Samedi 28 janvier, avant-hier soir, donc, nous sortions du métro à Malakoff/Plateau de Vanves, mon frère et moi, quelques minutes avant 20 h. Direction, l’espace Albert Gazier, salle dédiée par la municipalité de Vanves à l’animation culturelle. Le froid pince, mais il n’y a que quelques pas à faire après la sortie du tunnel.
Personne à l’accueil ? Ma foi, nous montons. Annonces : horaires des cours, expos, débats… Au premier, je trouve Magali Turquin. Elle me reconnaît tout de suite, alors que je suis moins physionomiste, à ma courte honte. Elle présentera son roman ce soir, brièvement. Le héros du jour est Pierre Clavilier, qui sort un recueil de poèmes : De Vent et de Pierre, aux éditions Bérénice.
Sur le palier, des textes et des peintures sur les murs et sur des chevalets, oeuvres des jeunes gens et jeunes filles de Vanves. (On ne fait pas que brûler des voitures, en banlieue ! N’en déplaise à certain ministre…) Dans la salle, une femme accorde sa voix et sa guitare. C’est Clémence Gabriel, auteure, compositrice, interprète. Entre un entretien avec les auteurs et une lecture de poèmes, la musique viendra mettre son grain de sel.
Dans le mini-auditorium où se déroule la soirée, une estrade supporte tous les accessoires nécessaires à cette soirée mixte : à gauche, piano électronique pour la musique ; à droite, petite table et trois chaises, pour les discussions littéraires. Sur les murs, de grandes peintures à l’huile aux couleurs chaudes, très sensuelles, d’une artiste dont je ne retiens malheureusement pas le nom.
Nous n’auront pas le temps de rester très longtemps, mon frère et moi. Le temps tout de même de découvrir Le Chemin de Wangmo, de Magali Turquin, roman jeunesse paru aux éditions Michalon. 
La couverture rose semble le destiner uniquement aux filles. Il faut dire que c’est l’histoire d’une jeune religieuse tibétaine qui entreprend un long voyage pour fuir l’oppression des autorités chinoises et témoigner de ce qui se passe au Tibet. Mais c’est aussi un voyage spirituel, vers un sanctuaire boudhiste en Inde du Nord où vivent de nombreux réfugiés tibétains. Un livre à recommander aussi aux moins jeunes, qui y apprendront bien des choses sur le Tibet, sa culture, et la situation du peuple tibétain, qui vit dans un pays sous occupation militaire.
Je feuillette "Wangmo" ainsi que le livre de Pierre. Mais déjà la musique commence ! Pierre Meige, qui anime la soirée, prend possession de l’estrade. C’est l’un des animateurs du Smoke, ce fameux café-restaurant-lieu culturel du 14e qui avait failli fermer, menacé par une opération immobilière. Mais le Smoke est sauvé, et Pierre Meige pour ce soir arbore son autre casquette, celle de prof de musique et de chant. Il anime une chorale ici même, à l’espace Albert Gazier de Vanves. Ses élèves participeront à l’animation musicale de la soirée. L’un d’eux prend le micro. Il n’a sûrement pas vingt ans, ce garçon, et le trac le paralyse bien un peu au début. Mais poussé et boosté par Meige (qui veille au grain au piano), il réussira à nous interpréter "Ya d’la joie". Eh oui, Trénet fait toujours recette auprès des jeunes ! Grâce notamment à Higelin, parait-il. N’importe, on l’applaudit, et on applaudit le prof.
Et puis c’est la "table ronde" littéraire. Mais après les premiers échanges, frérot et moi devons partir. Neuf heures passées, déjà, et nous n’avons pas encore dîné. Alors on s’éclipse pas trop discrètement, hélas.
Tant pis. Direction, la Porte de Vanves ! Je connais bien le Mandarin de Vanves, restau thaïlandais-chinois sis juste au carrefour, à côté de la bouche de métro. Tout ce qu’il faut pour calmer un estomac qui crie famine. Délicieuses spécialités thaïs, et adorable décor kitsch avec statue de Bouddha drapée de guirlandes lumineuses, grenouille porte-bonheur géante, poupées en costumes traditionnels thaïs, bassin avec fontaine où s’ébattent des poissons rouges, et une foultitude d’objets feng shui. On nous propose la spécialité du jour : des boulettes du bonheur, à l’occasion du Nouvel An "chinois". Bien sûr, il s’agit du nouvel an du calendrier lunaire bouddhiste, fêté en Chine, au Vietnam (alors nommé le Têt), Cambodge, Thaïlande… Et en France, le 29 janvier.
Va pour les boulettes en entrée. À notre gauche, une bruyante tablée de quinqua-, sexa- et octogénaires s’en donne à coeur joie. On fête l’anniversaire de Mamie, on discute héritage et collections (y a-t-il vraiment des gens qui payent 7500 Euros pour acquérir des casques de pompiers ?) et on descend pas mal de vin. Au dessert, le patron vient apporter la touche finale en faisant passer "Happy Birthday" sur la sono, dans une version pop asiatique !
Les poissons sont plus calmes. Grand aquarium avec d’énormes carpes et autres bestioles à nageoire, à notre gauche. Ce n’est pas seulement de la déco, il y a un vrai aquariophile par ici.
Tout le repas est délicieux. Le frérot, qui découvre juste, a bien du mal à choisir sur la carte fort riche et illustrée de très appétissantes photos… Moi, avec des brochettes d’agneau au saté et du riz cantonais à l’ananas frais, je n’ai pas à me plaindre. Pour le dessert (je n’ai plus vraiment faim, mais un peu de gingembre confit, ah…), nous testons un curieux flan vert, servi tiède, très délicat.
On découvre bien sûr l’addition que les boulettes du bonheur était une bonne opération commerciale… pour le resto ! Un peu cher pour des entrées. Mais, quoi : ce n’est pas le nouvel an tous les jours. Et vraiment, avec des papilles épanouies et un estomac rassasié (bien antidoté, dirait Rabelais), c’est le bonheur.
Ou, comme chantait Trénet : ya d’la joie !
On plonge dans le froid nocturne sans le sentir. Le métro nous engouffre, nous emmène vers le dodo après une soirée de poésie, musique et gastronomie. La nouvelle année commence bien. Demain, c’est dimanche. Repos pour les uns, écriture pour les autres. (Moi.) Lundi viendra bien assez tôt, avec son cortège de responsabilités, de soucis, pour le citoyen du monde et de l’hexagone, pour la conscience éveillée comme pour le je-m’en-fichiste forcené.
C’est un instant de grâce. De répit. La station Barbès approche. Bonsoir, le chat. J’apporte l’air froid du dehors.
"I don’t regret anything I’ve ever done as long as I enjoyed it at the time."
— Katharine Hepburn
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