Paroles mal à droite…
30 11 2005Ils faudrait savoir ce que vous voulez, messieurs les députés de l’UMP ! Et surtout un certain M. Grosdidier, qui prétend dénoncer les "mariages blancs" mais commence par stigmatiser les mariages de non-blancs…
Oui, vous savez bien, ce député-maire mosellan qui a débuté son discours par : "Dans ma commune, lors d’un mariage sur deux l’Hôtel de ville résonne de youyous"… Suscitant chez les députés de l’opposition, déjà déboutés pour la suppression d’un amendement nostalgico-colonialiste, une ire bien compréhensible.
D’autant que dans la suite du discours, M. Grosdidier parlait des mariages présumés "blancs", où "les futurs époux et les témoins ne se connaissaient
manifestement pas". À la (grosse) louche, il estime que c’est le cas de "près d’un mariage sur cinq". Il devrait savoir ce qu’il veut, à la fin ! S’il entend dans sa mairie de telles manifestations de joie, c’est bien qu’il s’agit de vrais mariages, entre des conjoints heureux de s’engager et soutenus par famille et amis ! Pas d’un mariage de convenance, justement.
Mais peut-être que c’est là que le bât blesse, pour une partie de nos députés, de nos ministres, et surtout pour les tribuns populistes qu’ils s’appliquent à suivre servilement, un ou deux pas en arrière, dans l’espoir un peu pathétique de séduire leurs électeurs… Ce ne sont pas les mariages blancs, au fond, qui gênent tous ces grands stratèges, ce sont bien les youyous.
La "maîtrise" de l’immigration telle que gouvernement et députés UMP n’est guère qu’un prétexte, un cache-sexe du racisme ordinaire. Cachez cet étranger que les bons français ne sauraient voir !
Faut-il, lorsqu’on est d’origine non-européenne, se taire et raser les murs, en France ? Faut-il s’éclaircir la peau, changer son nom, se déguiser en "Français moyen" d’image d’Epinal avec baguette et béret ? Faut-il renier ses origines pour devenir citoyen français ?
Je crois qu’aujourd’hui, il n’y a pas grand chose à attendre du genre de majorité politique qui voit se déchaîner la colère des jeunes, majoritairement français et nés en France, mais souvent "bronzés" et vivant dans des "quartiers difficiles", et en prend prétexte pour rendre plus difficile aux étrangers d’entrer et de résider en France.
On pense ce que l’on veut de la violence de ces jeunes : dangereuse, oui, irraisonnée et contre-productive, oui, dirigée contre leurs propres voisins, contre les derniers bastions de la République dans les banlieues que sont les écoles et lycées, contre des gens (petits commeçants, salariés) qui essayent de s’en sortir en suivant les règles de la société… (Encore que, pour la médiatisation, ils ont réussi là où les gens paisibles n’arrivaient à rien. Encore un drôle de paradoxe. Et vive la société de l’info-spectacle !)
Nés et grandis en France, ces jeunes sont d’abord les enfants et petits-enfants d’immigrés venus de façon tout ce qu’il y a de régulière, pour reconstruire et développer la France pendant les 30 glorieuses, puis installés à demeure avec leur famille. Dans l’industrie et le bâtiment, dans les services de voirie, bien sûr, dans l’agriculture : de 1945 à 1975 environ, la France avait cruellement besoin de bras… Mais aussi de salariés dociles et peu coûteux ! Sans compter les anciens combattants d’origine étrangère, ceux accueillis au titre du droit d’asile, etc. Et les employeurs n’ont jamais cessé de recruter des
maçons tunisiens, des ouvriers de confection chinois, des employés de ménage et des vigiles venus de divers pays d’Afrique noire, etc.
Un autre part non négligeable des émeutiers de banlieues étaient, il faut le dire, des "français de souche" ! En particulier dans le Nord, où les banlieues défavorisées comptent beaucoup de "petits blancs"… Et je ne vous parle même pas des français d’Outre-Mer, citoyens de la République, même si certains auraient tendance à l’oublier au vu de leur couleur de peau. La xénophobie rampante n’est pas réputée pour faire dans le détail.
Bref, prétendre que ces violences sont le résultat d’une "immigration non maîtrisée", c’est prendre non seulement les électeurs pour des imbéciles, mais aussi le bon sens. C’est rouler la vérité dans le goudron et les plumes et la chasser de la ville à coups de pieds au cul. Très drôle dans un western parodique, mais là, c’est la vie réelle. On ne joue plus !
"Etre né quelque part / Pour celui qui est né / C’est toujours un hasard"
— Maxime Le Forestier, chanson
Catégories : Citoyenne Delse










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