Lecteur dans une maison d’édition ?
15 03 2006Voilà encore une question qui revient souvent dans les courriels que je reçois (peut-être à la suite de ce billet) : comment faire pour devenir lecteur dans une maison d’édition ? Et à chaque fois, je suis bien embarrassée pour répondre.
Je préfère donc re-poster ici ce que j’ai écrit récemment à un internaute qui m’interrogeait sur l’activité de lecteur professionnel.
La marée grise des manuscrits
Je n’ai pas beaucoup d’expérience du travail de lecteur dans une maison d’édition. Je suis auteur avant tout ! J’ai seulement été stagiaire pendant quelques semaines chez un éditeur, il y a quelques années, où j’ai entre autres participé à la lecture des manuscrits reçus.
Je peux en tout cas témoigner d’une chose : ce n’est pas une activité très passionnante. Parmi ce qui arrive par la poste, 9 textes sur dix sont totalement impubliables (et la majorité de ce qui reste est mal orienté). La très large majorité des manuscrits sont mal rédigés, mal conçus et ne peuvent intéresser que leur auteur ou au mieux certains amis ou son cercle de famille.
Mieux vaut entrer dans une librairie ou une bibliothèque et prendre n’importe quel livre au hasard que de piocher dans une pile de manuscrits arrivés par la poste !
Qui sont les lecteurs professionnels ?
Parmi ce qui arrive, le tri est fait par le service des manuscrits chez les grands éditeurs (chez les petits, qui n’ont pas de salariés, c’est l’éditeur lui-même qui s’y colle), puis la petite proportion de textes intéressants est confiée à des “grands lecteurs” qui sont souvent les directeurs de collection ou directeurs éditoriaux eux-mêmes. C’est lorsque le texte est très prometteur qu’il passe entre les mains de plusieurs lecteurs, parfois des auteurs maisons dont on apprécie le jugement.
Donc dans la grande majorité des cas, les lecteurs professionnels de manuscrits sont déjà des gens qui travaillent dans le monde du livre : éditeurs, directeurs de collections, employés du service des manuscrits… Certains sont par ailleurs auteurs ou critiques littéraires. Ce n’est pas un hasard : pour bien juger d’un manuscrit, mieux vaut avoir à la fois une vaste culture littéraire et une bonne expérience du marché du livre. Non seulement ils peuvent juger de la qualité d’un texte (ce qui est toujours subjectif), mais aussi de ce que la maison peut publier ou pas. Ce qui est déjà plus complexe que de savoir si un texte est “bon” ou pas…
Enfin, quand un lecteur extérieur à la maison d’édition (donc ni un employé ni un stagiaire) fait des lectures de manuscrits, la rémunération qu’il ou elle touche est quasiment symbolique. C’est à considérer comme une activité d’appoint plutôt que comme un métier à part entière !
Que faire alors ?
Pour résumer, l’activité de lecteur dans une maison d’édition n’offre que très peu de plaisirs de lecture. Mieux vaut essayer de participer au Prix du Livre Inter ou quelque autre manifestation organisée autour de livres, non de manuscrits.
Si on est intéressé par les métiers du livre, c’est une autre affaire, mais dans ce cas on ne fera pas seulement de la lecture de manuscrits. Édition, traduction, correction et maquette, diffusion, relations avec la presse et les libraires, graphisme et illustration, édition électronique : les activités autour du marché du livre sont diverses et demandent de plus en plus de professionnalisation.
Quelques sites intéressants pour les passionnés du livre, de la lecture et de l’édition :
La République Internationale des Lettres (annuaire des maisons d’édition, actualité du livre, etc.)
L’actualité des prix littéraires (comme son nom l’indique !)
Un blog sur le monde de l’édition (infos en tout genre pour auteurs, lecteurs et éditeurs)
L’Oie Plate (éditeur de guides pratiques pour les auteurs, dont l’annuaire AUDACE des éditeurs)
Le BlogNot de Marc Autret (auteur de 150 Questions sur l’édition)
Ricochet (portail européen des littératures pour la jeunesse)
Le Flash Infini (actualité de la science-fiction et des littératures de l’imaginaire)
Asfored (Centre de formation aux métiers du livre et de l’édition)
Le site du Ministère de la culture et de la communication (en particulier la Direction du livre et de la lecture) fournit aussi de nombreuses informations utiles.
Et pour ne pas être tenté de voir le monde de l’édition avec des lunettes trop roses, je conseille l’article d’Emmanuel Guillot, “Ecrire et se faire publier”… Un bon panorama de certaines dures réalités du marché du livre. Je ne sais plus qui a dit qu’un bon éditeur devait être un rêveur réaliste : assez passionné pour se consacrer à la promotion des livres et des auteurs qu’il aime, et suffisamment les pieds sur terre pour réussir dans son entreprise. Mais trop souvent, l’édition devient une simple machine à fabriquer et vendre du livre, vendre des pavés de papier sans intérêt à condition qu’il y ait un nom célèbre dessus. Au point qu’on se demande si certains “éditeurs” ne feraient pas mieux de vendre des yaourts ou de la lessive…
Merci de votre patience et… bonne lecture quand même !
“One of the things good editors do is protect writers from themselves.”
— Ursula K. Le Guin
“Pour un conteur, un voyage est un procédé merveilleux. Il fournit un fil solide sur lequel une multitude de choses qu’il a en tête peuvent être attachées pour produire une chose nouvelle, variée, imprévisible, et pourtant cohérente”.
— J.R.R. Tolkien, Lettres (trad. Delphine Marin et Vincent Ferré, éd. Christian Bourgois)
P.S. Billet repris par Jérôme Cayla.
Tags : éditeurs, lecture, livres, manuscrits









Commentaire effacé pour cause de spam. Irène
Linksluting
Lecteur dans une maison dédition ?
Vous souhaitiez devenir lecteur professionnel dans une maison dédition ? Lisez donc Irène Delse avant, afin de savoir à quoi il faut vraiment vous attendre.
(tags: books Edition)
Une nethique pou…
Merci pour ces informations instructives qui permettent de comprendre pourquoi on a souvent l’impression de ne pas être lu lorsqu’on envoie un manuscrit à un éditeur. J’ai une reconnaissance particulière pour Robert Laffont et Le Dilettante qui ont toujours pris le soin de me lire et de me répondre par un courrier personnalisé écrit à la main.
J’ai lu avec plaisir votre blog. J’ai trouvé son adresse sur le blog du gentil garçon qui écrit à l’adresse suivante: de http://comment-ecrire-un-roman.over-blog.com
.
Merci pour vos mots. J’ai beaucoup ri et je pense que je vais beaucoup pleurer.
Thierry brun
Bonjour, je viens pour un renseignement.
On m’a récemment proposé de lire des romans (déjà publiés) ainsi que des sénarios pour un rélaisateur n’ayant pas le temps pour cela. Il me faudrait rédiger des fiches synthétiques et donner mon avis sur les oeuvres.
Il m’a demandé combien je voulais pour ce travail, et je ne sais pas quoi lui répondre.
Dois je le facturer au temps passé sur chaque manuscrit ? Ou dois je élaborer un “forfait” par manuscrit ?
Merci de répondre à mes questions,
Cordialement
Claire
Honnêtement, je n’en sais strictement rien. Comme ce billet l’explique, je ne suis pas spécialiste… Essayez de trouve votre bohneur dans les liens que j’ai indiqué.
Je suis l´auteur d´un livre édité à compte d´éditeur et publié en mai 2005. Je pensais que le plus dur était fait. Malheureusement, je me rends compte que si la promotion n´est pas faite correctement, il ne sert à rien, à la limite, de se faire publier. auriez-vous des conseils à me donner à ce sujet?
Avec mes remerciements,
Danielle
Chère Danielle, si vous êtes publiée à compte d’éditeur, c’est avant tout à l’éditeur de s’occuper de la promotion. Voyez notamment ce que prévoit votre contrat à ce sujet. Si le contrat n’est pas respecté, ou si vous avez des doutes, contactez une association ou un syndicat d’auteurs. Je ne suis pas spécialiste de ce genre de problème, et préfère ne pas me mêler de donner des conseils plus précis. Quelques liens utiles à tout hasard :
Syndicat national des auteurs et compositeurs
Les 150 questions sur l’édition de Marc Autret
Après le Calcre, l’Oie Plate avec Roger Gaillard
Syndicat pour une convention collective de l’écrit et de l’image
bonjour, je ne connais rien au milieu de l’édition mais j’aimerais avoir des informations pour devenir lecteur de manuscrits ou senarios , je vais déja consulter les sites referencer mais je shoueterais avoir des complements si possible , merci et a bientot
Bonjour Sébastien. Hélas, n’étant qu’auteure, et pas documentaliste dans un centre d’orientation, je suis un peu embarrassée pour vous répondre.
Voyez les liens ci-dessus, et aussi ceux cités dans mon billet sur les relations entre auteurs et éditeurs :
http://www.irenedelse.com/2007/01/11/du-manuscrit-a-lediteur-quelques-pistes/
Je voudrais proposer mon manuscrit à l’appréciation de lecteurs qui pourraient me délivrer ce que j’appelle un “certificat de lecture”; une fiche où ils devront mentionner leurs coodonnées ainsi que leur appréciation de mon travail, en dix lignes. J’ai lu dans ce site des annonces de personnes qui voudraient devenir “lecteurs de manuscrits”; ils pourraient donc commencer avec le mien.
Mon ouvrage est un roman à suspense où la vérité se faufile dans des histoires d’amour. Mais la littérature aussi y est très présente; ainsi que la réligion et la politique internationale, avec un peu de science-fiction. L’histoire se déroule en Afrique et en France, avec un bref détour aux Etats-Unis.
Pour ceux qui pourraient être interessés, bien vouloir me contacter: tsunami2022@yahoo.fr
Voici ci-dessous deux extraits qui pourraient peut-être figurer en quatrième de couverture:
Le journal de vingt heures parla de nouveau de l’assassinat du reporter français Yves Ponnier.
Maxime et sa mère visionnaient comme à l’accoutumée, emmitouflés à la mode hivernale. C’était le 24 décembre ; mais pour eux, c’était jour de deuil.
Max zappa au hasard et tomba sur une chaîne qui célébrait le réveillon. Il jeta nerveusement la télécommande sur la table puis quitta son fauteuil. Convaincu que sa voix percuterait plus s’il admonestait dans la position verticale.
Maryse était aux abois, pelotonnée dans le sofa. Elle sentait venir l’inévitable…
Sept interminables secondes s’écoulèrent ; c’est-à-dire environ dix pulsations cardiaques violentes à rompre un cœur fragile. On ne savait si le témoin tergiversait ou s’il s’amusait simplement à faire languir l’auditoire qui attendait sa parole comme une délivrance. Son visage restait naturel et ses yeux comme toujours évitaient les regards sondeurs.
Le juge gardait son calme, savourant avec appétence ce petit moment de suspense. Damien lisait un billet que lui avait glissé Manu, assis sur le banc derrière lui ; probablement un argument au cas où le procès devrait continuer. Maryse semblait de marbre, mais en fait son cœur battait la chamade. Son avocat lui se léchait les babines face au jeune homme sous serment, connaissant d’avance sa déposition ; il la lui avait fait rabâcher pendant deux semaines. Le défenseur de l’accusé était assis à côté de son client, les mains jointes sur la table, méditant sur l’intervention qu’il ferait si les choses se passaient comme il s’y attendait ; il citerait le célèbre Johnnie Cochran : « If it doesn’t fit, you must acquit »…
Ma foi, si des lecteurs ici veulent répondre à l’appel d’Éric, ils sont les bienvenus. Merci d’écrire directement à l’adresse qu’il indique ci-dessus !