortalisera peut-être pas dans le monde des lettres, ni même dans le cercle plus étroit de la science-fiction. Mais c’est une curiosité.

Comme je le disais dans un précédent billet, j’ai écrit ce texte en janvier 1988, au cours d’un examen de communication en 1ère année de fac, sous l’influence conjuguée du manque de sommeil et de la lecture intense, depuis plusieurs années, à la fois de vulgarisation scientifique et de récits de science-fiction.

J’aimais beaucoup ce cours de com’ et j’ai regretté qu’il n’ait duré qu’un semestre. La prof savait rendre accessible, et même amusante, cette matière fort technique. Il n’y a qu’à voir le type de sujet d’examen qu’elle nous a donné : rédiger un texte sur un sujet libre, totalement libre, mais en utilisant l’un des plans-type étudiés en cours de semestre. Parmi ces cours, le trop fameux “plan Hegel” (thèse-antithèse-synthèse) que j’avais appris à détester au lycée. Mais aussi des classiques de la com’ professionnelle comme eSPRIt.

Pour les non-initiés, c’est l’acronyme de :

  • entrée en matière
  • Situation
  • Problème
  • Résolution
  • Information
  • terminaison.

À vous de juger, en lisant la nouvelle, si j’ai bien respecté le plan et si je mérite le 17/20 que j’ai récolté. Une note en cours de com’, bien sûr, pas de littérature !

Il fallait bien que je sois à moitié flinguée de fatigue (et bourrée de café fort) pour en revenir ainsi à l’époque où je faisais marner ma prof de français en jouant avec la lettre et l’esprit (ha, ha !) des sujets de rédac’. J’étais en cinquième, je me sentais nettement supérieure dans cette matière (et non sans raison) à la moyenne de la classe, et j’avais compris que du moment que vous étiez bon élève les profs vous passaient à peu près tout. Et je m’essayais déjà à “écrire des histoires”.

Cette “Planète de Lamarck” doit beaucoup bien à mes lectures de SF (en particulier Asimov, Ursula Le Guin, Frank Herbert…), mais aussi à la consommation à haute doses de textes de vulgarisation scientifique, notamment les livres de Stephen Jay Gould sur les théories de l’évolution. J’espère avoir rendu justice sur ce point à Darwin, à Lamarck, et à leurs illustres successeurs.

Cette nouvelle est parue fin 1988, dans un petit fanzine éphémère, Cantilènes, publié à Nantes aux éditions associatives Banlieues Marines, dans un numéro consacré aux naufrages. On verra pourquoi en la lisant… Au passage, je signale tout de même que j’ai modifié un peu le texte depuis la rédaction initiale et cette première publication, histoire de le débarrasser des maladresses les plus criantes. Il reste encore de quoi hurler, mais à moins de tout réécrire (et l’idée de départ n’en vaut pas vraiment la peine), je ne vois pas comment faire mieux.

« La conclusion fondamentale à laquelle nous sommes arrivés dans cet ouvrage, à savoir que l’homme descend de quelque forme d’organisation inférieure, sera, je le regrette de le penser, fort désagréable à beaucoup de personnes. »

— Charles Darwin, La Descendance de l’homme



Sarkozy fait grogner même dans les rangs de la police

11 04 2006

Nicolas Sarkozy brasse beaucoup d’air, mais que pense-t-on de lui dans les rangs de la police, parmi ses propres subordonnés ? Les résultats peuvent surprendre.

Quoique… Pas vraiment, si on y réfléchit bien.

Un article de Libération du 11 avril 2005 se penche justement sur "La complainte des ‘serpillières de la République’, selon l’expression amère d’un CRS qui a l’impression d’être là pour nettoyer la "merde" d’un système qui ne tourne pas rond,

Libé
donne la parole à ces fonctionnaires qui, du simple gardien de la
paix à de hauts gradés, en passant par les CRS et les agents des RG, en
ont assez de cette situation, de la façon dont ils sont utilisés. Qui en ont marre de faire les frais de la guerre des chefs au sein du gouvernement, entre le Premier Ministre et le Ministre de l’Intérieur.

Et le "premier flic de France" aurait bien tort de se réjouir de la déconfiture de son concurrent sur CPE. Sa réputation de sauveur des braves gens a pris un coup dans les images de banlieues en feu, en novembre derniers. Les jeunes, toutes couleurs de peau confondues, voient de plus en plus dans la police un outil de répression sociale. Et des syndicalistes policiers disent de même ! La pression des résultats chiffrés, qui conduit à multiplier les contrôles d’identité aux faciès, écoeurent ceux-là même qui doivent les effectuer. Bref, les propres services de l’Intérieur renaclent de plus en plus.

«Les [CRS]», comme l’avoue l’un d’entre eux, «sont contents d’aller en manif plutôt que de tourner en rond dans
les cités et d’arrêter pour la 30e fois dans la soirée Mouloud parce
qu’il est basané. Ça, c’est n’importe quoi. On nous demande de faire du
chiffre en banlieue avec les mis à disposition
(personnes interpellées par les CRS et remises à des enquêteurs, ndlr). Sarko,
quand il partira, il y aura des bouchons de champagne qui vont sauter
chez nous.»

Il faut dire que la police est à rude tâche depuis un moment. Les émeutes des banlieues, la crise du CPE, la tension que l’on sent monter face à l’insatisfaction générale : prix élevés, salaires qui stagnent, chômage toujours élevé, précarité, discriminations… Les gens sont "déboussolés". La droite avait fait de l’insécurité son cheval de bataille en 2002 : on sait ce qu’il est advenu.

Mais non, un chef, un homme providentiel ne se remet jamais en question, naturellement. C’est le système du "plus de la même chose"-:  toujours plus de "gestes forts" et de mesures à l’emporte-pièce, qui braquent au moins autant de gens qu’ils n’en contentent. L’UMP ne cesse de courir après l’extrême-droite sur le thème de la sécurité et de l’immigration, mais aux prochaines élections, en 2007, qui sait à quel parti cette surenchère va profiter ?

Franchement, je ne prendrai pas les paris. Mais la grogne salutaire qui monte des rangs des flics me donne un peu plus d’espoir pour la France, pour la démocratie.

"You should stop being a Shirrif if it stopped being a decent job."
"It’s not allowed to quit."
"If I hear once more that ‘not allowed’, I warn you I’m going to get angry."
"And I must say some of us would’nt be sorry to see that."

  — J. R. R. Tolkien, The Lord of the Rings, chap. "The Scouring of the Shire"



L’énigme

9 04 2006

Nouvelle, par Irène Delse

La plaine était grise et sèche comme une chose morte, parcheminée par le soleil. La pluie n’y descendait jamais, et les graines apportées par le vent s’y desséchaient avant de percer leur enveloppe. Seuls à y vivre, de lents lézards gris aux écailles rugueuses, d’une telle immobilité et d’un aspect si minéral qu’un œil distrait les eût pris pour des cailloux. Nul ne savait où ils se procuraient leur nourriture.

Les hommes, en général, se tenaient à l’écart de la plaine. Ils la nommaient Désolation et racontaient qu’elle n’avait pas été créée en même temps que le reste du monde…

(La suite : à lire en ligne ici, ou à télécharger par là aux formats PDF ou Mobipocket.)

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Cette nouvelle n’est pas très longue, mais je me souviens de m’être reprise à plusieurs fois pour parvenir à l’écrire. J’avais en tête l’idée de base et la chute depuis longtemps, en fait, mais c’est pour donner de la chair à ce squelette d’histoire qu’il m’a fallu me donner du mal.

Je pense que c’est souvent le cas, d’ailleurs, pour la plupart des écrivains. L’inspiration vient, il y a un germe de quelque chose qui pourrait donner une histoire, une pépite isolée, disons, mais il faut creuser longtemps pour trouver le filon aurifère… Et parfois, on tombe sur de fausses pistes et il faut tout recommencer.

Enigmes et casse-têtes

Bref, j’avais peut-être seize ou dix-sept, j’avais la tête farcie de SF classique américaine (grâce à la Grande Anthologie de la Science-Fiction du Livre de Poche trouvée dans la bibliothèque de mon père, comme je le racontais l’autre jour à propos d’une autre nouvelle). C’est un texte de Robert A. Heinlein (je crois), qui a fourni l’étincelle. Malheureusement, je ne me souviens plus du titre, mais peut-être que certains lecteurs ici la reconnaîtront… C’était un récit à chute, où deux aventuriers de l’espace devaient résoudre les énigmes d’un robot gardien pour accéder au trésor fabuleux qu’il défendait. Ledit gardien, bien sûr, tuait les malchanceux qui répondaient de travers, comme le sphynx (ou plutôt la sphynge) d’Oedipe devant Thèbes.

Une variation sur un thème classique, donc, mais où la solution de l’énigme était plutôt inhabituelle : pour amadouer le gardien, il ne fallait donner à ses questions que des réponses absurdes !

J’étais jeune, arrogante ; cela me semblait une idée intéressante, mais je pensais que je pouvais faire mieux. Que pouvait-on varier ? Le concept était des plus simples : un homme, un voyageur, doit répondre à une question… Ou bien s’il devait poser une question ? Et si, comme dans Bilbo le Hobbit, les deux parties se mettaient à échanger des énigmes, et le premier qui ne sait pas répondre perd ? (Oui, Tolkien était une de mes lectures favorites. L’est toujours, d’ailleurs. Et si vous tenez à le savoir, je suis un peu moins jeune, mais toujours aussi arrogante quand il s’agit d’imagination.)

Cela me permettrait de me démarquer au moins de la nouvelle qui m’avait inspirée, comme du mythe d’origine. Et puis j’avais eu l’idée d’une chute, très simple, mais qui me semblait aller loin…

Thèmes anciens, nouveaux récits

J’ai commencé à écrire une nouvelle sur ce canevas. Mais je me suis vite rendue compte que partir d’un concours d’énigmes faisait tirer l’histoire en longueur, à la délayer. On ne s’intéressait pas aux personnages, à leurs émotions, à leurs dialogue, parce que ce n’était pas vraiment eux qui importaient. C’était une histoire sur un concept, une idée. Il aurait fallu épurer au maximum les aspects anecdotiques du récit pour aller droit à l’essentiel. C’était encore un peu délicat pour mes pouvoirs débutants de conteuses. Suivre à la lettre ce que j’imaginais, transcrire point par point mon “cinéma mental” sur le papier, sans recul, était plus facile que de savoir quels détails inutiles laisser de côté. C’est toujours plus difficile, bien entendu, et pour bien des écrivains.

Donc, je séchais. Ou plutôt, j’avais réussi à rédiger quelque chose, mais qui ne me satisfaisait pas du tout.

À peu près à la même époque, j’ai découvert Jorge Luis Borges. Voilà un auteur qui parvenait à lier la simplicité dans la narration et la virtuosité dans les concepts ! À le lire et le relire, tant les contes que les essais, je crois que j’ai réussi à m’imprégner un peu de cette manière de faire. Du moins, je pense, ai-je pu dans quelques récits “attraper le coup”. Je me suis certainement mise à écrire de plus belle.

Un pessimiste désespérément optimiste

Dans un essai sur G. K. Chesterton, le créateur du Père Brown, Borges fait un parallèle entre un conte de Chesterton et “Le gardien du château”, de Kafka. (C’était, je crois, la préface, je crois, au recueil de nouvelles de Chesterton intulé L’Oeil d’Apollon, dans la collection La Bibliothèque de Babel chez Franco Maria Ricci Éditeur, encore une trouvaille dans la bibliothèque paternelle).

Franz Kafka, selon Borges, avait passé sa vie à raconter l’histoire d’un homme qui se heurte à une porte impénétrable, et qui échoue, ses ressources simplement humaines réduites à néant par la puissance incommensurable de l’inhumain. Dans “Le gardien du château”, le gardien est bien plus fort que l’homme qui frappe à la porte, et de plus il n’est que le premier d’une longue succession de portes, chacune avec un gardien encore plus formidable. Pour parachever l’accablement, ce chemin, révèle finalement le gardien, est celui qui s’ouvre devant cet unique homme. Aucun espoir qu’un champion plus fort ou plus chanceux puisse un jour le passer !

Dans un de ses contes, en revanche, Chesterton raconte l’histoire d’un chevalier qui arrive à la porte d’un château gardé par toute une armée. Mais le chevalier vainc ses ennemis un à un, surmonte tous les obstacles et finit par entrer dans le château.

Chesterton, disait Borges, était à la base un pessimiste, comme Kafka, mais qui avait décidé d’être optimiste dans ses écrits. Aussi les énigmes y sont-elles résolues, les innocents blanchis et les coupables confondus. Mais il y a aussi beaucoup d’horreur qui affleure dans les récits de Chesterton, beaucoup de merveilleux qui suscite un premier mouvement d’effroi.

L’imitation, forme la plus sincère de l’admiration (j’espère !)

Tout cela nous amène bien loin de ma petite nouvelle. Je ne prétendais être ni Borges, ni Kafka. Tout au plus peut-on faire le parallèle du nain sur les épaules d’un géant, etc.

Mais cette lecture m’a au moins inspiré de simplifier au maximum mon récit. Nul besoin de deux aventuriers, par exemple, comme dans la nouvelle de SF d’origine. Un seul voyageur, moins d’énigmes à résoudre. Un tracé linéaire. Et bien sûr, mettre en valeur l’énigme qui donne son titre à la nouvelle.

Je crois être parvenue à ce que j’avais au fond de moi envie d’écrire. J’ai en tout cas réussi à publier “L’énigme” dans Poivre Noir (revue dont j’ai dit plus tôt tout le bien que je pensais) en 1989. Quelques années après, j’ai pu faire paraître le texte à nouveau, dans un petit fanzine local consacré aux vampires. Rien à voir, certes ! Mais le côté morbide du thème principal les avait séduit.

J’aime bien cette nouvelle. C’était la première fois que j’expérimentais avec une histoire où la forme faisait écho au fond. Je
n’en avais pas vraiment conscience en l’écrivant, mais je me suis rendue compte après coup que c’était bien ce que j’avais fait.

Une dernière chose. La chute du récit correspond réellement à ce que je crois en la matière. Je ne sais pas où je me situe entre Chesterton et Kafka, mais je trouve un certain réconfort à penser ainsi. Une amie qui s’était trouvé avoir lu la nouvelle à un moment difficile de sa vie m’a dit quelque chose de similaire. Ce qui m’a particulièrement touchée.

“La vérité doit forcément être plus étrange que la fiction car la fiction n’est qu’une création de l’esprit humain et, par conséquent, est à sa mesure. “

— G. K. Chesterton



La République ? Quelle République ? La Vème et demi…

5 04 2006

L’imagination délirante est au pouvoir. La chienlit s’installe sous les lambris dorés. On promulgue, on interdit d’appliquer, on défait ce qu’on vient juste de faire. Mais qu’est-ce qu’ils ont fumé ?

On trouve une explication savoureusement cynique chez Bloghorrée (via Versac) : nous vivons sous un régime inédit. La Vème République est morte, vive la Vème République et demi !

Tout cela se passe de commentaires.

J’ajouterai toutefois un amendement à l’article 9, alinéa 3 : "Si une deuxième journée d’action sociale  rassemble autant de manifestants que la première à une semaine d’intervalle, le Président de la République, le Premier Ministre, le gouvernement et le Parlement continuent sur leur lancée, car ce n’est pas parce qu’une action a échoué qu’il faut en changer."

Autres devises proposées pour la Vème 1/2 : "Plus de la même chose." "Tout ce que je dis trois fois à la télévision est vrai." "Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué."

Auto-acharnement thérapeutique

Accessoirement, on peut admirer le talent incroyable d’un certain Jacques C… pour se tirer dans le pied. Il y avait eu la dissolution de l’Assemblée en 1997. Il y avait eu le référendum sur la constitution européenne du 29 mai 2005. Aujourd’hui, dans une dernière tentative pour sauver la mise au mise au brave soldat Villepin, on donne au chef de l’UMP les clefs du pouvoir sans l’y nommer officiellement.

Tout en sachant que le pouvoir use et que rien ne dope autant un candidat à la présidence de la République que d’être dans l’opposition, on donne à un chef de parti (qui avoue lui-même "penser à ça tous les matins en se rasant") l’opportunité d’être à la fois dedans et dehors, d’avoir les pouvoirs très réels d’un Ministre de l’Intérieur (et du découpage des circonscriptions électorales) tout adoptant la posture flatteuse du contradicteur du Pouvoir, celui qui lance des incantations sur la "rupture" et la "France d’après".

Bref, craignant de faire entrer le loup dans la bergerie, on le laisse à la porte mais on lui indique la fenêtre ouverte. Comment dire ? C’est du grand art.

"La plus grave maladie du cerveau, c’est de réfléchir."

  — Les Shadoks, de Jacques Rouxel et Jean Cohen-Solal



Petit blogueur deviendra grand

3 04 2006

Quelques conseils à un blogueur débutant qui voudrait bien attirer des lecteurs vers son carnet perso, et qui s’adresse à un blogueur un peu moins débutant parce que tirer la manche des blogstars et de la blogeoisie, ça l’intimide quand même un peu…

(N.B. Pour tous les mots qui vous manquent, faites donc un tour du côté du Lexicoblogue de Laurent Gloaguen, histoire de se mettre dans le bain wikiwiki.)

La forme et le fond

1. Choisissez bien votre titre, catégorie, la plate-forme ou logiciel de blog, etc. C’est le B-A, BA. Il y a d’excellents sites pour vous y aider ; et aussi des livres pour ceux qui aiment potasser leur blogostratégie dans les transports en commun.

2. Remplissez-le ! Cela n’a l’air de rien, mais rien ne plombe plus un blog que l’absence de contenu… N’oubliez pas les détails sur l’auteur : page “profil” ou “à propos”, certes, mais aussi pourquoi pas une liste de sites, musiques ou livres préférés ? On s’intéressera à vous si on a l’impression que vous êtes un être humain.

3. Référencez votre blog. Selon la plate-forme ou le logiciel que vous utilisez, il y aura plusieurs possibilités de référencement automatique, mais n’oubliez pas les annuaires et portails de blogs thématiques : blogs liés à une ville, une région, un pays ; blogs de femmes, de gays et lesbiennes, de communautés ; blogs consacrés à la langue française, à la cuisine, à la musique ou au droit administratif, il y en a pour tous les goûts.

4. Mettez régulièrement à jour votre blog ! Au moins une fois par semaine, par exemple, au-delà cela fait un peu dilué. Si vous devez vous absenter (vacances, charette au travail…), mettez un petit message pour prévenir le lecteur. Car si celui-ci prend l’habitude de ne pas voir de mise à jour, il finira par ne plus venir voir votre blogue, c’est logique.

5. Pensez ergonomie et accessibilité. En d’autres termes, pensez à votre lecteur… Du texte jaune sur fond noir ? Attention les yeux ! Des images lourdes à charger ? N’oubliez pas que les connexions bas débit existent encore. Mettez plutôt l’image en format miniature avec un lien vers une autre format normal. Des images sans légende ni texte de remplacement ? Et comment font les aveugles qui consultent Internet grâce à un logiciel de vocalisation de texte ? Une fonctionnalité qui ne fonctionne que sous Windows et Internet Explorer ? Et ceux qui se connectent sous Mac Os et Linux, qui surfent avec Firefox, Opera et autres navigateurs alternatifs ?

Soyez interactifs

6. Avant de vous désoler de ne pas recevoir de réactions du public, vérifiez que vous avez autorisé les fonctions “commentaires” et “trackbacks” (rétroliens) sur votre blog ; que l’internaute qui veut commenter n’est pas obligé de s’inscrire pour cela sur votre plate-forme de blog en demandant un mot de passe ; et que votre page “profil” contient votre adresse de courriel ou du moins une fonction “écrire à l’auteur”…

7a. La blogosphère, si on peut parler d’une telle abstraction sans ridicule, fonctionne par interactions. Echanges de liens, débats, voire polémiques enflammées : c’est en commentant sur les blogs des autres que vous ferez entendre votre voix au-delà de votre petit cercle d’amis.

7b. Corollaire : lisez les autres blogues ! C’est en visitant les blogs des autres que vous trouverez des idées pour améliorer le votre, des sujets sur lesquels vous avez envie de rebondir (en mettant un rétrolien sur le blog d’origine, puis en citant celui-ci dans votre propre billet). Et ainsi de suite.

8. Google est votre ami pour la recherche d’information. Pour trouver d’autres blogs, des sujets pour vos billets, les références de ce que vous avancez, le vocabulaire spécialisé que vous ne maîtrisez pas très bien, etc. Et quand je dis “Google”, il y a aussi Yahoo!, Altavista, Dir.com, etc.

Des blogs et des humains

9. Restez courtois. Vos lecteurs, les autres blogueurs : ce sont des êtres humains aussi ! Allez faire un tour du côté de la charte Néthique, qui propose quelques règles de conduite simples pour les auteurs et usagers des blogs. Attention aux commentaires hors sujet, aux affirmations sans fondement, aux attaques ad hominem, etc. Si un blogueur censure vos commentaires, c’est souvent que vous avez dépassé les limites, et que c’est lui qui est juridiquement responsable de ce qui est publié, donc qui pourrait être attaqué en diffamation… Et ne jouez pas trop au troll si vous ne voulez pas vous faire bannir un peu partout.

10. Et enfin, un peu de patience… Avant de poster un commentaire, par exemple, vérifiez si vous l’avez mis sous le bon billet. Avant de contacter l’auteur d’un article pour lui demander des informations, (re)lisez attentivement l’article (et éventuellement les commentaires) ; souvent, ce que vous vouliez savoir s’y trouve déjà. Visitez aussi les sites que l’auteur recommande, s’il le fait, c’est souvent parce que le contenu est proche du sien ou le complète utilement.

11. (Car aucune liste de commandements ne serait complète sans le onzième) Mais surtout, n’oubliez pas : les blogs sont un outil fabuleux, pour certains un hobby ou même un style de vie, mais c’est avant tout le contenu qui compte. Bref, ce que vous, vous voulez y mettre. Contrairement à la boutade de Marshall McLuhan, le médium n’est pas le message. Le médium ne serait même rien du tout sans le message, car celui-ci est sa raison d’être.

“La vérité est captive dans un petit nombre de manuscrits qui renferment des trésors. Brisons le sceau qui les lie, donnons des ailes à la vérité, […] qu’ils volent multipliés par une machine infatigable et qu’ils atteignent tous les hommes.”

— Johannes Gutenberg (1455)



Justice pour Sohane, justice pour Chahrazad

3 04 2006

A-t-on fait tout ce qu’il fallait pour retrouver l’agresseur de Chahrazad, cette jeune fille de 18 ans vivant à Neuilly-sur-Marne, en Seine-Saint-Denis, qui le 13 novembre 2005 avait été aspergée d’essence et brûlée à 60% sur l’ensemble du corps, par un garçon dont elle repoussait les avances ?

Le jeune homme qui l’a attaqué s’est peut-être enfui à l’étranger, a peut-être bénéficié de complicités familiales. L’enquête est en cours, certes, mais la famille de la victime n’est pas tenue au courant. Est-on en train de l’oublier ?

Enchaînement bestial

C’est la question qu’elle pose publiquement dans le gratuit 20 Minutes du 03/04/2006, qui publie une interview exclusive et l’appel de Chahrazad à la justice (via le Nouvel Obs et Associated Press).

Quand je vois que des policiers sont allés jusqu’en Côte d’Ivoire pour chercher le meurtrier d’Ilan Halimi, je me dis que tous les moyens nécessaires pour [retrouver mon agresseur] ne sont pas mis en œuvre.”

C’est une question lancinante. Tous les mois, en France, il y a une dizaine de femmes qui meurent sous les coups d’un compagnon, d’un mari, d’un amoureux. Une sur dix est victime de violences psychologiques ou physiques. Fait-on assez pour y mettre fin ? Les mentalités ont-elles suffisemment changé, y compris dans la police ? Quand Chahrazad déplore que les enquêteurs ne l’ont interrogée qu’une fois, “comme si c’était une voiture qui avait brûlé”, est-ce là une triste conséquence du manque chronique de moyens alloués à la police dans les banlieues sous Nicolas Sarkozy (qui ne croit pas à la police de proximité, comme on sait), ou bien notre société a-t-elle encore tendance à voir les “violences de genre” comme une sorte de fatalité ?

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