Refuser un ordre

31 01 2006

"L’armée française revoit son code de discipline" à la suite de l’affaire Firmin Mahé, comme l’annonce l’AFP. Les militaires doivent maintenant "refuser d’exécuter un ordre prescrivant d’accomplir un acte manifestement illégal". C’est officiel, publié au Bulletin officiel des armées. Il faut saluer ce genre d’évolution, indispensable dans l’armée régulière d’un pays civilisé.

Quelques remarques :

1) Le code de discipline prévoyait auparavant qu’un militaire devait "ne pas exécuter" un ordre illégal ; maintenant, on enfonce le clou : il faut refuser ce genre d’ordre.

2) Les militaires qui accomplissent malgré tout un acte illégal verront leur responsabilité engagée. On ne peuvent plus s’abriter derrière l’obéissance aux ordres.

3) Si un militaire reçoit un ordre illégal et refuse de l’exécuter, comme le code le lui prescrit, il doit aussi avertir sa hiérarchie par tous les moyens.

4) Et enfin, c’est un cas où des écrivains de science-fiction étaient en pointe par rapport à la réalité. Lisez ou relisez Miles Vorkosigan (The Vor Game, in Young Miles) de Lois McMaster Bujold.

"What had they been told they were doing? What did they believe they were doing? […] could they even recognize a criminal order? Or know what to do about it if they did?

"Could Miles? […]

"Miles knew about criminal orders, every academy man did. His father came down personnally and gave a one-day seminar on that topic to the seniors at midyear. […] What exactly constituted a criminal order, when and how to disobey it. With vid evidence from various historical test cases and bad examples […]. Invariably one or more cadets had to leave the room to throw up during that part."

Vous savez quoi ? Her ladyship Lois est décidément une très, très grande dame.

"Aim high. You may miss, but at least you won’t shoot your foot off."

  — Lois McMaster Bujold, Komarr



Livres, musique et boulettes du bonheur

30 01 2006

Samedi 28 janvier, avant-hier soir, donc, nous sortions du métro à Malakoff/Plateau de Vanves, mon frère et moi, quelques minutes avant 20 h. Direction, l’espace Albert Gazier, salle dédiée par la municipalité de Vanves à l’animation culturelle. Le froid pince, mais il n’y a que quelques pas à faire après la sortie du tunnel.

Personne à l’accueil ? Ma foi, nous montons. Annonces : horaires des cours, expos, débats… Au premier, je trouve Magali Turquin. Elle me reconnaît tout de suite, alors que je suis moins physionomiste, à ma courte honte. Elle présentera son roman ce soir, brièvement. Le héros du jour est Pierre Clavilier, qui sort un recueil de poèmes : De Vent et de Pierre, aux éditions Bérénice.

Sur le palier, des textes et des peintures sur les murs et sur des chevalets, oeuvres des jeunes gens et jeunes filles de Vanves. (On ne fait pas que brûler des voitures, en banlieue ! N’en déplaise à certain ministre…) Dans la salle, une femme accorde sa voix et sa guitare. C’est Clémence Gabriel, auteure, compositrice, interprète. Entre un entretien avec les auteurs et une lecture de poèmes, la musique viendra mettre son grain de sel.

Dans le mini-auditorium où se déroule la soirée, une estrade supporte tous les accessoires nécessaires à cette soirée mixte : à gauche, piano électronique pour la musique ; à droite, petite table et trois chaises, pour les discussions littéraires. Sur les murs, de grandes peintures à l’huile aux couleurs chaudes, très sensuelles, d’une artiste dont je ne retiens malheureusement pas le nom.

Nous n’auront pas le temps de rester très longtemps, mon frère et moi. Le temps tout de même de découvrir Le Chemin de Wangmo, de Magali Turquin, roman jeunesse paru aux éditions Michalon.  Wangmo

La couverture rose semble le destiner uniquement aux filles. Il faut dire que c’est l’histoire d’une jeune religieuse tibétaine qui entreprend un long voyage pour fuir l’oppression des autorités chinoises et témoigner de ce qui se passe au Tibet. Mais c’est aussi un voyage spirituel, vers un sanctuaire boudhiste en Inde du Nord où vivent de nombreux réfugiés tibétains. Un livre à recommander aussi aux moins jeunes, qui y apprendront bien des choses sur le Tibet, sa culture, et la situation du peuple tibétain, qui vit dans un pays sous occupation militaire.

Je feuillette "Wangmo" ainsi que le livre de Pierre. Mais déjà la musique commence ! Pierre Meige, qui anime la soirée, prend possession de l’estrade. C’est l’un des animateurs du Smoke, ce fameux café-restaurant-lieu culturel du 14e qui avait failli fermer, menacé par une opération immobilière. Mais le Smoke est sauvé, et Pierre Meige pour ce soir arbore son autre casquette, celle de prof de musique et de chant. Il anime une chorale ici même, à l’espace Albert Gazier de Vanves. Ses élèves participeront à l’animation musicale de la soirée. L’un d’eux prend le micro. Il n’a sûrement pas vingt ans, ce garçon, et le trac le paralyse bien un peu au début. Mais poussé et boosté par Meige (qui veille au grain au piano), il réussira à nous interpréter "Ya d’la joie". Eh oui, Trénet fait toujours recette auprès des jeunes ! Grâce notamment à Higelin, parait-il. N’importe, on l’applaudit, et on applaudit le prof.

Et puis c’est la "table ronde" littéraire. Mais après les premiers échanges, frérot et moi devons partir. Neuf heures passées, déjà, et nous n’avons pas encore dîné. Alors on s’éclipse pas trop discrètement, hélas.

Tant pis. Direction, la Porte de Vanves ! Je connais bien le Mandarin de Vanves, restau thaïlandais-chinois sis juste au carrefour, à côté de la bouche de métro. Tout ce qu’il faut pour calmer un estomac qui crie famine. Délicieuses spécialités thaïs, et adorable décor kitsch avec statue de Bouddha drapée de guirlandes lumineuses, grenouille porte-bonheur géante, poupées en costumes traditionnels thaïs, bassin avec fontaine où s’ébattent des poissons rouges, et une foultitude d’objets feng shui. On nous propose la spécialité du jour : des boulettes du bonheur, à l’occasion du Nouvel An "chinois". Bien sûr, il s’agit du nouvel an du calendrier lunaire bouddhiste, fêté en Chine, au Vietnam (alors nommé le Têt), Cambodge, Thaïlande… Et en France, le 29 janvier.

Va pour les boulettes en entrée. À notre gauche, une bruyante tablée de quinqua-, sexa- et octogénaires s’en donne à coeur joie. On fête l’anniversaire de Mamie, on discute héritage et collections (y a-t-il vraiment des gens qui payent 7500 Euros pour acquérir des casques de pompiers ?) et on descend pas mal de vin. Au dessert, le patron vient apporter la touche finale en faisant passer "Happy Birthday" sur la sono, dans une version pop asiatique !

Les poissons sont plus calmes. Grand aquarium avec d’énormes carpes et autres bestioles à nageoire, à notre gauche. Ce n’est pas seulement de la déco, il y a un vrai aquariophile par ici.

Tout le repas est délicieux. Le frérot, qui découvre juste, a bien du mal à choisir sur la carte fort riche et illustrée de très appétissantes photos… Moi, avec des brochettes d’agneau au saté et du riz cantonais à l’ananas frais, je n’ai pas à me plaindre. Pour le dessert (je n’ai plus vraiment faim, mais un peu de gingembre confit, ah…), nous testons un curieux flan vert, servi tiède, très délicat.

On découvre bien sûr l’addition que les boulettes du bonheur était une bonne opération commerciale… pour le resto ! Un peu cher pour des entrées. Mais, quoi : ce n’est pas le nouvel an tous les jours. Et vraiment, avec des papilles épanouies et un estomac rassasié (bien antidoté, dirait Rabelais), c’est le bonheur.

Ou, comme chantait Trénet : ya d’la joie !

On plonge dans le froid nocturne sans le sentir. Le métro nous engouffre, nous emmène vers le dodo après une soirée de poésie, musique et gastronomie. La nouvelle année commence bien. Demain,  c’est dimanche. Repos pour les uns, écriture pour les autres. (Moi.) Lundi viendra bien assez tôt, avec son cortège de responsabilités, de soucis, pour le citoyen du monde et de l’hexagone, pour la conscience éveillée comme pour le je-m’en-fichiste forcené.

C’est un instant de grâce. De répit. La station Barbès approche. Bonsoir, le chat. J’apporte l’air froid du dehors.

"I don’t regret anything I’ve ever done as long as I enjoyed it at the time."

  — Katharine Hepburn



Le billet pornographique du proviseur Garfieldd (c’est pas fini !)

30 01 2006

Dieu est amour (Jacques Haurogné - 1988)

Dieu est amour
Mais il fait pas beaucoup d’bisous
Des kiss, des smacks, des patins, des poutous
Donnons-nous la main, donnons-nous
Prions-nous nous-mêmes, prions, prions

Dieu est amour
Mais il fait pas beaucoup d’bisous
Mais il fait pas beaucoup d’bisous, non non

Vu sur Têtu et chez Rocambole (parce qu’on a les mêmes lectures…, mais ça me permet aussi de faire un lien vers son blog :salut: ) :
États-Unis (Société)
Une association ultraconservatrice veut étiqueter les homos.

«Nous mettons des avertissements sur les paquets de cigarettes
parce que nous savons que fumer retire deux ans de l’espérance de vie
moyenne, et pourtant nous «célébrons» un mode de vie dont nous savons
qu’il répand toutes sortes d’infections sexuellement transmissibles et
retire au moins 20 ans de l’espérance de vie moyenne.» On pourrait
mettre cette réflexion sur le compte du sens de l’humour de Bill
Banuchi, directeur exécutif de la branche new-yorkaise de l’association
ultraconservatrice Christian Coalition, mais il y a fort à parier qu’il
était sérieux. Pour suggérer d’étiqueter les gays et les lesbiennes
(vous êtes plutôt triangles roses ou étoiles jaunes?), il s’appuie sur
un rapport commandé par le très homophobe Family Research Institute et
publié dans l’édition 2005 des Psychological Reports, une revue
scientifique dont les articles sont régulièrement remis en cause par la
plupart des psys américains.

:yeux: Et la connerie on l’étiquette comment ?
Il est évident que ce genre de propos ne devrait pas porter à de longs développements ou à des commentaires nourris.
Cependant au delà de l’homophobie éclatante qui suinte à flots gluants
de cette déclaration, je ne peux jamais m’empêcher de remarquer que ce
sont ceux-là même qui se réclament de la parole de Dieu qui se montrent
les plus intolérants et les plus imperméables à la notion de justice et
de pardon.
Je me souviens des cours de catéchisme dans mes jeunes années. On
m’apprenait que Dieu avait crée l’homme à son image. Bien sûr l’homme
en question a pêché ensuite. Il a dévié, il a choisi les chemins
détournés, il a testé le côté obscur de la force.
Mais Dieu a pardonné. Je résume et je simplifie mais bon l’essentiel
est là. Jésus à pardonné à cette pauvresse de pécheresse de Marie
Madeleine, il a pardonné à ses bourreaux. Il a laissé un message
d’amour et de tolérance. Et que celui qui n’a jamais pêché lui jette la
première pierre.
Dans le cas présent, c’est des parpaings qui devraient voler aux USA.
Donc Dieu-Jésus a laissé un message d’amour. En tout cas pour ceux qui acceptent ou qui veulent croire aux Ecrits Saints.
Or dans ces quelques lignes indignes citées plus haut, on nie le
message de Dieu. (on nie aussi le statut d’humain aux pédés puisqu’on
les compare à de vulgaires paquets de cigarettes ou, non pas à des
malades mais à des maladies ou des virus).
Je sais bien qu’on peut faire référence à l’épisode de Sodome et
Gomorrhe pour justifier le fait que les pédés, ceux qui vont gagner
l’appellation de sodomites, doivent être condamnés et, pourquoi pas,
exterminés.
Ce qui me chiffonne c’est que tout ça c’est le parti pris. Y’a quand
même un moment où, paraît-il, Dieu envoie son fils sur terre pour
racheter les péchés de hommes. Dès lors ce n’est plus le Dieu des
tempêtes et des colères, le Dieu qui détruit ce qu’il a créé. C’est le
Dieu qui transmet un message d’amour au travers des enseignements de
son fils.
Ce qui est grave une fois de plus, c’est le fait de choisir dans un
discours, dans un enseignement, dans l’histoire ou dans l’Histoire,
uniquement les faits et déclarations qui peuvent servir une cause.
Seuls les dictateurs réinventent et ré-écrivent l’Histoire et interprêtent les faits. Sans doute parce qu’ils sont faibles.
Alors il parait donc que Dieu est juste et bon, que Dieu est amour.
Je trouve hélas qu’Il a de bien piètres porte-paroles et des
ambassadeurs criminels. Mais ça, depuis l’Inquisition, on le sait déjà.

La requête Google-à-la-con-du-jour : les dangers des chips

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Merci à Kozlika pour l’idée de cette “chaîne pornographique” ! Le 9 janvier dernier, Garfieldd, un proviseur de lycée jusque là sans reproche, était révoqué à cause de
son blog, jugé “pornographique” par une commission administrative.
Pour soutenir l’appel qu’il a déposé auprès du ministre, des sites publient chaque jour un extrait dudit blog, récupéré sur les Archives du Net ou dans le cache de Google. Chacun pourra juger du bien fondé de cette sanction…

Pour en savoir plus, n’hésitez pas à cliquer sur l’image ci-dessus ! Le site Soutenons-Garfieldd.org rassemble les contributions, billets, articles de presses, etc.

Des enseignants et parents d’élèves qui connaissent bien ce proviseur ont aussi lancé une pétition pour appeler M. Gilles de Robien à faire preuve de bienveillance dans son examen du dossier. Déjà plus de 3200 signatures ! Signez et faites signer !

“But pain… seems to me an insufficient reason not to embrace life. Being dead is quite painless. Pain, like time, is going to come on regardless. Question is, what glorious moments can you win from life in addition to the pain?”

— Lois McMaster Bujold, Barrayar



Affaire Mayetic : les amis de l’adversaire de la société

29 01 2006

Une affaire de diffammation, un proche de Sarkozy, de curieux billets des RG et la caisse de résonnance de l’AFP ! Sacré polar, non ?

Eh oui… Encore une affaire qui fait tache d’huile sur les blogs… Mais plus complexe, celle-là. Pour ceux qui débarquent, je signale les explications dans ce billet de Bruno de Beauregard, l’un des fondateurs de cette entreprise aujourd’hui en passe d’être reprise. Informations que l’on complètera par l’enquête de Carte de Presse, les réflexions de Lionel Lindemann et les commentaires suscités par celles-ci.

Donc Mayetic, PME française d’informatique employant 23 salariés, a déposé son bilan à la suite (mais peut-être pas uniquement à cause, soyons précis) d’une accusation, portée entre autres par le député-maire d’Asnières (M. Manuel Aeschlimann), un proche de Nicolas Sarkozy , d’être de mêche avec une organisation sectaire voulant infiltrer les médias et les organismes de renseignement en France et à l’étranger. Rien que ça ! La presse, à la suite de l’AFP, s’était fait l’écho des soupçons planant sur la société. Cela n’avait pas donné confiance à l’actionnaire principal de Mayetic, on s’en doute bien. Les dirigeants de Mayetic, personnellement mis en cause, ont préféré déposer leur bilan pour permettre à la société de continuer son activité sous d’autres auspices.

Creuser, lier, fouiner : un métier de blog

Bizarre, bizarre : l’organisation “sectaire” montrée du doigt, une “association spirituelle” laïque, la Fondation Ostad Elahi, fondée par un Iranien exilé en France, n’est pas surveillée par les RG, ni considérée comme une secte par l’UNADFI ni par le rapport parlementaire Miviludes. C’est même un organisme déclaré d’intérêt public et patroné par Bernadette Chirac… Le maire d’Asnières a d’ailleurs été condamné pour diffamation à ce sujet.

Bizarre, bizarre n°2 : le député-maire d’Asnières était par ailleurs en conflit avec Bruno de Beauregard au sujet d’une association de quartier qu’il préside, et au sujet d’un permis de construire délivré aux Témoins de Jéhovah, qui sont bel et bien, eux, classés comme secte dangereuse…

Bizarre, bizarre n°3 : le directeur de cabinet du député-maire, qui est aussi d’origine iranienne mais serait (au conditionnel, encore une fois soyons prudents…) plus proche du régime de Téhéran, a prétendu avoir fait l’objet d’une tentative d’assassinat. Actuellement, il est renvoyé en correctionnelle pour dénonciation calomnieuse. Ce n’est d’ailleurs qu’un épisode dans la longue suite de démélés en justice entre la municipalité asniéroise, l’opposition municipale et divers habitants et associations de la commune.

Bizarre, bizarre n°4 : les ex-dirigeants de Mayetic, leur société et la fondation Ostad Elahi avaient été accusés par le député-maire d’Asnières de vouloir manipuler les RG et l’AFP. Or, comme le rappelle ici Bruno de Beauregard, ces accusations se basent sur des “notes” des RG tout ce qu’il y a de douteuses, selon les journalistes (de Libé, en particulier) qui les ont eu sous les yeux. Ce que l’on appelle, dans le jargon du renseignement, des “notes blanches”, c’est-à-dire non officielles. Lesdites “notes” ne sont pas signées, ne sont pas rédigées sur du papier à en-tête de l’administration et reprennent les mêmes accusations que celles qu’a portées le député-maire d’Asnières… Pourtant un article du Monde signé Gérard Davez s’appuie sur ces étranges “notes” pour accuser Ostad Elahi d’être une secte dangereuse. Il est répercuté par de nombreux médias, dont l’AFP, qui lui donne un grand retentissement. Or quand une contre-enquête vient montrer l’origine douteuse de ces accusations, l’AFP la censure

Bizarre, bizzare n°5 : pour boucler la boucle, lisons cette analyse d’ACRIMED sur la surprenante bienveillance de l’AFP vis-à-vis de Sarkozy. Et on sait que les médias français sont de plus en plus dépendants des dépêches de l’AFP, surtout en ces temps de crise dans la presse écrite. Pour faire des économies, Le Monde ou Libération ou Le Nouvel Obs se contentent souvent de reproduire textuellement les dépêches d’agence. Quant aux journaux gratuits, les dépêches sont quasiment leur seule source d’information. Et l’AFP est financée sur des fonds publics.

Et finalement, frottons-nous les yeux : non, bien sûr, la France n’est pas encore une république bananière…

Pas encore. Il y a toujours les blogs. Pour combien de temps ? Rendez-vous en 2007 pour en décider.

Post-scriptum du 30/01 : rendez-vous chaque semaine sur le blog de Lionel Lindemann pour faire le point sur l’affaire Mayetic/Aeschlimann. En l’absence de réponse du député ou d’enquête approfondie dans les médias traditionnels, des citoyens blogueurs se portent volontaires pour rassembler les informations et les porter à la connaissance du public. Une pétition pour demander une enquête indépendante est en cours. Voir aussi la liste des blogs qui parlent de l’affaire, recensés par Miguel Membrado. Ce genre d’action se multiplie, ces temps-ci, c’est fou…

Post-scriptum du 02/02 : Bizarre, bizarre, édition spéciale ! L’article de l’encyclopédie en ligne Wikipedia consacré à Manuel Aeschlimann subit depuis quelques semaines d’étranges modifications… Des contributeurs intervenant depuis Science-Po (où M. Aeschlimann est maître de conférence) et de la mairie d’Asnières supprimentla multitude de ses affiliations politiques successives. Ces amis bien intentionnés de M. Aeschlimann cherchent-ils vraiment à alimenter la fronde sur Internet ? La version anglaise de Wikipedia mentionne les liens du député-maire d’Asnières avec Nicolas Sarkozy, pas la française. À croire que cela ferait mauvais genre chez nous… systématiquement les mentions des nombreux procès que se traîne le député-maire ou de

Post-scriptum du 08/02 : Enfin une réaction de M. Aeschlimann (merci à Lionel pour l’info) ! Dans un communiqué de presse, le député-maire annonce qu’il a porté plainte pour diffamation contre les anciens dirigeants de Mayetic, Bruno de Beauregard et Miguel Membrado. Ce qui est positif : l’affaire se règlera devant les tribunaux, comme il est normal dans un Etat de droit. Même si on peut se demander, au vu des nombreuses condamnationsl’écho donné à l’affaire sur Internet. Encore un exemple du rôle de contre-pouvoir et d’information indépendante joué de plus en plus souvent par les blogs… déjà collectées par la mairie d’Asnières, si c’est la meilleure manière de dépenser l’argent des contribuables. Et si cette multiplication des procédures à l’encontre d’individus ou d’associations qui n’ont pas les mêmes ressources financières ne pourrait pas s’analyser comme du harcèlement. Une remarque : le communiqué de la mairie d’Asnières mentionne

Post-post scriptum : Je signale que Bruno de Beauregard a créé son blogue, où il fait l’historique de l’affaire de son point de vue, et en commente les développement. Enfin, pour une réflexion sur l’éthique et la pratique des blogs, je ne peux que recommander chaudement ce billet de Lionel Lindemann. Indispensable.

Encore un post scriptum (08/02/06) : Début de l’enquête judiciaire contre le blog de Miguel Membrado (ex-dirigeant de Mayetic) à la suite de la plainte de M. Aeschlimann.

Dernier (?) post-scriptum (05/06/2007) : Le 30 mai, la mairie d’Asnières envoie un communiqué aux blogueurs qui ont suivi l’affaire pour les informer que le 23 mai 2007, le Tribunal de grande instance de Paris avait condamné M. Miguel Membrado pour diffamation envers M. Manuel Aeschlimann. En fait, M. Membrado faisant appel, ce jugement n’est pas définitif.

“Too many roads lead to nowhere”
“It’s you in the driver’s seat”

— Jagger/Richards



Chaîne pornographique pour un proviseur révoqué : ça continue

29 01 2006

Douce France (Charles Trénet)

Douce France
Cher pays de mon enfance
Bercée de tendre insouciance
Je t’ai gardée dans mon cœur!
Mon village au clocher aux maisons sages
Où les enfants de mon âge
Ont partagé mon bonheur…

Je ne peux m’empêcher d’être un peu amer (et jaloux pour le
principe, parce que j’ai toujours dit que je n’avais pas une âme de
militant). Amer en regardant la mobilisation autour du mouvement "Ni Putes Ni Soumises"
magistralement et justement orchestrée sur les ondes de Canal Plus.
Exposition médiatique. Dénonciation de ce racisme ordinaire qui a mené
à l’immolation de Souane par le feu.
Comme Sébastien Nouchet, même s’il n’en est pas mort.
Mais quelle différence, fondamentalement, entre lui et ces jeunes
filles à qui une partie de la population reproche leur comportement,
hors d’une norme sociale restrictive, que l’on insulte parce qu’elles
manifestent l’envie de vivre au grand jour, sans jugement moral (ou
immoral) à partir de la simple expression de leur mode de vie, qui
refusent de vivre cachées ou de faire semblant.
Le combat de Ni Putes Ni Soumises est exemplaire dans son essence.
La présentation qui en est faite par les médias est peut-être un peu
moins évidente. J’ai le sentiment que le thème est porteur et noble. On
se l’approprie pour parler des jeunes, des femmes, de l’avenir de la
société.

Le parallèle avec les actes antisémites (parce qu’il y a eu et il y
a encore aujourd’hui des agressions brutales et odieuses) avec les
actes racistes anti-beurs (parce qu’il y a eu et qu’il y a encore
aujourd’hui des agressions brutales et odieuses), avec les actes
homophobes (parce qu’il il a eu…) est évident. Par ses
manifestations, par ses ressorts, par les conclusions qui s’imposent.
Mais le fait de traiter et de soutenir ce mouvement permet une
présentation qui m’apparait légèrement policée, sournoisement formatée,
ouvertement politiquement correcte : après tout on parle de racisme
certes et de manque de respect mais… ça se passe dans les cités.
Et dans les cités on trouve beaucoup d’arabes non ? Ce sont des arabes qui cachent les femmes sous des voiles.
On traite du racisme au sens large mais en dédouanant inconsciemment la
société française et les bons français. On peut stigmatiser très
facilement ces dérives sociétales, la conscience tranquille… c’est un
problème des cités… Façon de botter en touche. Non la société
française n’est pas gangrénée par le racisme mais les jeunes des cités
ont des comportements… ils ne font pas, ils ne sont pas comme nous
On aurait pu en faire un tremplin pour mettre en avant une notion,
unique et universelle : la tolérance. On en a fait un truc qui doit
interpeller d’abord, prioritairement, surtout, principalement, avant
tout les jeunes des banlieues…
Plein de beau monde respectable et respecté mobilisé pour cette cause. Mais bon ça se passe quand même dans les cités tout ça…

Mais, mieux que rien, je salue l’exposition médiatique même
si… Tout est bon pour montrer du doigt l’ignominie des ghettos quel
qu’ils soient.

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Merci à Kozlika pour l’idée de cette "chaîne pornographique" ! Le 9 janvier dernier, Garfieldd, un proviseur de lycée jusque là sans reproche, était révoqué à cause de son blog, jugé "pornographique" par une commission administrative. Pour soutenir l’appel qu’il a déposé auprès du ministre, des sites publient chaque jour un extrait dudit blog, récupéré sur les Archives du Net ou dans le cache
de Google. Chacun pourra juger du bien fondé de cette sanction…

Pour en savoir plus,   n’hésitez pas à cliquer sur l’image ci-dessus ! Le site Soutenons-Garfieldd.org rassemble les contributions, billets, articles de presses, etc.

Des enseignants et parents d’élèves qui connaissent bien ce proviseur ont aussi lancé une pétition pour appeler M. Gilles de Robien à faire preuve de bienveillance dans son examen du dossier. Déjà plus de 3000 signatures ! Signez et faites signer !

"If you hate something thoroughly without knowing why, you can be sure there is something of it in your own nature."

  — Friedrich Hebbel
 



Garfieldd, le blog pornographique d’un proviseur

28 01 2006
Tous les chemins mènent à Rome

Je
suis en manque de ville après ces trois semaines passées ici, trois
semaines rythmées par les obligations de la rentrée, par la réalité
d’un emménagement encore en chantier.

J’ai donc décidé hier d’aller à Montpellier.

N.B. Les montpellierains sont priés par avance d’éviter tous
sarcasmes, les autres sont également priès d’éviter les moqueries à la
lecture de ce qui va suivre.

Un peu plus de deux heures de route pour arriver à Montpellier. Direction Centre Historique.
J’ai quelques souvenirs qui me reviennent de cette année de stage
passée en partie ici il y a maintenant plus de 20 ans alors que j’étais
Conseiller d’Education stagiaire à Avignon. Bien sûr comme toute
métropole, Montpellier change et est en travaux. Ici c’est le tramway.
Alors je tente quand même de me repérer.
Direction Antigone ? Le Corum ? Le Centre Historique ?
Antigone, ce nom me dit quelque chose. J’y vais, l’impression parfois
de tourner en rond ou de m’éloigner de mon objectif. Finalement je
trouve. Parking. Et je me retrouve dans un centre commercial où,
merveille des merveilles pour un accro comme moi, il y a une FNAC !

Petit tour rapide, je craque sur le double CD Higelin enchante Trenet et sur la réédition d’un CD de Françoise Hardy. Son premier CD avec Tous les garçons et les filles, Le temps de l’amour, La maison où j’ai grandi… 
Je remarque aussi un livre sur New York que je ne possède pas et dont
l’iconographie a l’air particulièrment riche. Je le prends et puis…
et puis au moment de passer à la caisse je me dis (je me parle beaucoup
intèrieurement dans ces cas là) que 30 € en ce moment avec les frais
deu déménagement et du cambriolage, j’ai autre chose à faire, ce livre
peut attendre… Je le repose sur le premier présentoir à portée de
main. Je déteste faire ça, mais je n’ai pas envie de retourner au
milieu de la foule qui encombre les allées du magasin…
Il est temps de retrouver l’air libre.
Je sors du centre commercial pour me retrouver au mileu d’immeubles
aveugles et impersonnels. Ce n’est pas ce que j’ai envie de voir de
Montpellier. J’ai envie de revoir la place de la Comédie, j’ai envie de
voir du monde aux terrasses des cafés, j’ai envie de boire un ice tea
au soleil….
Je trouve un plan de ville et me rend compte que Antigone et Comédie c’est pas pareil. J’ai confondu avec le Polygone !
Retour au parking, de nouveau dans la voiture, et je me tiens cette fois-ci aux panneaux Centre Historique
et tant pis pour les mises en garde concernant les difficultés de
circulation. Je roule un peu, un peu trop sans doute, mais dans un
tunnel je vois l’indication Comédie - Parking. J’y vais. 4
étages de parking bondés mais je trouve une place au dernier niveau.
Mine de rien, ça fait presqu’une heure que je viens de passer encore
dans la voiture.

Me voilà donc sur la place de la Comédie inondée de soleil, pleine
de monde. L’image que j’en avais gardée dans mon souvenir n’est pas
trahie. Vivante, ensoleillée, jeune. Une population très étudiante. Une
ambiance détendue.
Comme le dit ma mère lorsqu’elle regarde le défilé du 14 Juillet: y’a d’la couille au mètre carré !

Oh qu’ils sont beaux les montpelliérains au soleil !
Je repère la librairie Sauramps, le Polygone où je me souviens qu’il y
a des boutiques et une FNAC… Je suis comme de la limaille de fer
attirée par un aimant quand je sais qu’il y a une FNAC… Alors j’y
vais…
Et dès l’entrée un doute m’étreint. Marrant… Une impression de déjà
vu. Je sais bien que Souchon c’est l’évènement discographique de la
rentrée. Que le Live de Calogéro, le nouvel opus de Stones… Mais…
Et puis cette présentation des nouveautés litteraires sur tout un pan
de mur incurvé… Et puis ce bouquin sur NewYork abandonné sur le
présentoir…

Les plans de ville sont trompeurs. Je viens de visiter deux fois le
même centre commercial par deux entrées différentes. Et pour mener à
bien cette expédition je viens de perdre plus d’une heure en voiture.
Je me sens un peu truffe sur le coup…
J’ai plus de deux heures de route pour rentrer, il est presque 18:00. J’ai le vague sentiment d’avoir perdu beaucoup de temps.
Oui dans ce genre de situation Garfieldd est très perspicace et pertinent dans ses analyses…

Je reviendrai !

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Merci à Kozlika pour l’idée de cette "chaîne pornographique" ! Chaque jour, les sites qui soutiennent le désormais célèbre proviseur de Mende révoqué à cause de son blog publient un extrait dudit blog, récupéré sur les Archives du Net ou dans le cache de Google, afin que chacun puisse juger de sa teneur hautement nocive… Rappelons que le 9 janvier, le proviseur, qui publiait un journal en ligne sous le pseudonyme de Garfieldd, a été révoqué par une commission administrative sous prétexte que ce blog contenait des éléments "pornographiques" et était de nature à donner "une image déshonorante et indigne" des fonctionnaires de l’Education nationale. Il a bien sûr fait appel, mais en attendant la décision du ministre, cet homme est sans travail, n’a pas droit aux allocations de chômage ni à un logement de fonction. Et tout cela en l’absence de toute procédure pénale.

Pour en savoir plus, et pour vérifier qu’il n’y pas plus d’indignité dans le journal de Garfieldd que de beaujolais en Arabie Saoudite, rendez-vous au centre nerveux de la mobilisation de soutien : Soutenons-Garfieldd.org. Articles de presse, liens vers les sites solidaires, mode d’emploi pour participer…

Et bien sûr la pétition pour appeler M. Gilles de Robien à faire preuve de bienveillance dans son examen du dossier. Déjà plus de 3000 signatures ! Signez et faites signer !

"If you hate something thoroughly without knowing why, you can be sure there is something of it in your own nature."

  — Friedrich Hebbel

 



Fleur de Lys : suite et peut-être fin

27 01 2006

Il y a quelques jours, je publiais un billet sur la Fondation Littéraire Fleur de Lys (FLFL), son blog réservé aux membres et son contrat d’édition.

Serge-André Guay a annoncé hier sur son blog que la fondation Fleur de Lys venait de trouver un imprimeur en Europe, et donc supprimait le surcoût sur l’envoi d’exemplaires en Europe. Dont acte. (Le blog n’accepte d’ailleurs toujours pas les commentaires extérieurs, mais ils préviennent à l’avance, puisqu’il faut se connecter.)

Ils ont également changé de contrat, apparemment en intégrant certaines critiques, puisqu’ils ne font plus payer de “contribution aux frais” à l’auteur. Cela s’apparente par certains côtés à de l’édition à compte
d’éditeur, mais pour une période de deux ans. Et l’auteur garde la possibilité de démarcher des éditeurs “classiques” avec son manuscrit.

À noter cependant : l’auteur ne peut pas mettre le livre en vente sur un autre site que celui de Manuscrit-Dépôt. Cependant il peut mettre des exemplaires papier en vente dans des librairies. En somme, FLFL se réserve la vente en ligne d’exemplaires imprimés à la demande, reversant 10% des sommes encaissées à l’auteur. Mais c’est l’auteur qui avance les fonds pour les exemplaires vendus en
librairie, puisqu’il les commande sur le site de Manuscrit-Dépôt. On reste pour cette clause dans le cas de la prestation de service éditorial, pour un auteur qui veut (et peut) s’impliquer dans la diffusion et la vente de son livre.

Je ne sais ce que cela donnera pour le résultat matériel, l’objet livre. Le contrat précise que la confection du livre (composition, mise en page, maquette) est faite par l’éditeur en coordination avec l’auteur. Reste
à voir les choix qui seront faits en matière de conception graphique et de typographie. Les logiciels de PAO permettent de transformer rapidement et facilement un texte saisi sous Word en fichier PDF prêt à
imprimer, donnant un livre à peu près présentable. Mais dans la pratique, très peu de micro-éditeurs parviennent à faire des livres agréables à l’oeil à moins d’être des professionnels de la mise en page ou du graphisme. Les auteurs qui iront chez FLFL jugeront par eux-mêmes. Comme ils apprécieront selon leur propre sensibilité le discours militant qui prévaut sur le site et le blog de fondation. Un peu comme dans un club, on n’est pas obligé d’adhérer, mais si on adhère on a intérêt à être dans l’ambiance.

Petite curiosité : les sommes versées par les acheteurs de livres sur le site Manuscrit-Dépôt sont appelés “dons”. Apparemment, la fondation Fleur de Lys veut rester un organisme sans but lucratif, alors qu’elle a pour activité principale l’édition et la vente de livres au public. Je ne sais pas comment le fisc canadien appréciera la situation. Mais cela, c’est leur affaire.

Pour résumer : un contrat d’édition limité dans le temps, sans mise de fonds initiale, chez un éditeur qui diffuse en ligne les livres qu’il imprime à la demande. La formule existait déjà aux Etats-Unis, avec des pionniers comme Plan 9 Publishing, qui publie des webcomics en anglais. Fleur de Lys s’y est mis au Québec, en langue française.

Mais ce ne sont pas les seuls ! Il faut mentionner ici Lulu.com, société américaine qui permet aux auteurs de publier des livres en anglais et en français et de les vendre dans le monde entier. Certes, l’auteur doit fournir le fichier PDF, donc réaliser lui-même la mise en page. Soit il passe par un profesionnel (certains offrent d’ailleurs leur services sur le site de Lulu.com), soit il n’a pas les moyens, ou bien c’est un curieux, touche-à-tout, autodidacte dans l’âme, en somme, et il va puiser dans les forums de la “Lulu community” les infos et les savoir-faire qui lui manquent. Après, c’est une affaire de goût pour faire les bons choix.

Ici, on revendique hautement son statut de fournisseur de services et on encourage les créateurs à prendre les commandes de leur oeuvre. Le fondateur de l’entreprise, Bob Young, est d’ailleurs le co-fondateur de Red Hat, éditeur d’une célèbre distribution du système d’exploitation Linux. L’idée très linuxienne de donner à chaque utilisateur des outils puissants et efficaces pour lui permettre d’agir selon ses choix a fait son chemin chez Lulu. Ici, le slogan est “Vous gardez le contrôle”. De la reliure au prix du livre, l’auteur choisit lui-même. Vertige… Certes, mais il peut alors garder 80% des bénéfices ! L’entreprise prélève seulement une commission sur chaque vente pour se rémunérer.

L’avis d’un auteur qui a essayé ? Je n’ai pour le moment qu’un avis en anglais : c’est D.C. Simpson, l’auteur des bandes dessinnées Ozy & Millie et I Drew This. Comme il le raconte sur son blog : le livre est arrivé rapidement, la couverture et la reliure sont d’excellente qualité, la mise en page et les couleurs correspondent bien à ce qu’il avait réalisé :

“It arrived less than a week after I ordered it, and it’s just beautiful. I love it. None of the things I worried about have gone badly. The margins are fine. The binding is excellent. (…) The color on the cover looks
exactly right.”

Et il n’y en a pas que pour les auteurs de livres : on peut publier et vendre des CD et DVD, des posters ou des calendriers avec Lulu. Le tout est de fournir le fichier électronique permettant d’imprimer ou graver l’oeuvre.

Attention, tout de même. L’entreprise est basée aux Etats-Unis et c’est là que les livres sont imprimés. Il y a donc des frais de port supplémentaires pour les envois vers l’Europe (environ 10 € pour un livre en édition courante, avec des tarifs dégressifs selon le nombre d’exemplaire). Bref, c’est une formule intéressante pour l’autoédition sur le marché Nord-Américain, mais moins pour l’Europe, à moins que les auteurs utilisent le service pour faire imprimer les livres et les vendre ensuite eux-même.

N’empêche. On peut s’attendre à ce que ce genre de service s’étende bientôt au marché européen, soit par une division européenne de Lulu, soit à l’initiative de nouveaux acteurs. La révolution de l’auto-édition est en marche.

“If books and reading were invented tomorrow they would be hailed as the greatest technological advance known to mankind. No batteries, simple, portable, durable. Why bother building sets or creating convincing computer effects when the images are already there in the reader’s mind?”

— Jasper Fforde



Bravo, Jack, et continuons

25 01 2006

Petite bonne nouvelle du jour : Jack Lang soutient Garfieldd !

L’ancien ministre de la Culture et de l’Education publie, sur son blog JackLang.net, une lettre ouverte à son collègue Gilles de Robien pour l’appeler à faire preuve de mansuétude et à revenir sur la décision de révocation du désormais célèbre proviseur-blogueur. Un coup de chapeau s’impose, car c’est le premier élu à exprimer publiquement son soutien à Garfieldd.

La mobilisation continue, car il y a urgence ! Il faut savoir que la sanction, bien que suspendue, court toujours : le proviseur est pour l’instant sans travail, sans indemnités de chômage ni rien, tant que le ministre n’a pas statué sur son sort. Et quiconque a pu visiter le blog incriminé (Garfieldd.com, toujours accessible sur Internet Archive) a pu mesurer à quel point l’accusation initiale de "pornographie" (!) était absurde et ridicule.

La question de fond reste pourtant lancinante : un fonctionnaire peut-il tenir un blog privé, sous pseudonyme, pour parler de ses joies et ses peines, de ses doutes aussi, en tant qu’individu et que membre de la fonction publique ? L’homme ne se résume pas à la fonction, et les proviseurs ont aussi un corps, un coeur, des sentiments, des opinions. Peut-on vraiment lui reprocher d’avoir tenu son blog, ou bien de n’avoir pas pris plus de soin pour le rendre non identifiable ?

Le sort de Garfieldd nous concerne tous, internautes, blogueurs, citoyens, habitants du monde réel. Jean-Marc Bondon, parmi d’autres, pose la question sur son blog Travailler ensemble : comment, en France, en 2006, un ministre de l’Education nationale en est venu à signer l’ordre de révocation d’un fonctionnaire n’ayant commis aucun délit, n’ayant enfreint aucune loi ?

Au niveau du rectorat comme du ministère, aucun garde-fou n’est venu arrêter l’engrenage. D’un blog intelligent, pudique, sensible, on a voulu faire un site "pornographique", avec tous les sous-entendus que cette accusation peut comporter, s’agissant d’un proviseur de lycée.

Et pourquoi ? Pour quelques photos d’hommes en sous-vêtements, comme on peut en admirer sur le catalogue de la Redoute ? Pour une photo de dos, sur la plage, où on peut voir l’auteur nu des épaules aux fesses ? Mais ce genre de clichés n’est absolument pas condamnable ! On n’interdirait pas pour autant un film aux moins de 12 ans, par exemple, alors que la nudité frontale pourrait faire franchir la barre.

Ou bien étaient-ce les textes de ce blog, que la commission paritaire réprouvait ? Mais là non plus, l’accusation ne tient pas la route. Comme le rappelle très bien Maître Eolas, qui sait de quoi il parle :

"jamais [Garfieldd] n’a mélangé son métier et ses orientations
sexuelles. JAMAIS il n’a fait le moindre rapprochement ni exprimé le
moindre propos déplacé vis à vis de ses élèves. […] Aucun de ses propos ne tombe sous le coup de la loi pénale,
et tu sais qu’en la matière, elle est rigoureuse."

Il faut le dire et le répéter : non, le proviseur révoqué n’a rien à se reprocher quand à la "moralité" des contenus de son blog et aux "valeurs" que celui-ci véhiculait. Où alors il faudrait considérer que tout ce qui relève de l’intime est pornographique ! Garfieldd est d’ailleurs soutenu par de nombreux collègues de son lycée, par des anciens élèves et leurs parents.

Tout au plus peut-on s’étonner qu’il n’ait pas cherché à mieux protéger son anonymat. Mais, comme il l’explique bien dans cet entretien avec le journaliste de Midi-Libre, comment aurait-il pu penser en termes de risques, alors qu’il ne faisait rien d’illégal, et ne citait d’ailleurs aucun nom propre sur son blog, pas plus que le nom de l’établissement où il travaillait ? Il a fallu que des gens qui le connaissaient fasse des recoupements pour "démasquer" le blogueur…

Les interrogations que Garfieldd exprimait sur son blog vis-à-vis de son métier mais de sa personne, son questionnement permanent du monde qui l’entoure et de lui-même, tout cela honore au contraire cet homme, tout cela montre à quel point notre société a besoin de gens comme lui : intelligents, courageux, sensibles, capables d’écouter et de se remettre en question. Et l’Education nationale, qui a charge d’éduquer et de former les citoyens de demain, tout particulièrement.

Par la conjonction d’un blog et d’une commission paritaire, il est maintenant à la porte. Souhaitons que celle-ci se rouvre vite ! Que le ministre prenne en considération, pour réduire la sanction, tout ce par quoi est déjà passé Garfieldd : suspension, obligation de supprimer son blog, et finalement révocation avec mise au pilori médiatique.

Le communiqué du ministère continue à parler de "faute", ce qui pose question. S’agit-il seulement du mélange sur le blog du privé et du public ? Il y évoquait des événements de la vie du lycée, sans citer personnes, mais une fois l’identité du proviseur devinée, celle des autres protagonistes suivait.

Alors, où s’arrête la liberté d’expression sur les blogs ? Le respect de la vie privée, ou plutôt de la vie personnelle, selon l’expression de David Madore, doit-il empêcher toute expression publique ? Un fonctionnaire peut-il sur son blog parler de son métier sans se cacher, à moins de se contenter de reproduire à la lettre les instructions du ministère ? Le risque de franchir la ligne est d’autant plus grand que celle-ci est souvent invisible.

Il doit y avoir plus d’un enseignant qui s’interroge, aujourd’hui, voire qui s’inquiète. Blog et vie de classe font-ils bon ménage ? C’est la question de Samantdi, avec bien du talent. Les blogs sont pourtant de plus en plus un support pédagogique, après tout.

Cela devrait interpeller bien au-delà de la communauté des blogs. Elus, militants, syndicats, associations, journalistes, nous avons intérêt à nous pencher sur cette question et aux mutations que cette vieille question de la vie privée peut connaître par la grâce du Réseau. Pour Garfieldd, bien sûr, et pour tous les autres Garfieldd en puissance.

"Donnez-moi six lignes écrites par le plus honnête des hommes et je trouverai dedans de quoi le faire pendre."

— attribué au Cardinal de Richelieu



Creative Commons, kézako ?

24 01 2006

Vous avez dû remarquer l’apparition de ce petit bouton sur la colonne de gauche, en haut, comme sur d’autres sites et blogs :

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Ce n’est pas pour faire joli, ou parce que c’est la mode… Mais pour signaler que les textes publiés sur "Irène Delse, un blog d’écrivain" sont publiés sous le régime de la licence "Creative commons", qui permet à des auteurs, musiciens, artistes, etc., de diffuser leurs créations (notamment sur Internet) dans un cadre non commercial, mais en protégeant certains droits, notamment celui d’être identifié comme auteur.

L’intérêt ? Pour moi, la possibilité de publier mes mots et idées sur Internet sans craindre les déboires du plagiat… Eh oui ! Il m’est déjà arrivé auparavant de voir un texte fourni en contribution à un site recopié et publié ailleurs sans même que mon nom soit cité !

Pour les lecteurs(trices) de ce blog et les internautes en général : lorsqu’un texte vous intéresse, vous pouvez parfaitement en copier-coller une partie ou l’intégralité, et publier ce texte à votre tour, à condition de rappeler le nom de l’auteur ! Ce peut être à des fins de débat, par exemple, ou pour illustrer vos propos, ou encore comme support pédagogique. (Exemple réel : j’ai eu récemment la demande d’un professeur pour utiliser mes articles sur Google et les auteurs en cours…) C’est gratuit, c’est permis et c’est un exemple d’usage constructif et collectif de l’Internet.

Mais bien sûr, pas question pour autant d’utiliser à des fins commerciales, et sans contrepartie, des textes que je mets moi-même gratuitement à disposition du public ! Si vous faites une anthologie des blogs vendue en librairie, sur CD-Rom ou sur un site payant, par exemple, et que vous voulez reproduire des articles entiers parus ici, merci de me contacter pour négocier un contrat de publication, comme pour toute oeuvre de l’esprit (y compris contributive ou collaborative) publiée dans un cadre commercial. Logique.

Résumons. Il est donc permis de recopier et diffuser, en tout ou partie, les textes de ce blog à condition de trois règles :

  • citer l’auteur (c’est moi) et si possible la source (ce blog)
  • ne pas les utiliser à des fins commerciales
  • diffuser l’oeuvre qui en résulte sous le même régime de licence.

Vous me direz, l’utilisation commerciale, ce n’est peut-être pas d’actualité pour l’instant, mais sait-on jamais. Je vais bien publier moi-même un roman en mai prochain…

Enfin, il est bien entendu que les exceptions légales au droit d’auteur s’appliquent, notamment le droit de copies réservées à l’usage privé du copiste, courtes citations, parodies…

Précision importante :

Les textes publiés sur mon autre site, Irène Delse, les univers d’un écrivain, où je publie des textes littéraires, ne sont pas sous le même régime de licence, mais sous le régime du droit d’auteur classique. Merci de me contacter si vous désirez reproduire, publier ou diffuser ces textes… D’ailleurs certains sont déjà ou seront publiés de façon commerciale.

Merci de votre patience, et bonne lecture !

"[Write] for fun. Do it for yourself. Do it because you want to write. Writers write because they can’t stop…. Above all, enjoy it. "

  — Jasper Fforde



Bonne nouvelle pour Orhan Pamuk

23 01 2006

Nouvelle qui tombe sur les téléscripteurs flux RSS : le tribunal chargé de juger l’écrivain turc Orhan Pamuk pour avoir parlé du génocide arménien a décidé d’abandonner les poursuites.

On peut le voir comme une bonne nouvelle pour la liberté d’expression. Ou, pessimiste, considérer que la Turquie était embarrassée vis-à-vis de l’Europe par ce procès et cherche à éviter un débat généralisé. N’empêche : en Turquie, aujourd’hui, un écrivain très populaire dans son pays et reconnu à l’étranger (Neige, Mon nom est Rouge…) a évoqué publiquement une question douloureuse que presque personne n’aborde, et que malgré un premier réflexe répressif des institutions, il ne sera pas poursuivi.

Voilà. C’était la petite bonne nouvelle du jour.

"History, real solemn history […], it tells me nothing that does not either vex or weary me. The quarrels of popes and kings, with wars and pestilences in every page; the men all so good for nothing, and hardly any women at all."

— Jane Austen